jeudi 10 janvier 2008

Marie Josée Lokongo Bosiko, syndicaliste congolaise : « On n’est jamais mieux défendue que par soi-même »

mercredi 19 septembre 2007 par ITUC CSI

Inventive et offensive. Marie Josée Lokongo Bosiko est vice-présidente de l’Union nationale des travailleurs de la République Démocratique du Congo (UNTC). Elle témoigne des obstacles qui se dressent sur la route des femmes congolaises qui veulent s’affirmer dans le mouvement syndical et sur leurs lieux de travail, et donne ses recettes pour les contourner. Elle confie aussi la façon dont l’UNTC s’y prend pour intéresser les travailleuses de l’informel au syndicalisme et pour lutter contre le sida.


Publié sur le site de la Conférence Internationale des Syndicats, avec son aimable autorisation.

Quels sont les principales difficultés rencontrées par une femme congolaise qui veut être militante syndicale ?
Il y a d’abord le problème de l’acceptation par les hommes. Pour eux, notre place n’est pas au syndicat mais au foyer. J’ai commencé très jeune à militer dans les syndicats, on avait peur des hommes à cette époque. Mais nous devons travailler ensemble pour que la promotion de la femme trouve sa place au sein des syndicats. Chacun doit comprendre qu’un syndicat qui compte beaucoup de travailleuses est un syndicat fort : quand les femmes participent aux activités syndicales, quand elles s’occupent du recrutement des femmes, elles apportent un grand « plus ».
L’accès aux formations syndicales est un problème pour les travailleuses. Beaucoup de ces formations ne sont données qu’aux hommes sans respecter le quota de 30% réservé aux femmes. En outre, la femme mariée doit avoir au préalable l’autorisation de mari lorsqu’il s’agit d’une formation à l’extérieur du pays. C’est le code de la famille de la RDC qui le dit en son article 448. Nous devons apprendre aux femmes à contourner ces problèmes. Il faut s’organiser car si vous rentrez après une réunion syndicale et que votre mari vous dit que vous avez laissé les enfants sans surveillance, il ne voudra plus que vous participiez à la prochaine réunion. On demande donc aux femmes de concilier leurs rôles d’épouse, de mère et de travailleuse. En tant que syndicaliste qui a évolué du bas de l’échelle jusqu’au niveau de vice-présidente, je peux témoigner que c’est possible à condition de bien concilier ces rôles. Nous luttons bien sûr pour faire amender toutes les dispositions qui sont contraires aux droits de la femme.

Avez-vous personnellement obtenu le soutien de votre mari et de votre famille en faveur de votre action syndicale ?
Oui. Quand on accepte que la femme est fidèle, qu’elle fait très bien son travail, on ne voit pas pourquoi on va l’empêcher d’être militante, d’autant que les fruits qu’elle récolte à travers le syndicat sont partagés avec son mari, sa famille et sa communauté. Par exemple, des gens viennent me trouver car ils savent que je suis aussi responsable du projet sur le sida au sein de l’UNTC. Je donne des conseils aux jeunes, on projette un film de sensibilisation… tout le monde vient, me pose des questions, parle de ses inquiétudes sur tel ou tel symptôme. Je les rassure, je leur dis qu’avoir le sida n’est pas la fin du monde, de faire le dépistage volontaire et en cas de résultat positif, de revenir me voir afin que je leur donne les informations pour qu’ils se sentent à l’aise. Une fois que vous connaissez votre état sérologique, vous pouvez prendre les médicaments, suivre les conseils et vivre encore longtemps.

Quelles sont les principales activités de l’UNTC concernant le sida ?
L’UNTC s’occupe présentement de la prévention. Elle a formé 45 employés de l’UNTC en tant que pairs éducateurs Ils font de la sensibilisation sur la connaissance du VIH, les modes de transmission et les moyens de prévention. Ils motivent leurs amis afin qu’ils fassent un dépistage volontaire.
Nous avons aussi formé plus de 400 pairs éducateurs au niveau des entreprises. Ils consacrent quelques pauses de midi à la sensibilisation de leurs collègues. Par le dialogue, ils évitent aussi qu’il y ait des discriminations et des stigmatisations. Chaque pair éducateur a par ailleurs des préservatifs à distribuer lors des sensibilisations. Mais on insiste aussi sur l’abstinence, surtout pour les jeunes, car quand on distribue les préservatifs, ils se sentent libres de faire n’importe quoi, et parfois ils ne les portent pas correctement.
Notre lutte contre le sida s’étend à l’économie informelle. On explique aux travailleurs de l’informel dans quels centres ils peuvent aller se faire dépister ou soigner.

Comment organisez-vous l’économie informelle ?
Nous avons constitué dans les 64 marchés de la capitale, Kinshasa, des comités de femmes pour leur apprendre ce que sont les syndicats. Ces comités expliquent par exemple comment l’affiliation syndicale épargne des tracasseries avec les diverses autorités. Ces tracasseries sont typiques de l’économie informelle, où il n’y a pas de taxes fixées selon des règles claires, pas de contrat de travail, de sécurité sociale, bref tout se fait en dehors des lois. Nous défendons, grâce au dialogue social, les conditions de travail des vendeurs.
Nous essayons aussi d’organiser les travailleurs de l’informel en les initiant à la culture mutualiste. C’est dans cette optique qu’ils ont pu mettre en place, grâce à leur volonté collective, une mutuelle de santé. C’est important car pour le moment, le salaire est insignifiant et n’est pas payé à date fixe. Dès lors, lorsque les gens tombent malades, ils ne savent pas où aller. Mais en devenant membres des mutuelles de santé de l’UNTC, ils peuvent bénéficier de traitements à prix réduits.

Offrez-vous d’autres services aux travailleurs de l’informel ?
L’information et la formation. La formation leur explique quels sont les bienfaits à retirer d’un syndicat, mais nous offrons aussi des formations pratiques sur, par exemple, la façon de tenir un budget. Nous leur apprenons à tenir un petit carnet de budget avec les entrées et les sorties. Nous les poussons aussi à s’assembler en coopératives car ils peuvent ainsi obtenir plus facilement le soutien de bailleurs de fonds. L’UNTC peut parfois leur prêter un petit fonds, sous la forme de microcrédit. C’est le cas par exemple dans la province du Bas-Congo, non loin de Kinshasa, où nous avons un champ sur lequel nous travaillons en partenariat avec des communautés de paysans : nous leur fournissons de la semence de manioc et, à la récolte, l’UNTC et ces travailleurs partagent les bénéfices. Le fonds initial qui nous a permis de débuter cette activité est issu d’une petite coopérative de pisciculture que nous avions mise sur pieds dans une autre région.
Ailleurs, à Bandoudou, nous avons financé l’achat d’un vélo par des travailleurs de l’économie informelle. Ils s’en servent pour faire office de vélo-taxi. Celui qui emprunte ce vélo doit payer une location par jour. Il garde en poche tout ce qui excède le montant de la location et s’il gagne moins, il signe une reconnaissance de dette. Cette location permettra à l’UNTC de récupérer à terme son investissement dans l’achat du vélo.

Quelles actions menez-vous en faveur des travailleuses ?
Nous avons un comité de femmes au sein de chaque entreprise. Son rôle est de canaliser tous les problèmes spécifiques aux travailleuses et d’en discuter dans les réunions avec les employeurs. L’adage qui dit « On n’est jamais mieux défendue que par soi-même » se vérifie car si aucune femme n’est déléguée syndicale, les problèmes spécifiques aux femmes ne seront pas bien présentés. Le comité de femmes peut par exemple décider de créer une mutuelle au niveau de l’entreprise afin de s’entraider, comme en cas de naissance ou de décès, histoire de ne pas trop déranger l’employeur. Celui-ci trouve aussi son compte dans l’existence de ces comités de femmes car lorsque les travailleuses n’ont pas de problèmes au niveau de l’entreprise, la productivité augmente.
Ces comités de femmes sont aussi chargés d’agrandir les bases de militantes. Notre devise est « Une pour dix » : celle qui est recrutée doit essayer d’en recruter 10 autres. Les présidentes des comités de femmes de chaque entreprise s’assemblent par ailleurs pour constituer un comité provincial. Elles nous aident à formuler des revendications nationales concernant les problèmes des femmes.

Quels sont les principaux problèmes soulevés par les comités des femmes ?
Il y a d’abord celui de la maternité. Avant, les femmes accouchaient jusqu’à deux fois par an, par exemple en mars et en décembre. Des employeurs se plaignaient, ils ne voulaient pas engager de femmes car elles venaient avec des problèmes : les absences pendant la grossesse, les visites médicales, les vaccinations du bébé… tout ça énervait les employeurs. Il fallait trouver une solution. En tant que syndicat, nous apprenons à nos travailleuses membres comment régulariser les naissances. Nous utilisons les quatre « T » pour expliquer aux femmes ce qu’il faut éviter : trop tôt, trop rapproché, trop nombreux et trop tard. Ces quatre « T » peuvent vous mener à la mort si vous ne respectez pas la règle. Cette formation donnée via les comités de femmes en entreprises a donc pour but qu’elles espacent les naissances et que l’on obtienne de bons résultats dans les entreprises.
Au niveau syndical, nous luttons également pour la protection des droits liés à la maternité. Il s’agit d’une recommandation cruciale de la CSI car beaucoup de gens ne savent pas ce dont il s’agit. Nous expliquons pourquoi la protection de la maternité est importante au niveau de la société, de l’employeur, du foyer, du gouvernement et de l’enfant… C’est un message qu’il faut répéter tant au niveau du gouvernement qu’à celui des employeurs et des travailleuses elles-mêmes. Nous devons tous lutter pour ratifier la convention n°183 de l’OIT sur la maternité. Nous avons pour le moment une femme ministre du Travail et de la Prévoyance sociale qui est très favorable à la condition féminine, nous l’avons rencontrée afin de pousser la RDC à ratifier cette convention internationale.

Qu’en est-il du harcèlement sexuel ?
C’est un gros problème. Nous demandons aux femmes de dénoncer tout cas de ce genre, c’était d’ailleurs le thème de la Journée du 8 mars cette année : « Non à la violence sexuelle faite à la femme ». Si un homme découvre que dès qu’il commence à harceler telle ou telle femme, celle-ci le dénonce, il va hésiter, comprendre que ce n’est pas bien. Il faut punir les auteurs des harcèlements et dès ce moment, ça va peut-être diminuer. Mais les femmes peuvent être des harceleuses également. Nous les conseillons au mieux sur la manière de réagir face au harcèlement sexuel.

Quand on parle du Congo dans les médias internationaux, c’est souvent au sujet de la guerre. L’UNTC est-elle présente dans une région comme l’Ituri ?
Nous sommes implantés dans toute la RDC à travers nos 64 unions syndicales. Nous recevons des rapports de la part de nos permanents dans ces régions au sujet des cas de viols, des tueries, … Mais nous manquons de moyens pour aller là-bas et évaluer les souffrances des travailleurs. Pour le moment, nous travaillons par lettres, par courriels et téléphones, mais lorsque nous disposerons du financement, nous programmerons une visite dans la province orientale.

. Bruxelles, le 28 août 2007. Propos recueillis par Samuel Grumiau.

L’UNTC est l’une des trois affiliées de la CSI en République démocratique du Congo, avec la Confédération syndicale du Congo et la Confédération démocratique du travail.
Créée le 1er novembre 2006, la CSI représente 168 millions de travailleuses et de travailleurs au travers de 305 organisations nationales de 153 pays et territoires. Site web :
www.ituc-csi.org

mercredi 9 janvier 2008

Intervention d'Emile Noel à l'atelier de lutte contre les violences sexuelles au CNCD

Bonjour Je me présente : Emile Noël de la société GIPSA une sprl dont les abréviations signifient Groupe Interculturel de Promotion de la Santé et des Arts.

Je voudrais en tout premier remercier les associations organisatrices qui m’ont offert l’opportunité de participer aux premières pistes de réflexion sur les pratiques solidaires en Belgique. Ces réflexions dans le cadre de la lutte contre les violences sexuelles de guerre faites aux femmes en RDC sont très actuelles et judicieuses. Le constat fait par ces association est interpelant il faut l’avouer:
« Malgré les appuis déjà nombreux et la multiplication des efforts des associations locales, malgré les dénonciations régulières, les violences sexuelles sont encore commises. Aucune réparation n’est accordée aux victimes ».

Je ressens à travers ses interpellations tantôt un certain plafonnement dans les capacités de faire bouger les choses, tantôt une impatience animée par le désir légitime de changement. Le fait que sur le terrain les appuis obtenus ne se traduisent pas en changements significatifs ne peut-être en effet qu’interpellant.

Dans notre désir d'être acteur du changement, ne faudrait-il pas que nous nous posions la question de la façon suivante : Pourquoi l’approche préconisée et les actions prises ne parviennent-elles pas à être mobilisatrices ? En quoi ne sommes-nous pas convaincants ? Les appuis potentiels existent certes mais sommes nous capables de les mobiliser et traduire leurs actions en réalisations sur le terrain.

A mon humble avis, il faudrait éviter que les pratiques professionnelles auprès des personnes violentées prennent une forme charitable donnant aux actions et aux gestes des allures « de main tendue ». Je crains fort que ce concept de la solidarité trouve de moins en moins preneur auprès des professionnels des communautés concernées. Une conception de la solidarité se développe habituellement autour de la notion d’équité, de partage, de respect.

Quel est le concept de solidarité des gens auxquels nous voulons apporter notre appui ? Les appuis que nous leur apportons, respectent-ils réellement leurs traditions dans la façon de gérer l’adversité ?

Il ne s’agit pas ici de faire la promotion des approches exclusives. Il ne s’agit pas de refuser les expertises développées au cours des années. Il s’agit plutôt de réfléchir sur la nécessaire adaptation que doivent revêtir l’organisation et l’expression des appuis pour répondre aux besoins sur le terrain.

En oubliant d’intégrer le concerné dans le processus de résolution de son problème on inocule le poison avec le remède, puisqu’on exclue du centre de l’action les premiers entéressés.
Combien de sociétés de marketing d'origine africaine ont participé à la conception, la réalisation de publicités destinées aux différentes luttes qui ont concerné les africains. Bien sur, il y a eu quelques participations qui sont de l’ordre des bonnes actions. Combien d'artistes africains ont fait partie du casting d'embauche dans la production de ces publicités. Bref quelles ont été en pourcentage les retombées économiques réelles pour la diaspora africaine dans les différentes luttes concernant ses communautés. En quoi les campagnes qui ont duré des années et au cours desquelles il s'est dépensé des milliards d'euros, ont-t-elles contribué à la vélocité de la monnaie dans la communauté migrante des afro-descendants. Tous les appuis existent en Belgique.

Cependant leur implication et leur solidarité, leur savoir être et leur savoir faire est souvent à l'écart du bouillonnement économique généré par les différentes campagnes de lutte contre les souffrances humaines qui concerne au premier chef les africains. Tout ceci parce que ses appuis ne se sont pas organisés entre partenaires d’affaires qui désirent entreprendre ensemble et avec l’appui des autres une action concertée pour résoudre un problème de leur communauté.
Faisons le constat que ces pratiques de solidarité développent sous une intention noble, une sous culture de dépendance dont les effets pervers à long terme contribuent à nous maintenir éternellement en situation déficitaire. De concernés, nous sommes devenus solidaires.

Les violences sexuelles de guerre nous interpellent à plusieurs niveaux : Tout d'abord en tant que personne. A ce titre notre réaction est commune à beaucoup d’humains. Il y a ceux qui ont le désir de contribuer à une aide et qui passeront à l’acte et d’autres qui remettront toujours à plus tard leur implication

Mais ces violences interpellent certains parmi nous de façon viscérale, puisque bon nombre de ces femmes violentées sont celles du village d'à côté, ce sont des voisines, ce sont des nièces, des cousines, des mères. A ce titre, ce que nous pouvons ressentir comme élan de solidarité et la façon dont nous le ressentons se répercute chez nous à un niveau de désir d’investissement de soi pour gérer et résoudre une difficulté d’ordre socio économique qui nous concerne.

Cependant, au fur et à mesure de son évolution cet élan d’investissement s’appauvrit et devient essentiellement dans la pratique de tous les jours une course aux subsides par compassion à une misère humaine. Ce changement d’état d’esprit fera toute la différence dans l’évolution de la courbe des appuis et la forme que prendront les résultats sur le terrain.

La résolution sur le terrain des violences sexuelles de guerre faites aux femmes en RDC, requiert des interventions spécialisées de plusieurs disciplines professionnelles de façon simultanée. La bonne coordination sur le terrain sur les plans financiers, économiques, juridiques, criminologiques et politiques ainsi que la diffusion adaptée de l’information assurera le changement de mentalité recherché à travers les pratiques de vie courante.

En ce sens, la résolution de ce problème n’est pas différente d’un autre du même type qui sévirait n’importe où sur la planète. Sa résolution passerait par une action coordonnée et simultanée de plusieurs disciplines issues autant des milieux concernés que des milieux aidant. Ces actions concertées favoriseraient une intégration efficace sur le terrain des différentes expertises susceptibles d’avoir un impact sur les mentalités à changer.

Nous, en tant que groupes de psychologues, de médecins, de juristes, avons des intérêts avoués à gérer de façon efficace et rentable les inconforts des populations à travers nos pratiques professionnelles respectives.

GIPSA offre aux professionnels qui veulent actuellement s’associer à une action solidaire et organisée, un système de partenariat. Il s’agit d’un cabinet virtuel, élargi aux différentes spécialités, médicale, sociale et juridique.

Nous offrons à nos partenaires une visibilité sur notre site où ils peuvent afficher leurs coordonnées, leur mission ou leurs spécialités, leurs caractéristiques particulières, ou un lien avec leur site. Un service de relations publiques pour la promotion des différents services offerts par les partenaires ainsi que leurs particularités

Un code d’éthique qui encourage les partenaires de GIPSA à avoir une conduite professionnelle favorisant un traitement global du patient.

Un service de réception des demandes de client et de répartition vers les services compétents

Un service de secrétariat :
o pour planifier et répartir les rendez-vous du client chez les différents partenaires susceptibles de répondre à ses besoins
o Pour administrer les dossiers des clients

Nous recevons la demande de la personne,
Nous évaluons les besoins
Nous proposons à nos clients des choix parmi nos partenaires pour solutionner les difficultés rencontrées.

Notre mission
Mettre à la disposition des personnes des ressources professionnelles pour qu’elles puissent résoudre de façon efficace les problèmes de santé, les difficultés administratives, familiales, professionnelles qui peuvent survenir.

Les appuis potentiels sont là. Une bonne coordination devrait déboucher sur des actions et informations concertées sur le terrain

Merci
E . Noël

http://gipsa.synchrone.be/

jeudi 3 janvier 2008

NOS VOEUX POUR 2008


Chère amie,
Cher ami,

Dans son action, AFEDE asbl a toujours su compter sur vous et aujourd’hui, en vous engageant financièrement, vous nous permettrez de continuer à tout mettre en œuvre pour :

- Dénoncer les abus et les injustices subies par les victimes de violences sexuelles en République Démocratique du Congo
- Sensibiliser à la prise de conscience afin de prévenir ces actes
- Stopper l’impunité dont jouissent les bourreaux
- Multiplier les tribunes d’expression afin de briser le silence qui entoure ces actes et la stigmatisation des victimes

En participant à nos actions, vous avez rejoint la grande famille des défenseurs des droits humains en République Démocratique du Congo – RDC, où nous déplorons encore aujourd’hui des viols et de nombreux cas de violences sexuelles à l’encontre des femmes, des filles, des petites filles de ce pays mais aussi des hommes !

Durant l’année écoulée :

- malgré la diminution des combats en Ituri, on constate une augmentation de 2.700 cas depuis le mois de janvier 2006
- au Sud Kivu, 27 000 agressions sexuelles ont été recensées
- les chiffres sur l’ensemble de la province du Nord Kivu sont difficiles à compiler, mais 2 656 cas ont été enregistrés entre janvier et octobre

Notre combat est loin d’être gagné sans une paix durable dans cette région des Grands Lacs africains. Mais en attendant, il nous faut continuer ensemble à tout mettre en œuvre pour aider ces victimes.

Nous restons convaincues qu’avec votre soutien, nous pouvons continuer à lutter pour le respect, la dignité et l’intégrité physique et morale des femmes en République Démocratique du Congo.

Pour l’année qui débute, donnez-nous plus de 2008 raisons de persévérer dans notre engagement pour les femmes et les populations de la RDC : POUR LES VIOLS, TOLERANCE ZERO!!!!

Amitiés,

Maddy Tiembe
Secrétaire Générale

16.12.07 Congo : la culture du viol (Le Vif/L'Express)

Dans l’est du Congo, déchiré depuis une décennie par les guerres et la chasse aux minerais précieux, des centaines de milliers de femmes ont été violées. A force d’impunité, les innombrables atrocités faites aux femmes sont banalisées et perdurent au-delà des conflits.
" La multiplication des agressions sexuelles à l’Est de la RDC donne froid dans le dos. Nulle part ailleurs sur cette planète, les femmes et les jeunes filles ne sont confrontées à de telles horreurs », déclarait en septembre Stephen Lewis, l’ancien envoyé spécial des Nations Unies pour le sida en Afrique. Depuis lors, la situation a encore empiré : les affrontements entre les insurgés dirigés par le général déchu Laurent Nkunda, les FDLR (rebelles hutus rwandais réfugiés au Congo) et l’armée congolaise ont déjà provoqué, en moins d’un an, le déplacement de 425.000 personnes. Pris entre deux feux, les villageois fuient et affluent vers des camps de fortune. Sur la route de cet exil, mais aussi dans les camps de déplacés situés à proximité des bastions de Nkunda ou de militaires brassés (anciens rebelles intégrés), les femmes et les enfants constituent des proies de choix. Dans un camp important autour de Goma, on parle d’une femme sur deux violée au cours de sa vie. Au camp de Mugunga II, un milicien nkundiste a arraché par les armes un enfant de sexe féminin du ventre de sa mère. « Qu’avons-nous fait pour ces hommes ?, se demandent, dans une lettre ouverte aux autorités, des femmes “partisanes de la paix”. Tous ceux-là qui se battent aujourd’hui, nous les avons gardés pendant 9 mois, nous les avons protégés contre les intempéries de ce monde. Comme remerciements, ils nous retournent le canon. Oh, femmes ! 83 femmes déplacées viennent - encore - d’être violées à Rutshuru. »

Le cri des femmes du Nord Kivu sera-t-il entendu ? L’expert onusien pointe le manque de détermination des autorités congolaises, les premières concernées, mais il n’exonère pas la communauté internationale. « La crise du Darfour retient davantage l’attention du monde que les 10 années de conflits à l’est du Congo, qui ont pourtant fait 10 à 20 fois plus de victimes. »
Eve Ensler, auteur de la pièce de théâtre Les Monologues du vagin et fondatrice de V-Day, mouvement destiné à mettre fin à la violence contre les femmes, parle de « féminicide » : « J’étais allée dans les “mines de viol” du monde, comme la Bosnie, l’Afghanistan et Haïti, des endroits où le viol était utilisé comme arme de guerre, mais rien de ce que j’avais vu ne m’a donné une impression aussi atroce et terrifiante que ce qui se passe là, les tortures sexuelles et la tentative d’élimination des femmes. La violence les menace toutes, les filles comme les femmes âgées des villages. »

Après le génocide rwandais, de nombreux extrémistes hutus se sont repliés dans l’est du Congo en y semant la violence. Des milices ont alors commencé à proliférer.

A partir de 1996 - l’avancée des rebelles conduits par Laurent Kabila - jusqu’à aujourd’hui, le viol, assorti de cruautés inimaginables, a été utilisé comme arme de guerre par toutes les factions, ainsi que par les armées dites régulières (congolaise, rwandaise, burundaise et ougandaise). A Mwenga, au Sud-Kivu, 15 femmes ont été enterrées vivantes par la rébellion soutenue par le Rwanda. Des miliciens Mayi-Mayi s’accrocheraient au cou des parties génitales féminines en guise de grigri, d’autres consomment les chairs de leurs victimes, obligeant parfois les proches à en faire autant. Le plus souvent, les femmes et les filles sont violées par plusieurs hommes sous les yeux de la famille. La violence est telle qu’en plus du traumatisme psychologique, les survivantes gardent des lésions physiques graves, sans parler du risque de grossesse et de maladies sexuellement transmissibles, comme le sida. « Une bombe qui continue à ravager longtemps après que les autres armes se sont tues », résume Marie Noël Cikuru, engagée dans l’accueil des femmes violées au Kivu. Aux yeux de son mari et de la société, la femme, perçue comme souillée, doit être rejetée. Les familles sont brisées, la vie sociale et économique anéantie. Sur le chemin de l’école, les fillettes marchent terrorisées comme les femmes, lorsqu’elles doivent aller chercher du bois, puiser l’eau ou travailler dans les champs pour nourrir la maisonnée. Au Kivu, des villages se vident, la menace est permanente.

Rien n’a arrêté la barbarie

« Aujourd’hui, les “tache-tache” (treillis militaires) commencent par violer, ce qui ne les empêche pas de piller ». Maddy Tiembe, Congolaise de Belgique et fondatrice d’une association de femmes de la diaspora, fustige une nouvelle forme de violence, le viol mécanique, dont le but est de blesser à vie. Un coup de fusil dans le vagin ou un coup de baïonnette détruisent les organes génitaux ou créent une fistule béante entre anus et vagin. Si la victime survit, elle ne peut plus marcher qu’à quatre pattes. Ou elle est rejetée à cause de l’odeur nauséabonde qu’elle dégage par la suite...

« Lorsque le viol est devenu une arme contre des groupes ciblés, personne n’a bronché, personne n’a été puni... Certains promoteurs de la violence ont même été portés au pouvoir », observe Marie Noël Cikuru. En Ituri, des chefs de guerre aux mains tachées de sang ont été intégrés dans l’armée comme officiers supérieurs, bénéficiant d’une immunité de facto. Du reste, comment et où porter plainte sans risquer des intimidations, voire un nouveau viol par les policiers ? A quoi cela servirait-il avec une justice qui ne fonctionne pas ? Le plus souvent, les rescapées gardent le silence. De toute façon, le risque est grand de voir l’affaire classée sans suite, le juge se laisser corrompre… Au mieux, le violeur est emprisonné quelques jours à peine.

Une culture de violence

« La tragédie, c’est que, lorsque la guerre s’arrête, les viols continuent », déplore Ross Mountain, le représentant des Nations unies en RDC. Les viols sont tellement nombreux qu’ils deviennent banals. Plus grave, suite à l’impunité, le fléau s’est répandu dans tout le pays parmi les hommes en uniforme puis a gagné les civils (famille, voisins, relations..), qui y ont pris goût. « Ils ne connaissent plus aucune limite, poursuit Marie Noël Cikulu. Des fillettes comme des femmes âgées sont violées au nom de croyances attribuant à ces rapports des pouvoirs thérapeutiques contre le sida. Tout est considéré comme permis parce que rien n’est prohibé, ni puni effectivement comme crime... » On observe une recrudescence de viols commis par des civils.

Nourrie de la misère des populations et de l’irresponsabilité des pouvoirs, mais surtout de l’impunité consacrée, la violence gangrène les fondements de la société et s’est installée dans la culture. Pour Kris Berwouts, directeur d’EURAC, un réseau d’ONG européennes actives en Afrique centrale, « les femmes sont réduites à des objets à jeter après usage ».

Béatrice PETIT