vendredi 25 janvier 2008

23 février 2008 : Le Club Soroptimist de Soignies convie Pie Tshibanda à Neufvilles au profit de l'AFEDE

"Je ne suis pas sorcier "



de et par




PIE
TSHIBANDA


Samedi 23 février 2008 à 19h30





Salle de spectacle du Centre Reine Fabiola,
455, rue de Neufvilles à Neufvilles




20 € (1 boisson comprise)




Réservation : 270-0294267-22 avant le 20 février

Organisé par le club Soroptimist
de Soignies au profit de


Pour information et contact :
Joëlle Petit: 067/34.10.16
Emilie-Flore Faignond: 067/336749

mercredi 23 janvier 2008

Résolution du Parlement européen du 17 janvier 2008 sur la situation dans la République démocratique du Congo et le viol comme crime de guerre

Situation en République démocratique du Congo et le viol comme crime de guerre
(B6-0022, 0030, 0035, 0037, 0043 et 0044/2008)

Résolution du Parlement européen du 17 janvier 2008 sur la situation dans la République démocratique du Congo et le viol comme crime de guerre
Le Parlement européen,
– vu ses résolutions précédentes sur les violations des droits de l’homme dans la République démocratique du Congo (RDC),
– vu la résolution de l'Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE du 22 novembre 2007,
– vu le statut de Rome de la Cour pénale internationale adopté en 1998, et en particulier ses articles 7 et 8 qui définissent le viol, l’esclavage sexuel, la prostitution forcée, la grossesse forcée et la stérilisation forcée ou toute autre forme de violence sexuelle comme des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre et les assimile à une forme de torture et à un crime de guerre grave, que ces actes soient perpétrés systématiquement ou non durant des conflits internes ou internationaux,
– vu le vingt-quatrième rapport du secrétaire général des Nations unies sur la mission des Nations unies dans la République démocratique du Congo, du 14 novembre 2007,
– vu la déclaration de la mission des Nations unies en République démocratique du Congo (MONUC), du 27 juillet 2007,
– vu la publication de l'organisation "Human Rights Watch" intitulée "Nouvelle crise au Nord-Kivu", d’octobre 2007,
– vu la publication de l'organisation "Human Rights Watch" intitulée "En quête de justice: poursuivre les auteurs de violences sexuelles commises pendant la guerre du Congo ", de mars 2005,
– vu le rapport d’Amnesty International pour l’année 2007,
– vu le plan d’Action Humanitaire 2008 pour la République démocratique du Congo, soutenu par les Nations unies, du 11 décembre 2007,
– vu les « nouvelles et analyses humanitaires » du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires, du 13 décembre 2007,
– vu l'article 115, paragraphe 5, de son règlement,

A. considérant que la guerre et les troubles à l’Est de la RDC ont généré des violences sexuelles à l’égard des femmes, perpétrées, à grande échelle et à un niveau alarmant, par des groupes rebelles armés, ainsi que par des forces gouvernementales, armées et de police ;
B. considérant que, à l’Est de la RDC, des femmes sont systématiquement attaquées à une échelle sans précédent et que, selon le sous-secrétaire général des Nations unies pour les affaires humanitaires, la violence sexuelle dans la RDC est la plus grave au monde ;
C. considérant que des viols sont également commis dans les camps de personnes déplacées, où de nombreux civils se sont réfugiés pour se protéger des combats qui ont amené plus de 400 000 personnes à quitter leurs foyers et villages pour la seule année 2007 ;
D. considérant que, d’après le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en RDC, les atrocités contre les femmes prennent la forme de viols, de viols collectifs, de l’esclavage sexuel et du meurtre, qui ont des conséquences profondes notamment en portant atteinte aux femmes tant physiquement que psychologiquement ;
E. considérant que selon le plan d’Action Humanitaire 2008 pour la RDC, il y a eu 32353 viols enregistrés durant l’année 2007, ce qui ne constitue probablement qu’une partie du chiffre total ;
F. considérant que la résolution 1325(2000) du Conseil de sécurité des Nations unies souligne la responsabilité de tous les États pour mettre fin à l’impunité et pour poursuivre les responsables de crimes contre l’humanité et les crimes de guerre, notamment ceux qui impliquent des violences sexuelles et d'autres violences à l’égard des femmes et des filles,
G. considérant que le viol semble être utilisé comme moyen pour humilier les femmes devant leurs familles et leurs communautés et détruire ainsi l’intégrité, le moral et la cohésion de ces communautés ;
H. préoccupé par le fait que les femmes et les filles qui sont victimes de viol subissent dans une large mesure la discrimination sociale et le rejet de la part de leurs familles et communautés, alors que les coupables restent impunis, ce qui explique aussi pourquoi seule une partie des viols est signalée par les victimes ;
I. profondément préoccupé par l’insuffisance des efforts déployés pour mener des investigations approfondies sur ces crimes, par l’absence de mesures de protection des témoins, des victimes et des familles des victimes, le manque d’informations concernant les affaires et l’absence de soins médicaux appropriés pour les victimes;
J. considérant que la nouvelle loi sur la violence sexuelle adoptée par le parlement de la RDC en 2006, conçue pour accélérer les poursuites en cas de viol et imposer des sanctions plus sévères, a eu jusqu’à présent peu d’effet ;
K. considérant la déclaration commune du Rwanda et de la RDC, signée à Nairobi le 10 décembre 2007, pour une solution globale à la présence de groupes armés au Kivu, qui sont responsables de violences sexuelles et d’autres violations des droits de l’homme ;
L. considérant que les nombreuses années de conflit armé ont engendré directement et indirectement 4 millions de victimes directes et indirectes et provoqué le déplacement d’au moins 1,5 million de personnes, la plupart étant des femmes et des enfants, ainsi que la destruction de l’infrastructure socio-économique de la RDC ;

1. condamne résolument le recours au viol comme arme de guerre et rappelle que la Cour pénale internationale est , tout comme la RDC, compétente pour juger ces actes;
2. demande instamment, en particulier, que les coupables de violences sexuelles à l’égard des femmes soient dénoncés, identifiés, poursuivis et punis conformément au droit pénal national et international ;
3. demande au gouvernement de la RDC de mettre fin à l’impunité et de mettre en œuvre la nouvelle loi adoptée par son parlement condamnant les violences sexuelles, qui prévoit des sanctions plus sévères pour leurs auteurs ;
4. exhorte la communauté internationale à prendre toutes les mesures nécessaires pour aider les autorités nationales compétentes à enquêter sur ces actes et à poursuivre les coupables,
5. demande à l’Union européenne d’allouer des fonds substantiels pour fournir une aide médicale, juridique et sociale aux victimes d’abus sexuels et donner plus de pouvoir aux femmes et aux filles pour empêcher de nouveaux abus sexuels ;
6. demande à toutes les forces en présence dans les conflits qui se déroulent dans l’Est de la RDC de respecter les droits de l'homme et le droit humanitaire international, de mettre fin à toutes les attaques contre les femmes et d’autres civils et de permettre aux agences humanitaires de venir en aide aux victimes ;
7. demande à l’Union européenne et aux Nations unies de reconnaître le viol, la grossesse forcée, l’esclavage sexuel et toute autre forme de violence sexuelle comme crimes contre l’humanité, crimes de guerre graves et comme une forme de torture, qu’ils soient ou non perpétrés de manière systématique ;
8. demande à tous les pays membres des Nations unies d’envoyer du personnel à la mission de maintien de la paix de la MONUC pour pour assurer le suivi de toutes les plaintes pour abus sexuel et exploitation sexuelle, en particulier celles qui concernent des mineurs, et de traduire en justice le plus vite possible les auteurs d’abus sexuels; demande dès lors que soit renforcé le mandat de la MONUC du point de vue de la protection des civils contre les violences sexuelles;
9. demande aux Nations unies, à l’Union africaine et à l’Union européenne ainsi qu'aux autres partenaires de la RDC de mettre tout en œuvre pour instaurer un mécanisme de surveillance efficace permettant de rassembler des preuves sur les violences sexuelles en RDC et d’apporter une aide et une protection efficaces et adéquates pour les femmes, en particulier à l’Est du pays ; 10. exprime sa profonde préoccupation face au fait que la violence sexuelle cause un immense exode rural et souligne que la violence sexuelle systématique et une “culture de la violence sexuelle” générale détruisent tous les réseaux sociaux et représentent une véritable menace à l’échelle nationale;
11. se félicite de l’ouverture de la conférence sur la paix, la sécurité et le développement à Goma (Nord-Kivu) et espère que la cessation des hostilités durant la conférence soit la première étape de l’établissement de la confiance entre les belligérants; exhorte les participants à aborder la question de la violence sexuelle à l’égard des femmes et des filles et à s’engager à traduire les responsables en justice;
12. demande à la Commission d’apporter son aide, notamment financière, pour la tenue d’une conférence pour la paix au Kivu en vue de permettre à la population de participer à la recherche de solutions durables;
13. invite le gouvernement de la RDC et la MONUC à garantir un niveau approprié de sécurité pour les membres des organisations humanitaires;
14. charge son président de transmettre la présente résolution à la Commission, aux gouvernements des États membres de l’UE, aux gouvernements de la RDC et des pays des Grands lacs, aux institutions de l’Union africaine et au secrétaire général des Nations unies.

lundi 21 janvier 2008

Entretien avec François Bellet est chef de mission pour SOLIDARITES en RD Congo: janvier 2007

De passage au siège parisien, il nous livre son analyse de la situation humanitaire.
François Bellet en plein travail sur les hyper bornes-fontaines de Béni.
1- Pour mieux te connaîtreTon Nom et Prénom
« BELLET François »
Ton profil en quelques mots (études, formation, expérience associatives ou humanitaires, parcours professionnel...) ?
« Je me suis engagé assez jeune par moi-même dans les années soixante dix au sein de mouvements politiques tiers mondistes et de défense des droits de l'homme. De 15 à 18 ans, j'ai travaillé régulièrement sur des camps Emmaüs finançant des actions humanitaires telles que la défense juridique des paysans sans terre au Brésil. Après un BTS agricole, j'ai commencé dans la vie professionnelle en travaillant sur des exploitations agricoles du Sud Ouest. La suite de mes études s'est réalisée dans le cadre de la formation continue (Bioforce, Licence Eau, Ingénieur en Gestion de l'Eau). J'exerce plus généralement dans le domaine de l'eau potable ou de l'irrigation, alternant les expériences de travail en France et dans les PVD ».
Quel est ton Lieu de mission (pays, ville) et ton poste d'affectation ?
« Je suis Chef de la Mission SOLIDARITES en République Démocratique du Congo (RDC), basé dans l'Est à Goma, devenue en quelque sorte la capitale humanitaire du pays. »
En quoi consiste ton poste de chef de mission ?
« J'ai en charge une équipe de 35 expatriés et plus de 300 salariés nationaux. En 2006, nous avons géré plus de vingt programmes pour près d'un million de bénéficiaires dans les secteurs de l'eau et de l'assainissement, de la sécurité alimentaire, de l'éduction, de l'assistance d'urgence aux déplacés fuyant les conflits perdurant dans l'Est du pays. »
2- Ton arrivée sur le terrain
Depuis combien de temps as-tu rejoint SOLIDARITES en tant que chef de mission en RDC ?
« Je suis arrivé avec Solidarités en RDC en septembre 2004 comme Chef de Projet sur le programme de construction du nouveau réseau d'eau potable de la ville de Beni. Je suis Chef de Mission depuis 1 ans. Il s'agissait plus pour moi de donner un coup de main à l'association et à ses actions. Par delà les responsabilités et le défi, l'expérience est intéressante ».
Peux-tu nous décrire la situation humanitaire que tu as découverte en arrivant ?
« J'ai découvert en RDC une situation humanitaire dramatique pour nombres de populations villageoises victimes des exactions perpétrés par l'armée ou les milices. On a recensé cette année 1,1 million de déplacés fuyant les pillages, les tueries, les viols. Si l'amorce de la normalisation est indéniable grâce au bon déroulement des élections, la situation reste conflictuelle et très complexe. Les richesses minières dont regorge l'Est du pays favorisent l'entreprise guerrière. L'armée nationale, composée d'un ramassis des différentes factions, très peu respectueuse des populations, contribue à alimenter le rang des milices. »
Quels étaient les besoins des personnes ?
« Les populations fuyant les exactions avaient besoin d'une assistance d'urgence du fait de leurs déplacements. A l‘heure des retours, les populations se retrouvent de nouveau en complet dénuement, la guerre ayant détruit le peu d'infrastructures existantes. »
En quelques mots, qu'avons-nous faits pour y répondre ? (les programmes, actions de SOLIDARITES) ?
« L'action de Solidarités continue de se matérialiser par l'assistance aux déplacés, avec désormais une attention prédominante aux retournés :
- distribution de kits d'abris et nécessaires immédiats ;
- fourniture d'eau potable par installations temporaires, sources, puits ou adductions ;
- construction de latrines, incinérateurs ou fosses à déchets ;
- reconstruction ou extension d'écoles ;
- aide au retour avec kits d'outils de semence et d'aide à la relance agricole. »
Comment ces programmes ont ils été perçus par la population ?
« Solidarités est très reconnue par la population, par :
- son ancienneté, dans l'Est du pays depuis 6 ans ;
- sa présence dans des zones conflictuelles comme actuellement en Ituri ;
- la multiplicité de ses secteurs d'activités (abris et kits d'urgence, eau potable, assainissement, éduction, sécurité alimentaire) ;
- ses grands projets réputés comme le RRM (réponse rapide aux besoins des déplacés) ou le projet d'alimentation en eau potable de la ville de Beni ;
- le plein engagement humanitaire de ses volontaires, leur jeunesse et leur conviction. »
Dans ton travail quotidien, quelles sont les tâches les plus importantes ?
« Mes tâches principales sont multiples, à l'image de la conduite d'une entreprise couvrant de nombreux projets dans divers secteurs d'activités, avec une pleine vigilance aux besoins humanitaires. La surcharge de pression des rendus contractuels oblige à une grande tâche administrative. Pour quelqu'un du terrain comme moi, redoutant l'éloignement avec les bénéficiaires, je pense que l'important sur ce type de poste est de ne pas tomber dans une certaine bureaucratisation technocratique de l'humanitaire. Garder le sens des réalités, même si on ne les vit parfois que trop de derrière son bureau. »
3- La RDC en 2006
Cette année, SOLIDARITES a poursuivi son programme quant au soutien institutionnel à la gestion locale concertée du nouveau réseau d'eau potable de Béni ? Peux-tu nous éclairer sur ces programmes ? Combien de personnes en bénéficient actuellement ?
« Le projet de soutien institutionnel à la gestion locale concertée du nouveau réseau d'eau potable de Beni se déroule très bien. Les femmes représentantes des usagers ont acquis un réel pouvoir de contrôle. Leur poids politique oblige la Ville de Beni et la REGIDESO au bon fonctionnement de l'infrastructure. L'exploitant parapublique maîtrise en toute autonomie financière le fonctionnement technique des installations. Notre appui consiste à former le personnel à une meilleure maintenance préventive et à une meilleure gestion financière pour la durabilité d'un système desservant 170.000 habitants. »
Peux tu nous expliquer le principe du réseau de distribution de Béni. Qu'est ce que la rétro filtration ?
« Le réseau gravitaire est alimenté par 5 captages de rivières desservant en eau brute, par des adductions au travers des collines, la station de traitement à l'entrée de la ville. Le réseau de distribution alimente ensuite au total 84 hyper bornes-fontaines pour la ville. Le processus de rétro filtration biologique permet 5 à 6 filtrations en boucle. Les matières en suspension et les éléments pathogènes sont retenus et dégradés par un développement naturel de bonnes bactéries. Le système facile de maintenance est de surcroît économe en énergie. »
Quels sont les compétences des locaux dans le domaine de l'eau ? Comment participent-ils au programme ?
« La RDC a une forte expérience en traitement physico chimique et filtration biologique simple. Les deux formes de traitement apparaissent respectivement coûteux et lourds de maintenance. C'est pourquoi, malgré les doutes du début, la rétro filtration a été acceptée par la REGIDESO nationale. Aujourd'hui, la station de Beni est très bien maîtrisée par les techniciens locaux. Et l'eau parfaitement potable. »
Comment envisage-t-on le programme Béni 2 ?
« Le programme de Beni 2 prévoit la desserte des nouveaux quartiers périphériques (70.000 habitants) et la pose d'une micro centrale hydroélectrique pour favoriser l'autonomie énergétique de la station. Le projet prévoit aussi la réhabilitation partielle de l'ancienne infrastructure pour éviter les rivalités entre les abonnés privatifs et la population pauvre désormais bien desservie. »
Comment évolue le programme d'assistance élargie aux retours en Ituri? Combien de bénéficiaires ce projet concerne t-il ?
« Le programme d'aide au retour et à la réinstallation des anciens déplacés de l'Ituri évolue bien. Les transports ont repris en novembre sitôt la fin des élections présidentielles, jugée à haut risque. Pour autant, la reprise des combats le 24 décembre dans le nord de L'Ituri rappelle à la fragilité de la situation sécuritaire. Heureusement, notre programme concerne des retours s'arrêtant plus au sud. Et la motivation des populations est grande pour retourner à une vie normale loin des camps de déplacés. Pour les populations d'accueil, malgré la problématique foncière dans laquelle nous nous investissons, c'est d'abord une joie et un gage de stabilité politique de voir « le retour des frères ». »
Peux tu nous parler du programme RRM ? A qui bénéficie t-il ? En quoi ce projet est il une spécificité de SOLIDARITES ?
« Le programme RRM cible les déplacés de l'Est de la RDC. Au total, près d'un million de personnes ont été assistées. Ce projet contribue à atténuer la souffrance et à réparer modestement l'injustice faite aux populations fuyant les exactions. Nous intervenons par la distribution de kits d'urgence pour l'abri et le confort des familles, la fourniture d'eau potable et l'aménagement de service d'assainissement et d'hygiène, la réalisation d'extension d'écoles pour l'accueil des enfants des déplacés. Par exemple à Gety en Ituri, nous avons ainsi assisté 45.000 personnes pendant 3 mois, parant notamment au risque de développement d'une épidémie de choléra. Le projet a été et continue d'être une grande réussite par le plein engagement et le sérieux des équipes. »
D'une manière générale, qu'elles ont été les difficultés rencontrées lors de la mise en œuvre de ces projets ?
« La difficulté majeure pour la mise en œuvre des projets, comparativement aux objectifs fixés, c'est en général le peu de moyens disponibles localement. Malgré le potentiel du pays, le manque d'infrastructures et les ravages de la guerre rendent toute action très contraignante. En matière de transport, d'approvisionnement, de savoirs faire locaux. Mais l'ancien Zaïre est aussi le pays de l'anormalité. Par défaut ici, rien ne marche dans le bon sens. La vigilance s'impose continuellement pour éviter les malfaçons techniques ou les détournements. Nous devons acceptés de composer avec des règles de jeu différentes de celles de nos idéaux, mais sans les perdre. Et notre pleine confiance envers de nombreux collègues congolais garde notre motivation intacte. »
4. Ton ressenti… Quels sont tes souvenirs les plus marquants ?
« Mon souvenir le plus marquant, c'est la joie des enfants quand est arrivée l'eau des collines pour la première fois à la nouvelle de station d'eau potable de Beni. Ils s'amusaient et jouaient comme des fous avec l'eau. Ce jour là, à mi chemin sur le projet, j'avais pu trouver à ressourcer notre folie qui nous motivait à réaliser l'impossible. »
Et pour toi, la suite c'est quoi ?
« Marié et père de 3 enfants, mes contraintes familiales m'obligent à mettre un terme à mon contrat. J'envisage de poursuivre dans l'humanitaire, avec plus de regard sur une certaine viabilité à la vie de famille… »

Notre action en RD Congo

jeudi 10 janvier 2008

Émilie Flore Faignond : "Kulalamika ya Mwana Muke"



« Un homme vous protège parce qu’il vaut, une femme parce que vous valez : voilà pourquoi de ces deux empires, l’un est odieux, l’autre est doux » (Chateaubriand).



Pour les femmes du Sud-Kivu dans l’Est de la République Démocratique du Congo !


Distingués invités,Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,chers amis, chers compatriotes,
Ce n’est malheureusement pas la première fois que des Associations ou des Pouvoirs Publics me demandent de monter aux créneaux pour parler avec des mots affluant de la sève de mon écriture de toutes les violences sexuelles ex abrupto faites à la femme et en particulier à celles que la matrice féconde de la terre congolaise a portées... Toutes celles qui en ont la belle couleur ébène et la douce chaleur. Je me serais volontiers abstenue de dénoncer et de commenter ces faits effroyables et outrageants, préférant de loin chatouiller la muse à travers la poésie où le rêve est roi et la nature ma source d’inspiration. Mais, s’il est vrai que j’aime viscéralement ce Congo, qui est l’essence de ma vie, je me dois de faire entendre ma voix de femme poète pour hurler encore combien la femme est aujourd’hui devenue une arme de guerre de prédilection dans notre pays arrosé d’or et de lumière.

Aussi, j’ai répondu « oui » à l’appel de Maddy Tiembe et d’Yvette Tabu qui ont organisé la rencontre d’aujourd’hui samedi 10 mars 2007 au Cinquantenaire de Bruxelles. Oui, je m’associe intimement au message que des milliers de femmes veulent diffuser avec et autour d’elles. Ce message est celui de l’information et de la dénonciation de la récurrence de ces brutales et horrifiantes exactions sexuelles qui sont hélas ! devenues monnaies courantes au Congo notre Patrie Souveraine. C’est notre manière à nous de porter secours avec nos moyens à ces femmes dont le quotidien est mis en péril sur notre belle planète bleue, sous le firmament de cette somptueuse nation congolaise qui nous a pourtant vus naître et grandir dans la paix et la quiétude. Le Grand Congo ! Notre Congo !

La date du 8 mars intitulée « Journée des Nations Unies pour les droits de la femme et de la paix internationale » a été choisie pour permettre aux femmes du monde entier de faire entendre leurs voix et de revendiquer leurs droits d’êtres humains à part entière. Droits repris dans les articles 13 à 25 des Nations Unies qui définissent la place de la femme au sein de la société mondiale. Aussi, je vous invite aujourd’hui à écouter avec beaucoup de respect et d’attention les voix des femmes de notre patrie. Non pas des voix, mais des cris ! Des cris stridents! Kulalamika ya mwana muke, Kulalamika ya mwana muke. Les cris de ces femmes bafouées dont je me fais le porte-parole au nom des femmes choquées que nous sommes, bouleversées par les violences terrifiantes que subissent des milliers de nos compatriotes dans l’Est du Congo. Je parle, nous parlons pour ces milliers de femmes meurtries, déshonorées, molestées dont les voix désespérées coulent vers nous incandescentes comme de la lave depuis les sommets volcaniques du Ngamuligara et du Nyariagongo. Prêtez bien l’oreille ! Ecoutez : C’est un cri ! Oui un cri !« Kulalamika ya mwana muke », « Kulalamika ya mwana muke ». Oui, ces voix sont brûlantes, brûlantes comme crachées par les bouches en feu des cratères des géants qui surplombent les vallées luxuriantes du Kivu. Ces voix hurlent et s’époumonent en nous criant toute leur détresse, toute leur douleur et leur impuissance face à leur belle et douce vallée endeuillée, maculée depuis de trop longues saisons par le terrorisme sexuel et le génocide mental instaurés dans l'Est du Congo. Depuis de trop longues saisons des hommes ; anciens génocidaires, désœuvrés et abandonnés dans la nature comme des fauves en liberté, ont choisi comme cibles, comme proies, les femmes de cette région aux paysages édéniques métamorphosés pour elles, aujourd’hui en un véritable enfer. Transformés en prédateurs, leurs bourreaux se livrent à leurs crimes en toute impunité. Pendant que les femmes souffrent, crient et pleurent les médias se taisent ! Le monde demeure sourd, reste silencieux et aveugle devant ces pestes nouvelles qui touchent et souillent nos compatriotes. Cette peste nouvelle qui macule notre terre. Kulalamika ya mwana muke, Kulalamika ya mwana muke.

Le viol n’est-il pas un crime odieux contre la dignité humaine, contre le tabernacle sacré et mystérieux de la femme ? Elle qui depuis la nuit des temps porte en son sein la vie avant de l’offrir au Monde !


La Femme créature que mon âme de poète aime tant et tant comparer à une fleur altière, belle, odorante aux pétales chatoyants et fragiles mais surtout aussi généreuse et féconde que la planète terre, notre magnifique patrie universelle. La terre… Ne sommes-nous pas des milliards d’êtres humains à y être nés et à y avoir grandi dans le « creux » de nos mères ?
J’aime à citer ces phrases du grand écrivain français Victor Hugo si anoblissantes pour la femme !

« Si Dieu n’avait pas fait la femme. Il n’aurait pas fait la fleur »

« La femme nous remet en communication avec l’éternelle source où Dieu se mire »

« Que l’amour est une mer dont la femme est la rive ».

De très beaux vers qui nous disent combien la femme est belle et fertile mais aussi et surtout qu’elle est sacrée depuis la nuit des temps. Et malheur, oui malheur à ceux qui profanent le sacré !

Aujourd’hui en ce mois de mars 2007 nous voudrions que vos voix et nos voix forment un chœur puissant et qu’elles se mêlent au cri, ô combien désespéré de nos compatriotes. Que nos voix vibrent, résonnent… Et que dans notre colère, elles tonnent encore plus fort que celles tonitruantes des volcans du Nyriagongo et du Nyamuligira quand ils entrent en éruption ! Oui, nous sommes révoltées et nous souhaitons que le puissant feu de notre désapprobation, soit entendu au sein de cette assemblée et qu’il soit rapporté jusqu’aux Nations Unies pour que soit dénoncé avec véhémence toutes les brutalités que subissent nos compatriotes de tous les âges confondus ! Car la cruauté de ces êtres n’épargne personne ; ils n’ont même plus visage humain ! Même l’animal le plus vil ne se réduit pas à de telles bassesses. Oui ; nous les avons entendu nos mamans, nos sœurs, nos filles, nos petites-filles et même nos grand-mères hurler toute leur douleur et leur désarroi quand ces tortionnaires incoercibles ont fait de leurs corps et de leurs âmes des jouets, une cour de récréation; une chambre de torture. Comme le dit si bien Christine Deschryver.

Christine Deschryver qui déploie tous ses efforts pour révéler l’épouvante sexuelle qui souffle comme un vent irascible en terre congolaise tel un malstrom de tortures terrifiantes et fangeuses. Elle qui s’arme aussi de tout son courage pour mener ce combat titanesque, contre vents et marées. Ne dirait-on pas que l'Est du Congo a été entaché par une souillure purulente, fétide qu’aucune de ses sources cristallines ne pourra épurer ? Nous crions, nous pleurons, nous gémissons avec toutes ces femmes, nos compatriotes martyrisées. « Kulalamika ya mwana muke », « kulalamika ya mwana muke ». Au secours, au secours crient-elles mais le monde entier semble vouloir rester sourd à ces haros de détresse peut-être étouffés et occultés insidieusement pour ne pas mettre en péril des intérêts politiques et économiques dans lesquels se diluent hélas tout le désespoir de nos compatriotes livrées en pâtures à des gens barbares. « Kulalamika ya mwana muke », « Kulalamika ya mwana muke ». Entendez les cris de ces femmes à jamais détruites dans le corps et l’âme avec des séquelles irréversibles dont la liste est longue et effroyable :

« Sida et autres maladies sexuellement transmissibles, la folie s’empare de leur esprit tourmenté, la stérilité, la frigidité, les handicaps lourds, les fistules, sans omettre la mort... »

C’est apocalyptique !

Aujourd’hui, avec toutes les dames et mes sœurs congolaises qui travaillent entre l’ombre et la lumière et qui se sont investies dans cette noble action nous vous demandons à tous ; femmes et hommes de rejoindre rapidement nos rangs, pour mener la seule guerre et le seul combat qui soit juste et en vaille la peine ; celui des droits humains. Ayons la volonté et le courage de sortir ces femmes du gouffre obscur dans lequel elles ont été plongées avec une violence extrême. Car : « Vouloir c’est pouvoir ! » Nous aurons déjà gagné une grande bataille avant d’avoir remporté la victoire sur l’adversité si nos cris ont eu la puissance d’ouvrir les portes de vos cœurs et le don d’éveiller, de réveiller enfin vos esprits et s’ils ont suscité une réelle prise de conscience de votre part face à ce fléau qui coule comme un venin dans le corps de nos mères, de nos sœurs, de nos filles, de nos petites-filles et hélas dans celui de nos grands-mères aussi. L’horreur et son macabre cortège de perversité ! Nous vous demandons donc de bien vouloir déjà apposer votre signature sur notre pétition qui sera bientôt sur « Internet » et que celles-ci soient nombreuses pour qu’elles remplissent des pages entières afin que cette pétition fasse une entrée fulgurante dans l’hémicycle du panthéon des Nations Unies où siègent les Grands Hommes. Ces Grands Hommes qui ont le pouvoir de décision sur les événements qui se passent à travers le Monde entier. Ces hommes qui pourront, nous l’espérons faire bouger les choses à une plus grande échelle que la nôtre. Mais en attendant de voir éclore ce jour crucial, il y a urgence ! Avant d’être confrontés à l’extinction effroyable des femmes de notre verdoyant Congo.

Nous devons agir rapidement et efficacement pour éviter une véritable hécatombe ! Nous vous demandons un soutien moral concret, la collecte de médicaments de première nécessité, d’appareils médicaux, de vêtements (même chauds car dans cette région dévastée les nuits sont particulièrement fraîches). Ce n’est qu’une goutte d’eau pure dans un océan de turpitudes et de douleur mais elle pourra en nuancer la couleur, croyez-moi ! Nous comptons aussi sur vos dons en argent : 25 euros par personne et cela nous aiderait à payer les prestations d’une infirmière, d’un infirmier. Et si votre générosité est plus grande encore que notre espoir, nous pourrions aussi honorer le salaire d’un ou plusieurs médecins et psychologues qui soigneraient et encadreraient ces femmes mortifiées dans leurs corps et leurs âmes. Le plus ignoble des outrages ! Le viol ! J’en appelle à votre humanisme et surtout à vous sœurs congolaises et frères congolais à votre patriotisme qui ne peut demeurer indifférent à cette infamie. Il y a danger sur la terre de nos aïeux ! Oui, il y a danger ! Alors réagissez déjà en diffusant cette information partout autour de vous... Une vraie campagne contre la violence ! Quand l’Association Green Peace dénonce l’extermination de certaines espèces animales sur la terre, le Monde entier s’émeut, tremble et se mobilise pour les protéger, leur porter secours ! Mais c’est à peine si quelques vagues bougent pour dire au Monde qu’en R.D.C. tous les jours des centaines de femmes sont violées, molestées et handicapées par ces viols ! Pourquoi ? Oui, pourquoi ? La vie de nos compatriotes n’est-elle pas précieuse et sacrée ? Alors pourquoi cette indifférence, cette léthargie face à leur drame ? Oui ; pourquoi ? Devons-nous les laisser continuer à vivre leur quotidien dans la terreur, l’épouvante, l’effroi, l’humiliation, l’opprobre, la fange et la douleur ? Où sont nos consciences dans quel tain se mirent-elles pour oser se regarder en face et se taire devant cette ignominie ? Réveillons-nous, je vous en prie ! Des femmes souffrent, hurlent et pleurent dans notre patrie ! Ne tardons plus ! Volons à leur secours ! « Kulalamika ya mwana muke », « Kulalamika ya mwana muke ».

Comme je l’ai déjà dit lors du symposium sur les violences faites à la femme le 23 juin 2006 à Bruxelles. Je tiens à rappeler encore et encore quelques points fondamentaux qui constituent les piliers de toutes les disciplines : ces vertus et toutes ces valeurs perdues et qu’il nous faudra repêcher coûte que coûte pour redonner à la femme toute sa valeur et la place prépondérante qu’elle avait au sein de notre société d’antan et prendre conscience qu’on ne peut ni reconstruire, ni édifier sans Elle !

Car je pense comme Jésus-Christ de Rastaquouère que:

« Les femmes sont les dépositaires de la liberté ».

Je ne pourrais clore notre message avant de citer des femmes et des hommes de terrain qui sur place, parfois au risque de perdre leur vie, dénoncent... et se battent à coups de becs et d’ongles pour venir en aide à nos compatriotes confrontées à des préjudices lourds de conséquences car ils laissent des séquelles profondes physiques et psychiques, pour lesquelles n’existe aucun antidote. Parmi ces femmes et ses hommes il y a, entre autres : Christine Deschryver, le docteur Mukwege et tant d’autres encore qui se battent pour secourir ces femmes avilies, violentées en toute impunité !

Nous sommes toutes unies pour un même et seul combat ! C’est pourquoi nous sommes là et tant d’autres encore qui, elles aussi s’impliquent pour tendre la main aux filles de notre pays ! Un grand vent de fronde pour dénoncer et lutter auprès de Christine Deschryver contre cet homicide volontaire du corps et de l’âme des femmes du Kivu… « La Guerre de Christine » Christine qui est venue expressément du Kivu pour être là avec nous. Christine qui à son retour au Congo rapportera à nos compatriotes martyrisées : notre mobilisation, notre action, notre dynamisme qui consistent à donner une voix à leurs cris et à diffuser de la lumière dans le puits d’obscurité où palpitent leurs douleurs. Nos compatriotes sauront que désormais elles ne seront plus jamais seules.

"Supérieures par l’amour, mieux disposées à toujours subordonner au sentiment l’intelligence et l’activité, les femmes constituent spontanément des êtres intermédiaires entre l’humanité et les hommes " (Comte XIX siècle).

Une dernière citation poétique pour souligner tout le respect que l’on doit à la femme :

« On ne frappe pas une femme, même pas avec une fleur ».

Nous tenons à dire toute notre gratitude à Nathalie Gilson et à Pie Tshibanda, respectivement marraine et parrain de cette action. Nous vous remercions d’être parmi nous aujourd’hui et pour toute votre attention à la lecture de notre message et d’avoir prêté l’oreille, écouté et j’espère entendu le cri de ces femmes du lointain Congo ! Kulalamika ya mwana muke, Kulalamika ya mwana muke . Merci !

Emilie Flore Faignond
Poète-Écrivain
Bruxelles, le 10 mars 2007