mardi 16 décembre 2008

L'impasse congolaise - Ignorer les violences contre les femmes condamne la paix en RDC

Mélanie Coutu, Chercheuse à l'Observatoire sur les missions de paix de la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQÀM
Sandra Le Courtois, Chercheuse à l'Observatoire sur les missions de paix de la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQÀM

Édition du mardi 16 décembre 2008

Quelque 1100 viols par mois, un total de 13 247 cas seulement pour l'année 2007. Voilà les données officielles dévoilées par la MONUC (Mission des Nations unies en République démocratique du Congo) au sujet des violences sexuelles en RDC. Et depuis la reprise des hostilités dans le Nord-Kivu en août dernier, ces chiffres ont décuplé.
L'organisation est aujourd'hui montrée du doigt pour ne pas avoir réussi à assurer la mise en place d'une paix durable en RDC. Mais l'échec de la MONUC à mettre un terme aux violences sexuelles dans le conflit congolais témoigne d'un malaise plus profond, celui d'avoir échoué à comprendre et à véritablement intégrer les problématiques spécifiques aux femmes congolaises. Alors que celles-ci devraient être aux premières loges du processus de paix et de reconstruction de la société, le conflit en RDC a contribué à exacerber les discriminations qu'elles vivent. Et malheureusement, les acteurs de la MONUC n'ont pas su y remédier. Pire, certains s'en sont fait complices.

La précarité économique comme porte d'entrée des abus vécus par les femmes

Au-delà même de la gravité et de l'incroyable cruauté des crimes sexuels commis à l'encontre des femmes et utilisés comme arme de guerre dans le conflit congolais, la précarité économique des femmes est un autre des abus qu'elles subissent. Selon l'ONG Save the Children UK, les femmes composent de 30 à 40 % des effectifs des belligérants. Un certain nombre de Congolaises se joignent aux troupes de leur plein gré, mais la majorité d'entre elles le font afin de subvenir à leurs besoins. Elles y jouent alors des rôles différents: logistiques (productrices de denrées alimentaires, travail domestique, assistance médicale), militaires (combattantes, espionnes, messagères, gardes du corps) ou esclaves sexuelles. Peu importe leur rôle ou leur statut au sein du groupe, la majorité d'entres elles subiront une forme d'abus sexuel.

Quand les soldats de la paix commettent les abus

Le déploiement de la MONUC, en 1999, et l'établissement d'une paix chancelante n'ont pas résolu la question de la précarité économique des femmes. Dès 2004, devant un nombre grandissant d'allégations d'exploitation et d'abus et sexuels, les Nations unies ont dû se rendre à l'évidence: les violences sexuelles ne sont plus le monopole des groupes armés, de la police ou des militaires congolais. Elles sont également commises par certains membres du personnel de la MONUC. Pour de l'argent, de la nourriture ou un emploi, il existe, autour du personnel de la MONUC, un véritable marché de faveurs sexuelles.

L'attitude équivoque des Nations unies

Les Nations unies ont su reconnaître le caractère inadmissible de ces abus, dès leurs premiers échos. L'instauration d'une politique de tolérance zéro et d'une série de mesures répressives mettent en évidence la réelle volonté d'enrayer cette réalité peu reluisante du maintien de la paix. Néanmoins, l'attitude des Nations unies demeure ambiguë. D'un côté, il y a une dénonciation vigoureuse de ces abus. De l'autre, l'organisation onusienne se réfugie derrière la préséance des pays fournisseurs de contingents à sanctionner leurs soldats (ce qu'ils ne font à peu près pas). Ainsi, dans un contexte tel celui de la RDC où les infrastructures légales et juridiques n'ont pas encore été complètement rétablies, le climat d'impunité qui règne permet d'expliquer que certains membres du personnel de la MONUC se soient adonnés à des actes délictueux.

Les femmes-parias et la faillite du processus de paix

Dans le cadre de son mandat d'appui au Programme national de Désarmement, Démobilisation et Ré-intégration, la MONUC mène des négociations auprès des différents chefs de groupes armés afin de démobiliser les combattants en vue de leur réinsertion sociale. Mais dans ce processus, les femmes-combattantes sont pratiquement absentes (entre 2004 et 2008, seules 2 600 femmes ont été démobilisées contre 102 000 hommes). Leur sous-représentation s'explique d'abord par le fait que les femmes-combattantes sont rarement perçues comme des actrices du conflit. Ensuite, parce que les opérations de paix en général, et la MONUC en particulier, peinent à comprendre le rôle particulier des femmes dans la société hôte d'une mission de paix et les raisons qui expliquent la discrimination qu'elles vivent au quotidien. Enfin, parce que les femmes, pilier de leur communauté, sont souvent ostracisées par leur collectivité dès qu'elles ont fait partie d'un groupe armé ou qu'elles ont été victimes de violences sexuelles. Plusieurs s'exileront vers les centres urbains, où il devient presque impossible de les rejoindre. Elles seront alors amenées à se tourner vers des moyens de survie tels que vendre leur corps au personnel des Nations unies ou rejoindre des factions armées.

Les Nations unies, notamment par l'adoption des résolutions 1325 et 1820, démontrent une préoccupation manifeste à ce que les femmes fassent partie intégrante de toutes les étapes du processus de paix. Cependant, les allégations d'abus sexuels par du personnel des Nations unies ainsi que le traitement réservé aux femmes-combattantes mettent en évidence une incompréhension fondamentale des réalités qui affectent les femmes congolaises. Les discriminations vécues par celles-ci, en temps de paix, devraient nous fournir des indications précieuses sur les moyens à mettre de l'avant pour briser le cercle des violences et des abus dont les Congolaises font les frais en temps de conflit.

dimanche 14 décembre 2008

Critiques d'un activisme figé contre les violences sexuelles

Emmanuel Chaco

KINSHASA, 9 déc (IPS) - Des politiques font de plus en plus une critique acerbe contre l'activisme des femmes congolaises autour des thèmes sur l'égalité des sexes et des droits ainsi que sur les violences sexuelles faites aux femmes en République démocratique du Congo (RDC).

Pour les uns, c'est un monologue, pour les autres c'est un combat "mono sexiste", et pour d'autres encore, un combat qui n'aboutit qu'à un "discours de copines" sans objectifs ni résultats concrets.

Cette critique est devenue, à tort ou à raison, plus forte avec le lancement, par le gouvernement congolais, des "16 jours d'activisme contre les violences sexuelles faites aux femmes en en RDC", sous la supervision du ministère du Genre, de la Famille et de l'Enfant.

Lancée depuis le 25 novembre, cette manifestation durera 16 jours et coûtera plus de 15.000 dollars, pour des résultats non encore clairement définis.

Pour certains, comme les initiateurs, notamment la ministre du Genre, de la Famille et de l'Enfant, Marie Ange Lukiana, c'est "un activisme offensif". Pour d'autres, c'est "un activisme de grands hôtels huppés et climatisés, qui n'aboutira à aucun résultat concret comme ceux organisés depuis de longues années et auxquels on est habitué". Dans tous les cas, les uns et les autres estiment, comme le professeur Jean-Claude Byebye, ancien député congolais, qu'il s'agit, une fois encore, d'une réunion sans enjeux majeurs.

En tout cas, la question posée continuellement tourne autour de l'efficacité réelle de l'engagement des femmes congolaises puisqu'au bout de deux décennies d'un discours apparemment convainquant, elles ne sont pas parvenues à se donner une place de choix dans les institutions issues des élections et en sont donc restées aux jérémiades, affirment des analystes.

Reprenant cette idée, Byebye considère que jusque-là, l'engagement des femmes congolaises ne s'est limité qu'aux discours opportunistes, sans contenu concret et sans actions programmées. En témoignent des réunions répétitives, avec les mêmes acteurs, dans des lieux huppés, après lesquelles des cocktails sont bien servis, comme ci ces rencontres étaient en elles-mêmes l'objectif, le moyen et le résultat, dit-il à IPS.

Le contenu des discours et exposés des participants est l'autre écueil : propositions de réformes, dénonciations des inégalités des droits et des sexes, demandes de renforcement des capacités sans trop donner les raisons des réformes revendiquées ni les résultats auxquels elles devraient aboutir.

Les femmes ne ciblent pas non plus les points faibles de leur engagement qui requièrent renforcement ni les résultats qualifiés et quantifiés à court, moyen et long terme, comme le reconnaissait encore Joséphine Ngalula, présidente du Réseau actions femmes (RAF), au cours d'une rencontre d'évaluation à mi-parcours des 16 jours d'activisme, le 3 décembre. Le RAF est une organisation non gouvernementale basée à Kinshasa, la capitale congolaise.

Les femmes, qui sont les vraies victimes des violences sexuelles, ont toujours été laissées en marge de toutes ces "réunions de grands hôtels" et elles ne servent que comme capital humain, pour la confection des "projets, qui depuis de longues années, n'ont rien donné". Et le nombre des femmes qui ont simplement besoin de se confier à leurs paires est devenu impressionnant, mais elles n'ont personne à qui se confier. Les "activistes" sont loin d'elles, souligne Byebye.

Sihaka Tsemo du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à Kinshasa, pense autrement : "Un travail plus concerté donnerait des résultats meilleurs si les obstacles sont d'abord identifiés et évalués en même temps que les atouts et les défis que connaissent les femmes en matière de violences sexuelles. Viendront alors les élaborations de programmes avec des résultats précis auxquels on voudrait arriver".

Dans un effort de lutte contre l'impunité des violences sexuelles faites aux femmes, il y a d'abord la prévention, soulignent à IPS, Anne Marie Makombo, une ancienne députée et Jacqueline Rumb, une femme politique, responsable au sein du Réseau des femmes africaine ministres et parlementaires (REFAMP), une association sans but lucratif basée à Kinshasa.

Selon le REFAMP, la prévention des violences sexuelles devrait faire en sorte que les premiers destinataires de l'engagement des femmes et de ses résultats soient d'abord les policiers, les maires, les politiciens et les enfants de rues en tant qu'auteurs récurrents ainsi que les femmes du monde rural, des femmes peu ou pas instruites en tant que victimes potentielles.

Le REFAMP espère ainsi intégrer à court terme une ligne spécifique aux violences sexuelles faites aux femmes dans le budget de la RDC pour l'année 2010 en prenant en compte le travail qui doit d'abord être fait à la base avec les femmes nécessiteuses ainsi qu'aux côtés des auteurs potentiels de ces violences.

Selon des analystes, un défi d'engagement plus significatif en faveur des femmes et par les femmes existe certes; mais il reste encore à braver plusieurs mythes dont la loi du silence face aux tabous, les craintes de représailles ainsi que le manque de structures d'écoute et de protection pour les victimes, en dépit des milliers de dollars qui sont gaspillés toutes les semaines dans des rencontres presque inutiles. (FIN/2008)


Condamner la guerre ou ses conséquences ?
Le Conseil des droits de l’homme décide d’enquêter sur les causes de la guerre au Congo


Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a franchi un pas important en décidant de ne pas uniquement enquêter sur les violations des droits de l’homme au Kivu, mais d’examiner également les causes de ces violations. En d’autres termes, les États du tiers-monde n’acceptent plus d’être stigmatisés pour les abus commis lorsqu’ils se défendent. Ils veulent mettre en accusation les fauteurs de guerre, c’est-à-dire les nouvelles puissances coloniales.

La 8e session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme consacrée à la situation dans l’Est du Congo a pris fin le 1er décembre. Après un débat contradictoire, la Résolution de l’Égypte, présentée au nom du groupe des pays africains, a été adoptée. Au nom de l’UE, la France a retiré sa Résolution. Ce texte n’évoquait pas la question des causes du conflit et ses opposants y voyaient la justification anticipée d’une éventuelle intervention militaire au Congo. [1]

Dans la Résolution, qui a été adoptée par consensus, le Conseil des droits de l’homme condamne non seulement les violences et les violations des droits de l’homme au Nord-Kivu, avant tout les abus sexuels et le recrutement d’enfants-soldats par les milices, mais il appelle également la communauté internationale à enquêter sérieusement sur les causes du conflit, notamment sur l’exploitation illégale des matières premières. Il veut contribuer ainsi à favoriser la paix et la stabilité en République démocratique du Congo (RDC) et à soutenir les efforts du gouvernement.

Le dimanche 1er décembre, la délégation de la RDC avait fait remarquer que la plupart des interventions faites jusque-là concernaient les conséquences du conflit et non ses causes [2]. Ainsi, le délégué Sébastien Mutomb Mujing a déclaré que l’envoi massif d’observateurs et de rapporteurs spéciaux ne contribuait pas à soulager les énormes souffrances de la population. Ce qu’il faut, c’est exercer de fortes pressions internationales sur les rebelles qui sèment la haine dans la région des Grands lacs. Il est vital que les réfugiés puissent rentrer chez eux.

Il a insisté sur le fait que l’armée du pays a été restructurée et qu’elle contient maintenant également des combattants d’anciens groupes rebelles qui commettent des violations des droits de l’homme et jettent le discrédit sur l’ensemble de l’armée.

En ce qui concerne les pays voisins, il a souligné le fait que certains d’entre eux sont devenus de très importants exportateurs de matières premières alors que leur sous-sol n’en contient pas. Font-ils donc tout pour empêcher une solution au conflit et la fin des massacres ?

Le résultat de la session extraordinaire montre que les pays africains ont gagné en assurance et ne se laissent plus commander par le monde occidental. De plus en plus de responsables africains sont conscients maintenant que les États leaders de l’UE et les USA veulent installer une nouvelle domination coloniale sur l’Afrique, pire que celle des décennies passées. Et les Africains n’accepteront pas cela.

Pour les habitants des pays industrialisés également, la nouvelle politique coloniale ne vise que les profits d’un petit nombre de personnes. Les énormes dépenses d’armement se font toujours au détriment des hommes, si bien que dans les pays « riches » comme les États-Unis ou l’Allemagne, la pauvreté prend une ampleur alarmante. Ainsi, en Allemagne, on trouve de nouveau des enfants qui ont faim.

Le fait que les gouvernements occidentaux continuent de miser sur la guerre apparaît de manière exemplaire dans la politique des États-Unis et dans le développement de leur Centre de commandement pour l’Afrique, l’AFRICOM. Il y a quelque temps, le gouvernement états-unien voulait déplacer le siège de l’AFRICOM en Afrique, mais aucun État africain n’a été d’accord de l’accueillir, si bien qu’il a dû rester à Stuttgart [3]. Toutefois, l’AFRICOM a été développé et une importante ambassade a été créée à Goma, dans l’Est de la RDC. Selon des sources congolaises, les États-Unis ont installé au Rwanda, près de la frontière avec la province du Kivu, une base militaire construite par la firme Halliburton [4]. C’est à peu près à ce moment-là que les conflits ont éclaté, et pas uniquement dans l’Est du Congo. On a également monté en épingle dans les médias la question de la piraterie au large de la Somalie afin de justifier une intervention militaire de l’UE et des USA après qu’on eut essayé, deux ans auparavant, d’écarter ceux qui, en Somalie, luttaient véritablement contre les pirates.

Des analystes comme F. William Engdahl [5] supposent que ce qui intéresse l’UE et les USA, ce ne sont ni les droits de l’homme ni les attaques de pirates (manigancées ?) mais la mainmise directe sur la Corne de l’Afrique riche en matières premières, qui va du Golfe d’Aden au Soudan et à l’Est de la RDC [6] . À cela s’ajoute le contrôle des voies de transport dans l’océan Indien. L’UE et les USA considèrent comme une « menace » que la Chine ait pris pied depuis quelques années déjà en Afrique et ait conclu des contrats équitables avec les États africains.

La Chine a conclu avec le gouvernement congolais un contrat de 9 milliards de dollars qui assure à des entreprises chinoises l’accès à 10,6 millions de tonnes de cuivre et à plus de 600000 tonnes de cobalt. En contrepartie, Pékin a promis d’investir 6 milliards de dollars dans la construction de routes, de chemins de fer, de centrales hydrauliques, d’hôpitaux et d’écoles ainsi que 3 milliards dans des projets miniers.

Le chef des rebelles Nkunda, pendant de longues années compagnon de lutte du président rwandais Paul Kagame, s’oppose à cela et a déjà menacé d’envahir le Kinshasa. Sous prétexte de protéger une minorité tutsie dans l’Est du Congo, il lutte pour étendre le contrôle rwandais sur le Congo afin de continuer à piller ses richesses minières et les livrer à ses commanditaires de l’UE et des USA. Depuis des années, les matières premières passent illégalement à l’étranger via le Rwanda. Selon des rapports d’experts de l’ONU, la vente illégale de coltan, minerai très convoité, a, au cours des 18 derniers mois, rapporté 250 millions de dollars à l’armée rwandaise. Le Rwanda est soutenu par les États-Unis et l’Allemagne.




--------------------------------------------------------------------------------


[1] « La RDC est prise en tenailles par les pays industrialisés » et « Les massacres se poursuivent à l’Est du Congo, tandis que la diplomatie prend son temps », par Peter Küpfer, Horizons et débats n° 48 du 1er décembre 2008.

[2] « Empêcher les multinationales de continuer leur commerce morbide », Horizons et débats n° 48 du 1er décembre 2008.

[3] « Triste activation pour l’AfriCom », par Stefano Liberti, Réseau Voltaire, 6 octobre 2008.

[4] Lire notre enquête en deux volets : « Halliburton ou le pillage de l’État » et « Halliburton, profiteur de guerre », par Arthur Lepic, Réseau Voltaire, 16 et 23 septembre 2004.

[5] « AFRICOM, China und die Kriege im Kongo », par F. William Engdahl ,Koop Verlag, 27 novembre 2008.

[6] « Quelques réflexions sur la "piraterie" moderne », communiqué du ministre érythréen des Affaires étrangères, Horizons et débats, 8 décembre 2008.

dimanche 16 novembre 2008

Rama Yade s’inquiète pour les femmes congolaises

14.11.08 RAMA YADE s'inquiète pour les femmes Congolaises violées ! (F. Mulongo, RévFM/Parisien.fr)
Elles seraient « entre 50 000 et 100 000 » à avoir été violées depuis 2003. La secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et aux Droits de l’Homme, RAMA YADE était en République démocratique du Congo (RDC) en juin. RAMA YADE décrit une situation catastrophique, notamment pour les femmes.

A l'occasion de la semaine de solidarité internationale, le Mouvement "Ni putes ni soumises" en partenariat avec l'Action des femmes Africaines Solidaires pour le développement (AFAS), Le Centre de Recherche et de d'information pour le développement (CRID), Plateforme Panafricaine... organise les 19 et 22 novembre prochain, une exposition sur la RDC (Maison de la Mixité, Métro: Jourdain) et un grand colloque sur le thème:" Femmes et filles en RDC: état des lieux des violences sexuelles et perspectives de reconstruction dans le cadre du co-développement et de la solidarité internationale. les enjeux de la situation actuelle de la guerre en RDC. Paris, Mairie du 20 ème, Métro: Gambeta.

Toutes les ONG présentes dans la région parlent de « catastrophe humanitaire ». Quelle est l’urgence ?


Rama YADE: L’urgence, c’est que le cessez-le-feu du 29 octobre décrété par la rébellion de Laurent Nkunda soit respecté. Il faut apaiser les tensions pour revenir à un processus politique. La situation humanitaire, que certains semblent aujourd’hui découvrir, est dramatique. J’étais en juin dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo, et ce que j’ai vu là-bas, moi qui ai déjà effectué environ 70 déplacements, je ne l’ai jamais vu ailleurs. Je suis réellement revenue de l’enfer ! C’est une tragédie oubliée.

Abedi, 17 ans, allait chercher de l'eau lorsque des soldats l'ont frappée et violée : "J'ai 17 ans et plus personne ne voudra de moi. Mon fils né du viol a, aujourd'hui, 11 mois. Il s'appelle Kevin, je suis toute seule pour l'élever". Abedi affirme, avec colère, qu'elle a demandé pardon à sa famille, mais que ses proches ne veulent plus la voir, ni entendre parler d'elle.

Hélène, 42 ans. « Le 7 août 2000, des soldats du RDC-Goma* ont arrêté le convoi dans lequel je me trouvais entre Goma et Butembo. Ils frappaient les hommes et volaient la marchandise. Ils ont ensuite utilisé les femmes pour transporter leur butin dans la forêt. Ils m'ont gardée plusieurs jours. Je ne sais plus combien d'hommes m'ont violée... » Aujourd'hui, Hélène est responsable d'une des maisons-refuges de l'association MAODE. Elle accueille les autres femmes victimes de violences sexuelles et les aide à reprendre goût à la vie.

Marie-Donatienne a créé l'association MAODE il y a quatre ans. En avril 2003, elle aussi a été violée par des miliciens Interahamwes devant son mari et ses deux enfants. D'après les estimations d'Human Right Watch, 10 000 femmes et fillettes auraient été violées par les combattants des différentes factions. Actuellement, l'association vient en aide à 197 femmes, en développant, grâce à des micro-crédits, différents petits commerces et en exploitant des champs communautaires.

« Le viol est devenu une arme de guerre »

Et vous êtes rentrée traumatisée…

Rama YADE: Le mot n’est pas trop fort. En République Démocratique du Congo, où l’on compte entre 50 000 et 100 000 femmes violées depuis 2003, j’ai entendu les récits insoutenables de femmes enlevées, transformées en esclaves sexuelles par des bandes armées avant d’être abandonnées à leurs communautés qui, bien évidemment, n’en veulent plus à cause du sida ou de terribles séquelles physiques comme les fistules. A travers ces femmes, ce sont des communautés entières qui sont ainsi détruites. Sous l’effet d’une totale impunité des auteurs, le viol est devenu une arme de guerre au Congo. Et ce phénomène a pris dans ce pays une ampleur effroyable. A l’hôpital de Panzi, j’ai ainsi rencontré un homme remarquable, le Dr Mukwege qui, seul avec quatre aides-soignantes, opère ces femmes brisées à l’aide de moyens dérisoires.

Assiste-t-on à un nouveau conflit ethnique entre Hutus et Tutsis ?

Rama YADE: Il ne s’agit pas à l’origine d’un conflit expressément ethnique. La population congolaise est bien plus diverse que cela. Même si certains rebelles utilisent de temps en temps l’argument ethnique pour justifier leur action. Ce qui est certain, c’est que, depuis la reprise des combats début septembre, on compte plus de 200 000 personnes déplacées qui s’ajoutent aux 800 000 qui croupissent depuis des années dans les camps de réfugiés, à la suite des différents conflits de la région. Sans parler du recrutement d’enfants soldats qui a repris. Il semble que la rébellion de Laurent Nkunda, implantée dans le Nord-Kivu, cherche à asseoir son contrôle sur une région très riche en coltan, un minerai très recherché pour la fabrication de téléphone portables.


La Monuc (Mission des Nations unies au Congo) a-t-elle assez de moyens ?


Rama YADE: Je pense qu’il est plus que temps de renforcer ses moyens d’action. On ne peut plus se contenter de dire que la Monuc, avec ses 17 000 casques bleus, est la plus grande force des Nations unies au monde alors que, sur le terrain, les viols de femmes se poursuivent et les réfugiés se multiplient. Les militaires de la Monuc sont certainement ceux qui en ont le plus conscience car ils sont présents sur le terrain. Le mandat de la Monuc, qui vient d’être renouvelé, spécifie pourtant noir sur blanc qu’elle a mission de protéger les civils.

L’envoi d’une force européenne, c’est en dernier recours ?

Rama YADE:Même si l’Union européenne a décidé que ce n’est pas d’actualité, je pense qu’il est indispensable d’étudier des moyens d’action le plus vite possible. L’Histoire nous regarde.

Le Parisien

Retour

vendredi 7 novembre 2008

CARE s'inquiète des viols et des agressions pour des dizaines de milliers de femmes et de filles en RD Congo

Date: 06 Nov 2008

Les violences sexuelles en RDC ont atteint « des proportions épidémiques », et la nouvelle vague de combats augmente considérablement le risque pour des dizaines de milliers de femmes et jeunes filles. Entre juin et septembre 2008, plus de 3500 cas de violences sexuelles pour le seul nord-Kivu - soit près de 400 par mois ont été recensés.

« Nous savons que le viol est généralement « sous-déclaré », et nous pensons que ce chiffre est encore très loin de refléter la réalité – qui elle est inimaginable », a déclaré Elisabeth Roesch, Chargée du Plaidoyer et du Genre de CARE RDC. « Les femmes ne viennent pas vers nous par peur du rejet, des représailles, ou en raison de la persistance de l'insécurité. Elles ont besoin de sécurité, de soins médicaux, de soutien et d'encouragements, ce qui est aujourd'hui en manque crucial en RDC. »

Le conflit actuel en RDC a créé l'une des plus effroyables guerres envers les femmes dans le monde. Le viol est devenu un outil de guerre, de propagation du VIH et d'autres maladies sexuellement transmissibles, il détruit des familles et traumatise les femmes qui sont attaquées, et leurs enfants qui sont souvent témoins de cette violence ou qui sont eux-mêmes attaqués.

« Les violences sexuelles ont atteint des proportions épidémiques dans le nord-Kivu », a déclaré Elisabeth Roesch. « Il s'agit de femmes qui souffrent déjà depuis longtemps. Les combats et les déplacements de population durent depuis des mois. Leur capacité à faire face est sur le point d'atteindre sa limite, et les poussent au bord du gouffre ».

« Il a été dit qu'il était plus dangereux d'être une femme qu'un soldat en RDC en ce moment – c'est on ne peut plus vrai. Ce n'est pas seulement un problème pour aujourd'hui. Le viol laisse un héritage à vie. »

Dans la région particulièrement touchée de Birambizo, au nord-Kivu, CARE vient de mettre en place un nouveau projet et apporte aux femmes, victimes de violence, une assistance médicale, un soutien psychosocial, et travaille avec les communautés pour aider les femmes à retrouver leur ancienne vie.

En outre CARE vient en aide aux personnes déplacées par le conflit.

Les programmes d'urgence de CARE répondent aux besoins de 2 700 personnes qui se sont réfugiées dans les églises et les écoles de Goma et qui n'ont pas de nourriture, pas d'eau potable, pas d'abri, ni de soutien médical. CARE leur distribue des kits d'urgence contenant des articles d'hygiène, des couvertures, des ustensiles de cuisine et des bâches en plastique et des jerricans pour stocker l'eau potable.

CARE peut mettre à votre disposition des vidéos et des photos des actions de CARE en RDC et arranger des interviews avec Elisabeth Roesch (francophone) ou Sébastien Pennes (français), directeur adjoint de CARE en RDC.

Contacts presse :

Alexandra Banget-Mossaz (Paris), banget-mossaz@carefrance.org; 01 53 19 89 92

Melanie Brooks (Genève), brooks@careinternational.org; +41.795.903.047