Source: Radio Okapi
Date: 15 Jan 2009
Le nombre de victimes des violences sexuelles dans le territoire de Dungu augmente au fil des jours.
Environ 100 cas ont été recensés au cours de deux derniers mois, selon l'ONG Coopi, Coopération italienne.
Malheureusement, ces personnes ne peuvent actuellement bénéficier d'une prise en charge efficace, faute de structures appropriées et de moyens nécessaires, rapporte radiookapi.net
De décembre à janvier en cours, 36 cas de violences sexuelles ont été répertoriés à Dungu par l'ONG «Coopi». Bien avant cette période, plus de 60 cas ont été enregistrés dans cette entité. Les personnes infectées suivent des soins à l'hôpital général de Dungu.
Mais un acteur humanitaire du domaine sanitaire a fait remarquer qu'il s'agit d'une simple débrouillardise puisqu' un médecin suisse qui appuyait cet hôpital en médicaments appropriés est parti depuis décembre 2007. Toujours d'après la même source, outre les besoins en produits, les besoins en personnel qualifié se font également sentir dans cet hôpital. En effet, beaucoup d'infirmiers, dont ceux qui avaient été formés ont fui Dungu à cause des atrocités des LRA dans la région.
En vue de faire face à cette situation, des ONGs aussi bien nationales qu'internationales du domaine médical plaident pour l'extension des structures médicales, ainsi que pour le renforcement des capacités du personnel soignant. Pour sa part, la division Droits de l'homme de la Monuc plaide pour l'extension des activités du projet belge de lutte contre les violences sexuelles dans le territoire de Dungu, indique l'ONG Coopi.
jeudi 15 janvier 2009
mardi 6 janvier 2009
Violences sexuelles : Mme Gabrielle Bope ; "il faut que justice soit faite pour que les congolaises retrouvent le sourire"
27-12-2008
Les violences sexuelles de toutes sortes dont sont victimes les femmes à l’Est de la Rd-Congo affectent les congolaises toutes tendances confondues. Elles mèneront des actions en synergie aussi longtemps que la majorité des Congolaises seront abandonnées à leur triste sort. Les 16 jours d’activisme constituent une action parmi tant d’autres. Mme Gabrielle Bope de l’Arc donne son point de vue dans une interview accordée à l’Avenir femme
Avenir -femme : Quelles réflexions suscitent en vous les 16 jours d’activisme des droits de l’homme qui se sont soldés par une marche de protestation contre les violences sexuelles faites à la femme ?
Mme Gabrielle Bope : Il faut que justice soit faite afin que les Congolaises retrouvent le sourire. Les 16 jours d’activisme de cette année ont coïncidé avec la reprise des violences de toutes formes dans la partie Est de notre pays à cause de la guerre. Et il faut être sans cœur pour ne pas compatir devant le sort de nos compatriotes de l’Est du pays. Moi, j’ai toujours pensé à la majorité des Congolaises qui vivent dans le profond Congo, ces femmes et filles qui subissent de manière permanente des violences de toutes sortes. Si nous pouvons penser à nous organiser de manière à réunir des moyens humains, matériels, financiers et autres pour aller plus vers nos sœurs qui habitent dans les milieux difficilement accessibles pour mener nos actions, ces femmes seront soulagées ne fût-ce que moralement. C’est dans ces milieux que tous les obstacles à l’épanouissement de la femme demeurent encore plus rigides, notamment l’ignorance de la femme, les pratiques coutumières et les traditions rétrogrades, l’inaccessibilité à l’information et à l’éducation, la pauvreté, l’inefficacité de la justice, les mariages précoces, la stigmatisation des victimes des violences sexuelles, le silence des victimes, les menaces de certains violeurs, les violences sexuelles en milieu familial, le travail dur, l’inégalité des chances entre fille et garçon, l’impunité, l’arrangement à l’amiable, l’ignorance des lois par la population en général, y compris les agents du maintien de l’ordre pour ne citer que ceux-là.
A-f : Au moment où toutes les femmes ont exprimé leur ras-le-bol, où étiez- vous ? Vous ne vous sentiez pas concernée par cette démarche ?
MmeGB : L’état de ma santé ne m’avait pas permis de participer à la marche avec les autres, mais j’ai participé à la démarche relative à sa réalisation avec Madame Georgette BIEBIE, Présidente du Caucus des femmes congolaises.
A-f : La marche de protestation des femmes visait l’implication de la justice congolaise afin de mettre fin à l’impunité des auteurs des crimes ignobles. Quel est votre point de vue ?
Mme GB : C’est une évidence. Le jour où la justice traitera tous les auteurs des crimes conformément à la loi, le silence des victimes sera brisé et les velléités des potentiels auteurs découragées. Mais il faut que cette justice soit réellement indépendante ! Le Chef de l’Etat y a fait allusion lors de son récent discours sur l’état de la nation devant les deux chambres du parlement réunies en Congrès. Souvent la justice est inefficace dans notre pays à cause du trafic d’influence. Il faut que ceux qui ont pour rôle d’appliquer la loi soient suffisamment rémunérés, je pense aux magistrats, aux policiers et autres agents concernés. Je connais des cas à Mweka où certains auteurs des viols des femmes et des filles circulent librement. Chaque fois que leur présence est signalée au magistrat, les policiers envoyés à leur trousse trouvent toujours une occasion d’avoir auprès d’eux quelques billets de francs congolais et reviennent sans avoir accompli la mission. Le problème est très complexe et l’Etat a une grande part de responsabilité.
A-f : Pourtousjustice@yahoo.fr" se trouve être le site électronique dans le cadre de la lutte contre l’impunité. Qu’en pensez-vous ?
Mme GB : Cela est une bonne chose, mais encore une fois, la majorité des victimes ne sont pas concernées à cause du déficit d’accès à l’Internet pour la population du Congo profond.
A-f : un mot sur l’alliance pour le Renouveau du congo ?
Mme G B : mon parti a vu le jour vers la fin de la période de Transition de notre pays. Il est dirigé par Monsieur Bangala Basila , Président National, qui a remplacé Monsieur Olivier KAMITATU, actuellement Ministre du Plan. L’ARC a comme devise : UN CONGO PROSPER POUR TOUS. Notre doctrine se fonde sur des valeurs philosophiques parmi lesquelles la croyance en Dieu, l’amour du prochain, l’égalité entre l’homme et la femme, l’attachement à la nation, l’égalité des chances, la recherche et le respect du bien-être communautaire, la solidarité, la démocratie et la liberté d’entreprise. Nous sommes un parti libéral et à ce titre, nous sommes dans le processus de l’adhésion à l’International Libéral. Mon parti est engagé dans la lutte pour préserver l’unité nationale, l’indépendance, la souveraineté de la RDC, l’intégrité nationale et la paix, la sécurité juridique pour tous et l’alternance au pouvoir par le libre choix du peuple. Du point de vue de l’organisation, au niveau national nous avons le Congrès, le Collège des fondateurs, le Bureau national, le Conseil national et le Comité directeur. Au niveau de la base nous avons la fédération, la section et la cellule, et chaque organe a ses attributions clairement définies dans nos statuts.
En outre l’ARC a des organisations spécialisées créées par le comité directeur. Il s’agit des organisations féminines, des organisations des jeunes, des organisations professionnelles et des organisations mutualistes. L’ARC est membre de la plate forme politique Forces du Renouveau et c’est sous ce label que nous nous sommes présentés aux élections 2006 et faisons partie de l’Alliance pour la Majorité Présidentielle. L’ARC est représentée au niveau central dans le Gouvernement et au Parlement ; au niveau provincial dans les gouvernements du Bas Congo, de Maniema et de Bandundu ainsi que dans les Assemblées du Kasaï Occidental et du Kassaï Oriental.
A-f : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez en tant que femme ?
Mme GB : Personnellement je n’ai pas encore connu de problème au sein de mon parti. Les tentatives de discrimination au plan de l’égalité des chances ne peuvent pas manquer. Moi, je connais mes droits et j’ai l’habitude de les revendiquer chaque fois que c’est nécessaire. Je peux vous avouer que jusqu’ici, j’ai toujours obtenu gain de cause. A mon avis, lorsqu’une femme connaît ses droits, elle a des mérites et sait s’exprimer à temps pour les revendiquer, elle a la chance de se retrouver. Il faut dire qu’en politique, le militantisme importe aussi beaucoup. En tout cas l’expérience m’a appris à ne pas me résigner.
Propos recueillis par Doudou Esungi
http://www.groupelavenir.cd
Les violences sexuelles de toutes sortes dont sont victimes les femmes à l’Est de la Rd-Congo affectent les congolaises toutes tendances confondues. Elles mèneront des actions en synergie aussi longtemps que la majorité des Congolaises seront abandonnées à leur triste sort. Les 16 jours d’activisme constituent une action parmi tant d’autres. Mme Gabrielle Bope de l’Arc donne son point de vue dans une interview accordée à l’Avenir femme
Avenir -femme : Quelles réflexions suscitent en vous les 16 jours d’activisme des droits de l’homme qui se sont soldés par une marche de protestation contre les violences sexuelles faites à la femme ?
Mme Gabrielle Bope : Il faut que justice soit faite afin que les Congolaises retrouvent le sourire. Les 16 jours d’activisme de cette année ont coïncidé avec la reprise des violences de toutes formes dans la partie Est de notre pays à cause de la guerre. Et il faut être sans cœur pour ne pas compatir devant le sort de nos compatriotes de l’Est du pays. Moi, j’ai toujours pensé à la majorité des Congolaises qui vivent dans le profond Congo, ces femmes et filles qui subissent de manière permanente des violences de toutes sortes. Si nous pouvons penser à nous organiser de manière à réunir des moyens humains, matériels, financiers et autres pour aller plus vers nos sœurs qui habitent dans les milieux difficilement accessibles pour mener nos actions, ces femmes seront soulagées ne fût-ce que moralement. C’est dans ces milieux que tous les obstacles à l’épanouissement de la femme demeurent encore plus rigides, notamment l’ignorance de la femme, les pratiques coutumières et les traditions rétrogrades, l’inaccessibilité à l’information et à l’éducation, la pauvreté, l’inefficacité de la justice, les mariages précoces, la stigmatisation des victimes des violences sexuelles, le silence des victimes, les menaces de certains violeurs, les violences sexuelles en milieu familial, le travail dur, l’inégalité des chances entre fille et garçon, l’impunité, l’arrangement à l’amiable, l’ignorance des lois par la population en général, y compris les agents du maintien de l’ordre pour ne citer que ceux-là.
A-f : Au moment où toutes les femmes ont exprimé leur ras-le-bol, où étiez- vous ? Vous ne vous sentiez pas concernée par cette démarche ?
MmeGB : L’état de ma santé ne m’avait pas permis de participer à la marche avec les autres, mais j’ai participé à la démarche relative à sa réalisation avec Madame Georgette BIEBIE, Présidente du Caucus des femmes congolaises.
A-f : La marche de protestation des femmes visait l’implication de la justice congolaise afin de mettre fin à l’impunité des auteurs des crimes ignobles. Quel est votre point de vue ?
Mme GB : C’est une évidence. Le jour où la justice traitera tous les auteurs des crimes conformément à la loi, le silence des victimes sera brisé et les velléités des potentiels auteurs découragées. Mais il faut que cette justice soit réellement indépendante ! Le Chef de l’Etat y a fait allusion lors de son récent discours sur l’état de la nation devant les deux chambres du parlement réunies en Congrès. Souvent la justice est inefficace dans notre pays à cause du trafic d’influence. Il faut que ceux qui ont pour rôle d’appliquer la loi soient suffisamment rémunérés, je pense aux magistrats, aux policiers et autres agents concernés. Je connais des cas à Mweka où certains auteurs des viols des femmes et des filles circulent librement. Chaque fois que leur présence est signalée au magistrat, les policiers envoyés à leur trousse trouvent toujours une occasion d’avoir auprès d’eux quelques billets de francs congolais et reviennent sans avoir accompli la mission. Le problème est très complexe et l’Etat a une grande part de responsabilité.
A-f : Pourtousjustice@yahoo.fr" se trouve être le site électronique dans le cadre de la lutte contre l’impunité. Qu’en pensez-vous ?
Mme GB : Cela est une bonne chose, mais encore une fois, la majorité des victimes ne sont pas concernées à cause du déficit d’accès à l’Internet pour la population du Congo profond.
A-f : un mot sur l’alliance pour le Renouveau du congo ?
Mme G B : mon parti a vu le jour vers la fin de la période de Transition de notre pays. Il est dirigé par Monsieur Bangala Basila , Président National, qui a remplacé Monsieur Olivier KAMITATU, actuellement Ministre du Plan. L’ARC a comme devise : UN CONGO PROSPER POUR TOUS. Notre doctrine se fonde sur des valeurs philosophiques parmi lesquelles la croyance en Dieu, l’amour du prochain, l’égalité entre l’homme et la femme, l’attachement à la nation, l’égalité des chances, la recherche et le respect du bien-être communautaire, la solidarité, la démocratie et la liberté d’entreprise. Nous sommes un parti libéral et à ce titre, nous sommes dans le processus de l’adhésion à l’International Libéral. Mon parti est engagé dans la lutte pour préserver l’unité nationale, l’indépendance, la souveraineté de la RDC, l’intégrité nationale et la paix, la sécurité juridique pour tous et l’alternance au pouvoir par le libre choix du peuple. Du point de vue de l’organisation, au niveau national nous avons le Congrès, le Collège des fondateurs, le Bureau national, le Conseil national et le Comité directeur. Au niveau de la base nous avons la fédération, la section et la cellule, et chaque organe a ses attributions clairement définies dans nos statuts.
En outre l’ARC a des organisations spécialisées créées par le comité directeur. Il s’agit des organisations féminines, des organisations des jeunes, des organisations professionnelles et des organisations mutualistes. L’ARC est membre de la plate forme politique Forces du Renouveau et c’est sous ce label que nous nous sommes présentés aux élections 2006 et faisons partie de l’Alliance pour la Majorité Présidentielle. L’ARC est représentée au niveau central dans le Gouvernement et au Parlement ; au niveau provincial dans les gouvernements du Bas Congo, de Maniema et de Bandundu ainsi que dans les Assemblées du Kasaï Occidental et du Kassaï Oriental.
A-f : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez en tant que femme ?
Mme GB : Personnellement je n’ai pas encore connu de problème au sein de mon parti. Les tentatives de discrimination au plan de l’égalité des chances ne peuvent pas manquer. Moi, je connais mes droits et j’ai l’habitude de les revendiquer chaque fois que c’est nécessaire. Je peux vous avouer que jusqu’ici, j’ai toujours obtenu gain de cause. A mon avis, lorsqu’une femme connaît ses droits, elle a des mérites et sait s’exprimer à temps pour les revendiquer, elle a la chance de se retrouver. Il faut dire qu’en politique, le militantisme importe aussi beaucoup. En tout cas l’expérience m’a appris à ne pas me résigner.
Propos recueillis par Doudou Esungi
http://www.groupelavenir.cd
mardi 16 décembre 2008
L'impasse congolaise - Ignorer les violences contre les femmes condamne la paix en RDC
Mélanie Coutu, Chercheuse à l'Observatoire sur les missions de paix de la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQÀM
Sandra Le Courtois, Chercheuse à l'Observatoire sur les missions de paix de la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQÀM
Édition du mardi 16 décembre 2008
Quelque 1100 viols par mois, un total de 13 247 cas seulement pour l'année 2007. Voilà les données officielles dévoilées par la MONUC (Mission des Nations unies en République démocratique du Congo) au sujet des violences sexuelles en RDC. Et depuis la reprise des hostilités dans le Nord-Kivu en août dernier, ces chiffres ont décuplé.
L'organisation est aujourd'hui montrée du doigt pour ne pas avoir réussi à assurer la mise en place d'une paix durable en RDC. Mais l'échec de la MONUC à mettre un terme aux violences sexuelles dans le conflit congolais témoigne d'un malaise plus profond, celui d'avoir échoué à comprendre et à véritablement intégrer les problématiques spécifiques aux femmes congolaises. Alors que celles-ci devraient être aux premières loges du processus de paix et de reconstruction de la société, le conflit en RDC a contribué à exacerber les discriminations qu'elles vivent. Et malheureusement, les acteurs de la MONUC n'ont pas su y remédier. Pire, certains s'en sont fait complices.
La précarité économique comme porte d'entrée des abus vécus par les femmes
Au-delà même de la gravité et de l'incroyable cruauté des crimes sexuels commis à l'encontre des femmes et utilisés comme arme de guerre dans le conflit congolais, la précarité économique des femmes est un autre des abus qu'elles subissent. Selon l'ONG Save the Children UK, les femmes composent de 30 à 40 % des effectifs des belligérants. Un certain nombre de Congolaises se joignent aux troupes de leur plein gré, mais la majorité d'entre elles le font afin de subvenir à leurs besoins. Elles y jouent alors des rôles différents: logistiques (productrices de denrées alimentaires, travail domestique, assistance médicale), militaires (combattantes, espionnes, messagères, gardes du corps) ou esclaves sexuelles. Peu importe leur rôle ou leur statut au sein du groupe, la majorité d'entres elles subiront une forme d'abus sexuel.
Quand les soldats de la paix commettent les abus
Le déploiement de la MONUC, en 1999, et l'établissement d'une paix chancelante n'ont pas résolu la question de la précarité économique des femmes. Dès 2004, devant un nombre grandissant d'allégations d'exploitation et d'abus et sexuels, les Nations unies ont dû se rendre à l'évidence: les violences sexuelles ne sont plus le monopole des groupes armés, de la police ou des militaires congolais. Elles sont également commises par certains membres du personnel de la MONUC. Pour de l'argent, de la nourriture ou un emploi, il existe, autour du personnel de la MONUC, un véritable marché de faveurs sexuelles.
L'attitude équivoque des Nations unies
Les Nations unies ont su reconnaître le caractère inadmissible de ces abus, dès leurs premiers échos. L'instauration d'une politique de tolérance zéro et d'une série de mesures répressives mettent en évidence la réelle volonté d'enrayer cette réalité peu reluisante du maintien de la paix. Néanmoins, l'attitude des Nations unies demeure ambiguë. D'un côté, il y a une dénonciation vigoureuse de ces abus. De l'autre, l'organisation onusienne se réfugie derrière la préséance des pays fournisseurs de contingents à sanctionner leurs soldats (ce qu'ils ne font à peu près pas). Ainsi, dans un contexte tel celui de la RDC où les infrastructures légales et juridiques n'ont pas encore été complètement rétablies, le climat d'impunité qui règne permet d'expliquer que certains membres du personnel de la MONUC se soient adonnés à des actes délictueux.
Les femmes-parias et la faillite du processus de paix
Dans le cadre de son mandat d'appui au Programme national de Désarmement, Démobilisation et Ré-intégration, la MONUC mène des négociations auprès des différents chefs de groupes armés afin de démobiliser les combattants en vue de leur réinsertion sociale. Mais dans ce processus, les femmes-combattantes sont pratiquement absentes (entre 2004 et 2008, seules 2 600 femmes ont été démobilisées contre 102 000 hommes). Leur sous-représentation s'explique d'abord par le fait que les femmes-combattantes sont rarement perçues comme des actrices du conflit. Ensuite, parce que les opérations de paix en général, et la MONUC en particulier, peinent à comprendre le rôle particulier des femmes dans la société hôte d'une mission de paix et les raisons qui expliquent la discrimination qu'elles vivent au quotidien. Enfin, parce que les femmes, pilier de leur communauté, sont souvent ostracisées par leur collectivité dès qu'elles ont fait partie d'un groupe armé ou qu'elles ont été victimes de violences sexuelles. Plusieurs s'exileront vers les centres urbains, où il devient presque impossible de les rejoindre. Elles seront alors amenées à se tourner vers des moyens de survie tels que vendre leur corps au personnel des Nations unies ou rejoindre des factions armées.
Les Nations unies, notamment par l'adoption des résolutions 1325 et 1820, démontrent une préoccupation manifeste à ce que les femmes fassent partie intégrante de toutes les étapes du processus de paix. Cependant, les allégations d'abus sexuels par du personnel des Nations unies ainsi que le traitement réservé aux femmes-combattantes mettent en évidence une incompréhension fondamentale des réalités qui affectent les femmes congolaises. Les discriminations vécues par celles-ci, en temps de paix, devraient nous fournir des indications précieuses sur les moyens à mettre de l'avant pour briser le cercle des violences et des abus dont les Congolaises font les frais en temps de conflit.
Sandra Le Courtois, Chercheuse à l'Observatoire sur les missions de paix de la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQÀM
Édition du mardi 16 décembre 2008
Quelque 1100 viols par mois, un total de 13 247 cas seulement pour l'année 2007. Voilà les données officielles dévoilées par la MONUC (Mission des Nations unies en République démocratique du Congo) au sujet des violences sexuelles en RDC. Et depuis la reprise des hostilités dans le Nord-Kivu en août dernier, ces chiffres ont décuplé.
L'organisation est aujourd'hui montrée du doigt pour ne pas avoir réussi à assurer la mise en place d'une paix durable en RDC. Mais l'échec de la MONUC à mettre un terme aux violences sexuelles dans le conflit congolais témoigne d'un malaise plus profond, celui d'avoir échoué à comprendre et à véritablement intégrer les problématiques spécifiques aux femmes congolaises. Alors que celles-ci devraient être aux premières loges du processus de paix et de reconstruction de la société, le conflit en RDC a contribué à exacerber les discriminations qu'elles vivent. Et malheureusement, les acteurs de la MONUC n'ont pas su y remédier. Pire, certains s'en sont fait complices.
La précarité économique comme porte d'entrée des abus vécus par les femmes
Au-delà même de la gravité et de l'incroyable cruauté des crimes sexuels commis à l'encontre des femmes et utilisés comme arme de guerre dans le conflit congolais, la précarité économique des femmes est un autre des abus qu'elles subissent. Selon l'ONG Save the Children UK, les femmes composent de 30 à 40 % des effectifs des belligérants. Un certain nombre de Congolaises se joignent aux troupes de leur plein gré, mais la majorité d'entre elles le font afin de subvenir à leurs besoins. Elles y jouent alors des rôles différents: logistiques (productrices de denrées alimentaires, travail domestique, assistance médicale), militaires (combattantes, espionnes, messagères, gardes du corps) ou esclaves sexuelles. Peu importe leur rôle ou leur statut au sein du groupe, la majorité d'entres elles subiront une forme d'abus sexuel.
Quand les soldats de la paix commettent les abus
Le déploiement de la MONUC, en 1999, et l'établissement d'une paix chancelante n'ont pas résolu la question de la précarité économique des femmes. Dès 2004, devant un nombre grandissant d'allégations d'exploitation et d'abus et sexuels, les Nations unies ont dû se rendre à l'évidence: les violences sexuelles ne sont plus le monopole des groupes armés, de la police ou des militaires congolais. Elles sont également commises par certains membres du personnel de la MONUC. Pour de l'argent, de la nourriture ou un emploi, il existe, autour du personnel de la MONUC, un véritable marché de faveurs sexuelles.
L'attitude équivoque des Nations unies
Les Nations unies ont su reconnaître le caractère inadmissible de ces abus, dès leurs premiers échos. L'instauration d'une politique de tolérance zéro et d'une série de mesures répressives mettent en évidence la réelle volonté d'enrayer cette réalité peu reluisante du maintien de la paix. Néanmoins, l'attitude des Nations unies demeure ambiguë. D'un côté, il y a une dénonciation vigoureuse de ces abus. De l'autre, l'organisation onusienne se réfugie derrière la préséance des pays fournisseurs de contingents à sanctionner leurs soldats (ce qu'ils ne font à peu près pas). Ainsi, dans un contexte tel celui de la RDC où les infrastructures légales et juridiques n'ont pas encore été complètement rétablies, le climat d'impunité qui règne permet d'expliquer que certains membres du personnel de la MONUC se soient adonnés à des actes délictueux.
Les femmes-parias et la faillite du processus de paix
Dans le cadre de son mandat d'appui au Programme national de Désarmement, Démobilisation et Ré-intégration, la MONUC mène des négociations auprès des différents chefs de groupes armés afin de démobiliser les combattants en vue de leur réinsertion sociale. Mais dans ce processus, les femmes-combattantes sont pratiquement absentes (entre 2004 et 2008, seules 2 600 femmes ont été démobilisées contre 102 000 hommes). Leur sous-représentation s'explique d'abord par le fait que les femmes-combattantes sont rarement perçues comme des actrices du conflit. Ensuite, parce que les opérations de paix en général, et la MONUC en particulier, peinent à comprendre le rôle particulier des femmes dans la société hôte d'une mission de paix et les raisons qui expliquent la discrimination qu'elles vivent au quotidien. Enfin, parce que les femmes, pilier de leur communauté, sont souvent ostracisées par leur collectivité dès qu'elles ont fait partie d'un groupe armé ou qu'elles ont été victimes de violences sexuelles. Plusieurs s'exileront vers les centres urbains, où il devient presque impossible de les rejoindre. Elles seront alors amenées à se tourner vers des moyens de survie tels que vendre leur corps au personnel des Nations unies ou rejoindre des factions armées.
Les Nations unies, notamment par l'adoption des résolutions 1325 et 1820, démontrent une préoccupation manifeste à ce que les femmes fassent partie intégrante de toutes les étapes du processus de paix. Cependant, les allégations d'abus sexuels par du personnel des Nations unies ainsi que le traitement réservé aux femmes-combattantes mettent en évidence une incompréhension fondamentale des réalités qui affectent les femmes congolaises. Les discriminations vécues par celles-ci, en temps de paix, devraient nous fournir des indications précieuses sur les moyens à mettre de l'avant pour briser le cercle des violences et des abus dont les Congolaises font les frais en temps de conflit.
dimanche 14 décembre 2008
Critiques d'un activisme figé contre les violences sexuelles
Emmanuel Chaco
KINSHASA, 9 déc (IPS) - Des politiques font de plus en plus une critique acerbe contre l'activisme des femmes congolaises autour des thèmes sur l'égalité des sexes et des droits ainsi que sur les violences sexuelles faites aux femmes en République démocratique du Congo (RDC).
Pour les uns, c'est un monologue, pour les autres c'est un combat "mono sexiste", et pour d'autres encore, un combat qui n'aboutit qu'à un "discours de copines" sans objectifs ni résultats concrets.
Cette critique est devenue, à tort ou à raison, plus forte avec le lancement, par le gouvernement congolais, des "16 jours d'activisme contre les violences sexuelles faites aux femmes en en RDC", sous la supervision du ministère du Genre, de la Famille et de l'Enfant.
Lancée depuis le 25 novembre, cette manifestation durera 16 jours et coûtera plus de 15.000 dollars, pour des résultats non encore clairement définis.
Pour certains, comme les initiateurs, notamment la ministre du Genre, de la Famille et de l'Enfant, Marie Ange Lukiana, c'est "un activisme offensif". Pour d'autres, c'est "un activisme de grands hôtels huppés et climatisés, qui n'aboutira à aucun résultat concret comme ceux organisés depuis de longues années et auxquels on est habitué". Dans tous les cas, les uns et les autres estiment, comme le professeur Jean-Claude Byebye, ancien député congolais, qu'il s'agit, une fois encore, d'une réunion sans enjeux majeurs.
En tout cas, la question posée continuellement tourne autour de l'efficacité réelle de l'engagement des femmes congolaises puisqu'au bout de deux décennies d'un discours apparemment convainquant, elles ne sont pas parvenues à se donner une place de choix dans les institutions issues des élections et en sont donc restées aux jérémiades, affirment des analystes.
Reprenant cette idée, Byebye considère que jusque-là, l'engagement des femmes congolaises ne s'est limité qu'aux discours opportunistes, sans contenu concret et sans actions programmées. En témoignent des réunions répétitives, avec les mêmes acteurs, dans des lieux huppés, après lesquelles des cocktails sont bien servis, comme ci ces rencontres étaient en elles-mêmes l'objectif, le moyen et le résultat, dit-il à IPS.
Le contenu des discours et exposés des participants est l'autre écueil : propositions de réformes, dénonciations des inégalités des droits et des sexes, demandes de renforcement des capacités sans trop donner les raisons des réformes revendiquées ni les résultats auxquels elles devraient aboutir.
Les femmes ne ciblent pas non plus les points faibles de leur engagement qui requièrent renforcement ni les résultats qualifiés et quantifiés à court, moyen et long terme, comme le reconnaissait encore Joséphine Ngalula, présidente du Réseau actions femmes (RAF), au cours d'une rencontre d'évaluation à mi-parcours des 16 jours d'activisme, le 3 décembre. Le RAF est une organisation non gouvernementale basée à Kinshasa, la capitale congolaise.
Les femmes, qui sont les vraies victimes des violences sexuelles, ont toujours été laissées en marge de toutes ces "réunions de grands hôtels" et elles ne servent que comme capital humain, pour la confection des "projets, qui depuis de longues années, n'ont rien donné". Et le nombre des femmes qui ont simplement besoin de se confier à leurs paires est devenu impressionnant, mais elles n'ont personne à qui se confier. Les "activistes" sont loin d'elles, souligne Byebye.
Sihaka Tsemo du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à Kinshasa, pense autrement : "Un travail plus concerté donnerait des résultats meilleurs si les obstacles sont d'abord identifiés et évalués en même temps que les atouts et les défis que connaissent les femmes en matière de violences sexuelles. Viendront alors les élaborations de programmes avec des résultats précis auxquels on voudrait arriver".
Dans un effort de lutte contre l'impunité des violences sexuelles faites aux femmes, il y a d'abord la prévention, soulignent à IPS, Anne Marie Makombo, une ancienne députée et Jacqueline Rumb, une femme politique, responsable au sein du Réseau des femmes africaine ministres et parlementaires (REFAMP), une association sans but lucratif basée à Kinshasa.
Selon le REFAMP, la prévention des violences sexuelles devrait faire en sorte que les premiers destinataires de l'engagement des femmes et de ses résultats soient d'abord les policiers, les maires, les politiciens et les enfants de rues en tant qu'auteurs récurrents ainsi que les femmes du monde rural, des femmes peu ou pas instruites en tant que victimes potentielles.
Le REFAMP espère ainsi intégrer à court terme une ligne spécifique aux violences sexuelles faites aux femmes dans le budget de la RDC pour l'année 2010 en prenant en compte le travail qui doit d'abord être fait à la base avec les femmes nécessiteuses ainsi qu'aux côtés des auteurs potentiels de ces violences.
Selon des analystes, un défi d'engagement plus significatif en faveur des femmes et par les femmes existe certes; mais il reste encore à braver plusieurs mythes dont la loi du silence face aux tabous, les craintes de représailles ainsi que le manque de structures d'écoute et de protection pour les victimes, en dépit des milliers de dollars qui sont gaspillés toutes les semaines dans des rencontres presque inutiles. (FIN/2008)
Condamner la guerre ou ses conséquences ?
Le Conseil des droits de l’homme décide d’enquêter sur les causes de la guerre au Congo
Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a franchi un pas important en décidant de ne pas uniquement enquêter sur les violations des droits de l’homme au Kivu, mais d’examiner également les causes de ces violations. En d’autres termes, les États du tiers-monde n’acceptent plus d’être stigmatisés pour les abus commis lorsqu’ils se défendent. Ils veulent mettre en accusation les fauteurs de guerre, c’est-à-dire les nouvelles puissances coloniales.
La 8e session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme consacrée à la situation dans l’Est du Congo a pris fin le 1er décembre. Après un débat contradictoire, la Résolution de l’Égypte, présentée au nom du groupe des pays africains, a été adoptée. Au nom de l’UE, la France a retiré sa Résolution. Ce texte n’évoquait pas la question des causes du conflit et ses opposants y voyaient la justification anticipée d’une éventuelle intervention militaire au Congo. [1]
Dans la Résolution, qui a été adoptée par consensus, le Conseil des droits de l’homme condamne non seulement les violences et les violations des droits de l’homme au Nord-Kivu, avant tout les abus sexuels et le recrutement d’enfants-soldats par les milices, mais il appelle également la communauté internationale à enquêter sérieusement sur les causes du conflit, notamment sur l’exploitation illégale des matières premières. Il veut contribuer ainsi à favoriser la paix et la stabilité en République démocratique du Congo (RDC) et à soutenir les efforts du gouvernement.
Le dimanche 1er décembre, la délégation de la RDC avait fait remarquer que la plupart des interventions faites jusque-là concernaient les conséquences du conflit et non ses causes [2]. Ainsi, le délégué Sébastien Mutomb Mujing a déclaré que l’envoi massif d’observateurs et de rapporteurs spéciaux ne contribuait pas à soulager les énormes souffrances de la population. Ce qu’il faut, c’est exercer de fortes pressions internationales sur les rebelles qui sèment la haine dans la région des Grands lacs. Il est vital que les réfugiés puissent rentrer chez eux.
Il a insisté sur le fait que l’armée du pays a été restructurée et qu’elle contient maintenant également des combattants d’anciens groupes rebelles qui commettent des violations des droits de l’homme et jettent le discrédit sur l’ensemble de l’armée.
En ce qui concerne les pays voisins, il a souligné le fait que certains d’entre eux sont devenus de très importants exportateurs de matières premières alors que leur sous-sol n’en contient pas. Font-ils donc tout pour empêcher une solution au conflit et la fin des massacres ?
Le résultat de la session extraordinaire montre que les pays africains ont gagné en assurance et ne se laissent plus commander par le monde occidental. De plus en plus de responsables africains sont conscients maintenant que les États leaders de l’UE et les USA veulent installer une nouvelle domination coloniale sur l’Afrique, pire que celle des décennies passées. Et les Africains n’accepteront pas cela.
Pour les habitants des pays industrialisés également, la nouvelle politique coloniale ne vise que les profits d’un petit nombre de personnes. Les énormes dépenses d’armement se font toujours au détriment des hommes, si bien que dans les pays « riches » comme les États-Unis ou l’Allemagne, la pauvreté prend une ampleur alarmante. Ainsi, en Allemagne, on trouve de nouveau des enfants qui ont faim.
Le fait que les gouvernements occidentaux continuent de miser sur la guerre apparaît de manière exemplaire dans la politique des États-Unis et dans le développement de leur Centre de commandement pour l’Afrique, l’AFRICOM. Il y a quelque temps, le gouvernement états-unien voulait déplacer le siège de l’AFRICOM en Afrique, mais aucun État africain n’a été d’accord de l’accueillir, si bien qu’il a dû rester à Stuttgart [3]. Toutefois, l’AFRICOM a été développé et une importante ambassade a été créée à Goma, dans l’Est de la RDC. Selon des sources congolaises, les États-Unis ont installé au Rwanda, près de la frontière avec la province du Kivu, une base militaire construite par la firme Halliburton [4]. C’est à peu près à ce moment-là que les conflits ont éclaté, et pas uniquement dans l’Est du Congo. On a également monté en épingle dans les médias la question de la piraterie au large de la Somalie afin de justifier une intervention militaire de l’UE et des USA après qu’on eut essayé, deux ans auparavant, d’écarter ceux qui, en Somalie, luttaient véritablement contre les pirates.
Des analystes comme F. William Engdahl [5] supposent que ce qui intéresse l’UE et les USA, ce ne sont ni les droits de l’homme ni les attaques de pirates (manigancées ?) mais la mainmise directe sur la Corne de l’Afrique riche en matières premières, qui va du Golfe d’Aden au Soudan et à l’Est de la RDC [6] . À cela s’ajoute le contrôle des voies de transport dans l’océan Indien. L’UE et les USA considèrent comme une « menace » que la Chine ait pris pied depuis quelques années déjà en Afrique et ait conclu des contrats équitables avec les États africains.
La Chine a conclu avec le gouvernement congolais un contrat de 9 milliards de dollars qui assure à des entreprises chinoises l’accès à 10,6 millions de tonnes de cuivre et à plus de 600000 tonnes de cobalt. En contrepartie, Pékin a promis d’investir 6 milliards de dollars dans la construction de routes, de chemins de fer, de centrales hydrauliques, d’hôpitaux et d’écoles ainsi que 3 milliards dans des projets miniers.
Le chef des rebelles Nkunda, pendant de longues années compagnon de lutte du président rwandais Paul Kagame, s’oppose à cela et a déjà menacé d’envahir le Kinshasa. Sous prétexte de protéger une minorité tutsie dans l’Est du Congo, il lutte pour étendre le contrôle rwandais sur le Congo afin de continuer à piller ses richesses minières et les livrer à ses commanditaires de l’UE et des USA. Depuis des années, les matières premières passent illégalement à l’étranger via le Rwanda. Selon des rapports d’experts de l’ONU, la vente illégale de coltan, minerai très convoité, a, au cours des 18 derniers mois, rapporté 250 millions de dollars à l’armée rwandaise. Le Rwanda est soutenu par les États-Unis et l’Allemagne.
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[1] « La RDC est prise en tenailles par les pays industrialisés » et « Les massacres se poursuivent à l’Est du Congo, tandis que la diplomatie prend son temps », par Peter Küpfer, Horizons et débats n° 48 du 1er décembre 2008.
[2] « Empêcher les multinationales de continuer leur commerce morbide », Horizons et débats n° 48 du 1er décembre 2008.
[3] « Triste activation pour l’AfriCom », par Stefano Liberti, Réseau Voltaire, 6 octobre 2008.
[4] Lire notre enquête en deux volets : « Halliburton ou le pillage de l’État » et « Halliburton, profiteur de guerre », par Arthur Lepic, Réseau Voltaire, 16 et 23 septembre 2004.
[5] « AFRICOM, China und die Kriege im Kongo », par F. William Engdahl ,Koop Verlag, 27 novembre 2008.
[6] « Quelques réflexions sur la "piraterie" moderne », communiqué du ministre érythréen des Affaires étrangères, Horizons et débats, 8 décembre 2008.
KINSHASA, 9 déc (IPS) - Des politiques font de plus en plus une critique acerbe contre l'activisme des femmes congolaises autour des thèmes sur l'égalité des sexes et des droits ainsi que sur les violences sexuelles faites aux femmes en République démocratique du Congo (RDC).
Pour les uns, c'est un monologue, pour les autres c'est un combat "mono sexiste", et pour d'autres encore, un combat qui n'aboutit qu'à un "discours de copines" sans objectifs ni résultats concrets.
Cette critique est devenue, à tort ou à raison, plus forte avec le lancement, par le gouvernement congolais, des "16 jours d'activisme contre les violences sexuelles faites aux femmes en en RDC", sous la supervision du ministère du Genre, de la Famille et de l'Enfant.
Lancée depuis le 25 novembre, cette manifestation durera 16 jours et coûtera plus de 15.000 dollars, pour des résultats non encore clairement définis.
Pour certains, comme les initiateurs, notamment la ministre du Genre, de la Famille et de l'Enfant, Marie Ange Lukiana, c'est "un activisme offensif". Pour d'autres, c'est "un activisme de grands hôtels huppés et climatisés, qui n'aboutira à aucun résultat concret comme ceux organisés depuis de longues années et auxquels on est habitué". Dans tous les cas, les uns et les autres estiment, comme le professeur Jean-Claude Byebye, ancien député congolais, qu'il s'agit, une fois encore, d'une réunion sans enjeux majeurs.
En tout cas, la question posée continuellement tourne autour de l'efficacité réelle de l'engagement des femmes congolaises puisqu'au bout de deux décennies d'un discours apparemment convainquant, elles ne sont pas parvenues à se donner une place de choix dans les institutions issues des élections et en sont donc restées aux jérémiades, affirment des analystes.
Reprenant cette idée, Byebye considère que jusque-là, l'engagement des femmes congolaises ne s'est limité qu'aux discours opportunistes, sans contenu concret et sans actions programmées. En témoignent des réunions répétitives, avec les mêmes acteurs, dans des lieux huppés, après lesquelles des cocktails sont bien servis, comme ci ces rencontres étaient en elles-mêmes l'objectif, le moyen et le résultat, dit-il à IPS.
Le contenu des discours et exposés des participants est l'autre écueil : propositions de réformes, dénonciations des inégalités des droits et des sexes, demandes de renforcement des capacités sans trop donner les raisons des réformes revendiquées ni les résultats auxquels elles devraient aboutir.
Les femmes ne ciblent pas non plus les points faibles de leur engagement qui requièrent renforcement ni les résultats qualifiés et quantifiés à court, moyen et long terme, comme le reconnaissait encore Joséphine Ngalula, présidente du Réseau actions femmes (RAF), au cours d'une rencontre d'évaluation à mi-parcours des 16 jours d'activisme, le 3 décembre. Le RAF est une organisation non gouvernementale basée à Kinshasa, la capitale congolaise.
Les femmes, qui sont les vraies victimes des violences sexuelles, ont toujours été laissées en marge de toutes ces "réunions de grands hôtels" et elles ne servent que comme capital humain, pour la confection des "projets, qui depuis de longues années, n'ont rien donné". Et le nombre des femmes qui ont simplement besoin de se confier à leurs paires est devenu impressionnant, mais elles n'ont personne à qui se confier. Les "activistes" sont loin d'elles, souligne Byebye.
Sihaka Tsemo du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à Kinshasa, pense autrement : "Un travail plus concerté donnerait des résultats meilleurs si les obstacles sont d'abord identifiés et évalués en même temps que les atouts et les défis que connaissent les femmes en matière de violences sexuelles. Viendront alors les élaborations de programmes avec des résultats précis auxquels on voudrait arriver".
Dans un effort de lutte contre l'impunité des violences sexuelles faites aux femmes, il y a d'abord la prévention, soulignent à IPS, Anne Marie Makombo, une ancienne députée et Jacqueline Rumb, une femme politique, responsable au sein du Réseau des femmes africaine ministres et parlementaires (REFAMP), une association sans but lucratif basée à Kinshasa.
Selon le REFAMP, la prévention des violences sexuelles devrait faire en sorte que les premiers destinataires de l'engagement des femmes et de ses résultats soient d'abord les policiers, les maires, les politiciens et les enfants de rues en tant qu'auteurs récurrents ainsi que les femmes du monde rural, des femmes peu ou pas instruites en tant que victimes potentielles.
Le REFAMP espère ainsi intégrer à court terme une ligne spécifique aux violences sexuelles faites aux femmes dans le budget de la RDC pour l'année 2010 en prenant en compte le travail qui doit d'abord être fait à la base avec les femmes nécessiteuses ainsi qu'aux côtés des auteurs potentiels de ces violences.
Selon des analystes, un défi d'engagement plus significatif en faveur des femmes et par les femmes existe certes; mais il reste encore à braver plusieurs mythes dont la loi du silence face aux tabous, les craintes de représailles ainsi que le manque de structures d'écoute et de protection pour les victimes, en dépit des milliers de dollars qui sont gaspillés toutes les semaines dans des rencontres presque inutiles. (FIN/2008)
Condamner la guerre ou ses conséquences ?
Le Conseil des droits de l’homme décide d’enquêter sur les causes de la guerre au Congo
Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a franchi un pas important en décidant de ne pas uniquement enquêter sur les violations des droits de l’homme au Kivu, mais d’examiner également les causes de ces violations. En d’autres termes, les États du tiers-monde n’acceptent plus d’être stigmatisés pour les abus commis lorsqu’ils se défendent. Ils veulent mettre en accusation les fauteurs de guerre, c’est-à-dire les nouvelles puissances coloniales.
La 8e session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme consacrée à la situation dans l’Est du Congo a pris fin le 1er décembre. Après un débat contradictoire, la Résolution de l’Égypte, présentée au nom du groupe des pays africains, a été adoptée. Au nom de l’UE, la France a retiré sa Résolution. Ce texte n’évoquait pas la question des causes du conflit et ses opposants y voyaient la justification anticipée d’une éventuelle intervention militaire au Congo. [1]
Dans la Résolution, qui a été adoptée par consensus, le Conseil des droits de l’homme condamne non seulement les violences et les violations des droits de l’homme au Nord-Kivu, avant tout les abus sexuels et le recrutement d’enfants-soldats par les milices, mais il appelle également la communauté internationale à enquêter sérieusement sur les causes du conflit, notamment sur l’exploitation illégale des matières premières. Il veut contribuer ainsi à favoriser la paix et la stabilité en République démocratique du Congo (RDC) et à soutenir les efforts du gouvernement.
Le dimanche 1er décembre, la délégation de la RDC avait fait remarquer que la plupart des interventions faites jusque-là concernaient les conséquences du conflit et non ses causes [2]. Ainsi, le délégué Sébastien Mutomb Mujing a déclaré que l’envoi massif d’observateurs et de rapporteurs spéciaux ne contribuait pas à soulager les énormes souffrances de la population. Ce qu’il faut, c’est exercer de fortes pressions internationales sur les rebelles qui sèment la haine dans la région des Grands lacs. Il est vital que les réfugiés puissent rentrer chez eux.
Il a insisté sur le fait que l’armée du pays a été restructurée et qu’elle contient maintenant également des combattants d’anciens groupes rebelles qui commettent des violations des droits de l’homme et jettent le discrédit sur l’ensemble de l’armée.
En ce qui concerne les pays voisins, il a souligné le fait que certains d’entre eux sont devenus de très importants exportateurs de matières premières alors que leur sous-sol n’en contient pas. Font-ils donc tout pour empêcher une solution au conflit et la fin des massacres ?
Le résultat de la session extraordinaire montre que les pays africains ont gagné en assurance et ne se laissent plus commander par le monde occidental. De plus en plus de responsables africains sont conscients maintenant que les États leaders de l’UE et les USA veulent installer une nouvelle domination coloniale sur l’Afrique, pire que celle des décennies passées. Et les Africains n’accepteront pas cela.
Pour les habitants des pays industrialisés également, la nouvelle politique coloniale ne vise que les profits d’un petit nombre de personnes. Les énormes dépenses d’armement se font toujours au détriment des hommes, si bien que dans les pays « riches » comme les États-Unis ou l’Allemagne, la pauvreté prend une ampleur alarmante. Ainsi, en Allemagne, on trouve de nouveau des enfants qui ont faim.
Le fait que les gouvernements occidentaux continuent de miser sur la guerre apparaît de manière exemplaire dans la politique des États-Unis et dans le développement de leur Centre de commandement pour l’Afrique, l’AFRICOM. Il y a quelque temps, le gouvernement états-unien voulait déplacer le siège de l’AFRICOM en Afrique, mais aucun État africain n’a été d’accord de l’accueillir, si bien qu’il a dû rester à Stuttgart [3]. Toutefois, l’AFRICOM a été développé et une importante ambassade a été créée à Goma, dans l’Est de la RDC. Selon des sources congolaises, les États-Unis ont installé au Rwanda, près de la frontière avec la province du Kivu, une base militaire construite par la firme Halliburton [4]. C’est à peu près à ce moment-là que les conflits ont éclaté, et pas uniquement dans l’Est du Congo. On a également monté en épingle dans les médias la question de la piraterie au large de la Somalie afin de justifier une intervention militaire de l’UE et des USA après qu’on eut essayé, deux ans auparavant, d’écarter ceux qui, en Somalie, luttaient véritablement contre les pirates.
Des analystes comme F. William Engdahl [5] supposent que ce qui intéresse l’UE et les USA, ce ne sont ni les droits de l’homme ni les attaques de pirates (manigancées ?) mais la mainmise directe sur la Corne de l’Afrique riche en matières premières, qui va du Golfe d’Aden au Soudan et à l’Est de la RDC [6] . À cela s’ajoute le contrôle des voies de transport dans l’océan Indien. L’UE et les USA considèrent comme une « menace » que la Chine ait pris pied depuis quelques années déjà en Afrique et ait conclu des contrats équitables avec les États africains.
La Chine a conclu avec le gouvernement congolais un contrat de 9 milliards de dollars qui assure à des entreprises chinoises l’accès à 10,6 millions de tonnes de cuivre et à plus de 600000 tonnes de cobalt. En contrepartie, Pékin a promis d’investir 6 milliards de dollars dans la construction de routes, de chemins de fer, de centrales hydrauliques, d’hôpitaux et d’écoles ainsi que 3 milliards dans des projets miniers.
Le chef des rebelles Nkunda, pendant de longues années compagnon de lutte du président rwandais Paul Kagame, s’oppose à cela et a déjà menacé d’envahir le Kinshasa. Sous prétexte de protéger une minorité tutsie dans l’Est du Congo, il lutte pour étendre le contrôle rwandais sur le Congo afin de continuer à piller ses richesses minières et les livrer à ses commanditaires de l’UE et des USA. Depuis des années, les matières premières passent illégalement à l’étranger via le Rwanda. Selon des rapports d’experts de l’ONU, la vente illégale de coltan, minerai très convoité, a, au cours des 18 derniers mois, rapporté 250 millions de dollars à l’armée rwandaise. Le Rwanda est soutenu par les États-Unis et l’Allemagne.
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[1] « La RDC est prise en tenailles par les pays industrialisés » et « Les massacres se poursuivent à l’Est du Congo, tandis que la diplomatie prend son temps », par Peter Küpfer, Horizons et débats n° 48 du 1er décembre 2008.
[2] « Empêcher les multinationales de continuer leur commerce morbide », Horizons et débats n° 48 du 1er décembre 2008.
[3] « Triste activation pour l’AfriCom », par Stefano Liberti, Réseau Voltaire, 6 octobre 2008.
[4] Lire notre enquête en deux volets : « Halliburton ou le pillage de l’État » et « Halliburton, profiteur de guerre », par Arthur Lepic, Réseau Voltaire, 16 et 23 septembre 2004.
[5] « AFRICOM, China und die Kriege im Kongo », par F. William Engdahl ,Koop Verlag, 27 novembre 2008.
[6] « Quelques réflexions sur la "piraterie" moderne », communiqué du ministre érythréen des Affaires étrangères, Horizons et débats, 8 décembre 2008.
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