lundi 10 décembre 2007

Beni : les "mamans" proxénètes aux abois

La lutte contre l'exploitation sexuelle des très jeunes filles s’intensifie à Beni, au nord-est de la République démocratique du Congo. Depuis deux mois, toute la ville – police, Ongs et habitants – se mobilise contre les mamans proxénètes. Plusieurs ont déjà été arrêtées.
Elles sont une centaine à Beni, à 350 km au nord de Goma. Les maisons de débauche, "quartier général", comme on les appelle ici, hébergent des jeunes filles, souvent mineures, que les patronnes livrent à la prostitution. Âgées de 12 à 16 ans pour la plupart, elles sont plus de 500 recensées par les Ongs de défense des droits des enfants, à vivre au domicile des femmes "libres". Celles-ci les nourrissent, les vêtent et les soignent avant de les présenter aux clients comme partenaires sexuelles. Dans le "quartier général", sous couvert de petites activités économiques, prospère ainsi le plus vieux métier du monde. Ces maisons particulières sont, pour la plupart, montées derrière des buvettes. Leurs tenancières vendent toutes sortes de boissons ainsi que des stupéfiants et "attendent le bon moment pour envoyer les jeunes filles aux clients". Sylvie Sivagheri de la Solidarité de femmes pour le développement intégral témoigne : "Les proxénètes ont l'habitude de mettre à la disposition des maris occasionnels des stupéfiants de toutes sortes pour les droguer et faciliter les arrangements". "Si vous voulez de moi, discutez le prix avec la maman", s'entendent ainsi répondre les candidats à la passe. Les patronnes elles, fixent le prix : "5 $ avec préservatif, 20 $ sans capote". Devant l’ampleur que prend ce phénomène apparu dans la région il y a environ cinq ans avec l’afflux des déplacés de guerre venus de l’Ituri voisin, les autorités locales ainsi que les Ongs montent au créneau pour "défendre les filles exploitées par les proxénètes". Des mesures ont été prises. Fin septembre, une campagne de sensibilisation contre les violences sexuelles a été lancée dans la ville. Dans chaque quartier, on a procédé à la mise en place de structures pour identifier et dénoncer les "quartiers généraux".
Affaire de tout le mondeSoutenus par la population, les chefs des quartiers et des avenues font du porte-à-porte pour recenser les femmes vivant seules. Ils repèrent celles qui exploitent sexuellement les jeunes filles et les dénoncent à la police. Les premières actions ont facilité l'arrestation d’un bon nombre de ces "mamans".Deux mois après le lancement de cette campagne, une cinquantaine de maisons de tolérance ont été scellées et leurs responsables déférées devant la Justice. Une dizaine d’associations de lutte contre les violences faites à ces mineures ont déjà envoyé devant le tribunal de paix de Beni les femmes qui utilisaient les jeunes filles comme esclaves sexuelles et sources de revenus. Elles encourent 6 mois à 5 ans de prison pour "exploitation sexuelle de mineures". De leur côté, les jeunes filles exploitées par les patronnes mettent en cause la pauvreté de leurs familles. Micheline, 14 ans, justifie cette activité qu'elle exerce depuis l'âge de 12 ans, par la misère de ses parents. "Ma famille est très pauvre. Mon métier me permet de répondre à mes besoins élémentaires", déclare-t-elle. D'autres quittent le toit paternel par mimétisme. L'une d'elles, Linda, environ 15 ans, témoigne : "J’ai quitté la maison de mes parents influencée par mes amies qui me disaient qu’elles vivaient très bien dans le 'quartier général'. Il est vrai que je parviens à répondre à mes besoins sans avoir recours à mes parents". Pratiquement; toutes ces jeunes filles exploitées sexuellement disent qu'elles vivent dans de meilleures conditions matérielles chez les mères maquerelles que chez elles. Selon maître Achile Musavuli, activiste des droits de l’homme, ?le vagabondage sexuel, l'absence de scolarisation, des parents incapables de protéger leurs enfants ou la mort du tuteur… sont les principales raisons de cette sale pratique.? La lutte n'est pas finie. Les contrôles et les mesures de prévention se multiplient. Les médias sont mis à contribution pour appeler les gens à combattre l’exploitation sexuelle des jeunes filles qui courent le risque d'être contaminées par le VIH/sida et d'autres infections sexuellement transmissibles.


Beni, 10/12/2007 (Syfia Grands Lacs, via mediacongo.net)

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