mardi 13 mai 2008

AFEDE asbl : "Dis-le, raconte-le"

CONGO - REPORTAGE

francis van de woestyne

Mis en ligne le 06/05/2008

Dans l'est du Congo, la barbarie n'a plus de limite. Des femmes, des jeunes filles, des enfants sont kidnappés et deviennent les esclaves sexuels de bandes armées issues des rangs des rebelles rwandais. L'horreur de l'horreur.
Denise* vit encore. Mais elle est comme morte. De peur, de honte, de mal.

"Dis-le dans ton pays. Ecris-le. Raconte-le. Il le faut. Ils ne vont pas te croire. Ils diront que tu exagères, que tu inventes, que tu ne rapportes que des rumeurs. Mais nous, les femmes, on n'en peut plus. On nous tue. On est devenue des esclaves sexuelles. Ici, c'est la barbarie. Je t'en prie, il faut le dire. Il ne faut pas ajouter le silence au drame absolu et à l'impunité de nos bourreaux. Dis-le."

Promis, Denise.

Ici, à l'est du Congo, dans la région du Nord et du Sud Kivu, elles ne sont pas nombreuses à avoir le courage de raconter l'enfer - le mot est doux encore par rapport à la réalité - qu'elles ont vécu. Ici, le viol à grande échelle est devenu une arme de guerre à tel point que beaucoup de femmes et de jeunes filles auraient préféré mourir plutôt que de vivre ce qu'elles ont connu. Il n'y a pas de mot qui puisse qualifier cela.

"Dis-le, raconte-le. Je t'en prie, même si cela te fait mal à toi, d'écrire cela. Même si cela fait mal à ceux qui te liront. Dis-le."
Oui, Denise.

La barbarie dure depuis une dizaine d'années. Il a fallu longtemps avant que les langues ne se délient. Que les victimes osent parler. Que les observateurs perçoivent l'ampleur du drame. On parle de 16 974 cas recensés en 2007. Recensés. Plus tous ceux que l'on ne connaîtra jamais. Ici, dans l'est du Congo, les rebelles rwandais des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), des Hutus, qui ont fui leur pays au moment des massacres de 1994, n'ont jamais osé ou voulu rentrer dans leur pays, craignant de devoir répondre de leurs crimes.

Ces FDLR se sont muées en bandes armées qui survivent dans les forêts épaisses du Congo où elles sèment une terreur sans nom. Drogués, ivres, ces "soldats" mènent des expéditions punitives dans les villages et kidnappent des femmes, parfois très jeunes.

Elles sont violées à la chaîne par ces soldats. Mais plutôt que de leur rendre leur liberté, ils les gardent pendant plusieurs mois, voire plusieurs années et en font des esclaves. Des esclaves sexuelles. Obligées de tout faire pour satisfaire les caprices sexuels de leur maître. Mais aussi, obligées d'aller voler de la nourriture dans leur village. Si elles ne reviennent pas, ils mènent des expéditions punitives et tuent des membres de leur famille. Obligées de tout faire, tout, tout.

"Dis-le, raconte-le."

Oui.

Au départ, dans le groupe de femmes enlevées dont Denise faisait partie, elles étaient six. Deux n'ont pas survécu. Car la sauvagerie des violeurs est telle - ils utilisent aussi des bâtons ou leurs armes pour les viols - que les femmes, souvent, sont déchirées. Leurs plaies s'infectent. Les septicémies sont fréquentes. Elles meurent seules, abandonnées dans la forêt. Quand les survivantes se rebellent, refusent ceci ou cela, elles sont punies. On les force à dormir sur le cadavre de leurs amies. A boire l'urine de leurs bourreaux. A se livrer au cannibalisme. A manger de la chair humaine, celle d'un de leurs enfants, tués sous leurs yeux. Avant, ces barbares s'attaquaient surtout aux femmes mûres et aux jeunes filles. Depuis peu, les femmes âgées et les enfants en bas âge sont aussi convoités. Car la dernière rumeur veut que, pour guérir du Sida, dont tous ces barbares sont infectés, il faut purifier son sexe dans le ventre d'une femme âgée ou d'un enfant. Cela les renforce aussi, disent-ils, avant d'aller au combat.

Dans ces villages perdus, tout le monde vit dans l'angoisse perpétuelle d'être attaqué. Dès que les femmes, commises aux travaux des champs, s'éloignent un peu de leur case, elles savent que le danger est là, tout proche. Pour avoir la paix, elles n'ont parfois d'autre solution que de sacrifier une de leurs filles, livrée aux violeurs, en échange de quelques heures de tranquillité.

"Dis-le. Raconte-le."
Comment taire ces témoignages ? Car se taire, c'est laisser la barbarie se poursuivre. Il n'y a aucune raison que ces pratiques s'arrêtent. Ainsi, dans les grandes villes du Congo, à Kinshasa, à Lubumbashi, le citoyen ordinaire refuse d'entendre cette réalité. Un récent "micro-trottoir" publié dans le "Journal citoyen" révèle cette indifférence coupable : tous les Congolais interrogés, hommes et femmes, estiment que si viol il y a, c'est parce que ces femmes sont provocantes ou trop légèrement vêtues. Une honte.

Que font les États ? Malgré les accords conclus, le Rwanda ne met pas beaucoup d'enthousiasme à faire rentrer ces rebelles qui seraient, disent les responsables de Kigali, une menace pour les 9 millions de Rwandais. Que dire alors des 15 millions de Congolais de la Région des Kivus qui doivent endurer cet horrible voisinage ?

Autre problème immense. Si ces pratiques ont lieu et se perpétuent c'est aussi parce que les auteurs bénéficient d'une grande impunité. Par peur des représailles, les survivantes n'osent pas parler. Elles savent que si elles parlent, elles risquent de s'attirer les foudres des violeurs. Elles n'osent pas parler, non plus, parce que, avoir une femme violée dans la famille, c'est la honte. Les femmes violées sont bien souvent répudiées par leur mari et rejetées par leur famille. Elles sont partagées entre l'amour d'un enfant, la chair de leur chair, qu'elles ont mis au monde après l'agression et la famille qui ne voit, dans ce petit corps, que le "fruit" d'un viol. Cacher le viol ? Ce n'est pas toujours possible. Car la violence avec laquelle ces femmes ont été agressées, avec des armes, des branches ou d'autres objets, provoque souvent chez elles une fistule, une connexion entre le vagin et le rectum. Elles dégagent alors une odeur nauséabonde très caractéristique.

Depuis quelque temps, ce drame commence à être pris en charge. Plusieurs hôpitaux, comme celui de Panzi, près de Bukavu, tentent de restructurer ces femmes sur le plan gynécologique, mais aussi moral et psychologique. Panzi n'est pas le seul centre à les accueillir. D'autres structures, plus petites, ont été ouvertes là où les drames se vivent, en pleine forêt. Mais il faut des mois pour guérir ces femmes.

Pourquoi les violeurs sont-ils si peu inquiétés ? D'abord parce qu'il n'est pas simple de les identifier et de les trouver. Ils connaissent parfaitement ces forêts où personne n'ose s'aventurer et ne se déplacent bien souvent que la nuit. Ils échappent à toute traque. Quand ils sont pris, quand même, il n'est pas évident de les juger. Car l'appareil judiciaire congolais est, dans cette région, complètement déstructuré. C'est pour restaurer une justice dans l'est du Congo que le programme Rejusco a été lancé avec l'aide, notamment, de la Coopération belge. Il vise notamment à réhabiliter des lieux de justice et des prisons, à former la magistrature, à exécuter un monitoring des procès et à sensibiliser les citoyens afin qu'ils retrouvent confiance en la justice.

Car ici aussi, comme dans les autres corps de l'administration congolaise, la corruption règne. La justice ne se rend pas, elle s'achète. Même dans les cas de viols, il arrive que les sanctions soient clémentes. Les juges aussi craignent les représailles. Le programme Rejusco, indispensable à la stabilisation de la région, a déjà permis la construction de plusieurs tribunaux et de prison. Car il en manque ici. L'Etat congolais est complètement désargenté et aucun budget n'est prévu pour l'entretien des prisonniers. Dès lors, Rejusco a prévu la construction de fermes-prisons : les détenus, encadrés, vont travailler à la ferme attenante et produisent les céréales et élèvent le bétail pour leurs besoins alimentaires. Pour résoudre les problèmes de distance et de transport, Rejusco organise aussi des "audiences foraines" : les magistrats se déplacent en brousse, s'installent pendant quinze jours et règlent, en un temps record, 50 à 70 affaires, selon l'importance.

Petit à petit, des dossiers pour violences sexuelles sont ouverts. Encouragées par les associations de femmes congolaises, les victimes, enfin, parlent. Grâce aux témoignages, on se rend compte aussi que si les rebelles rwandais sont responsables de 75 à 85 pc des viols, des membres de l'armée congolaise (FARDC) sont aussi impliqués.

Reste cette question : que faire ? Comment arrêter ce massacre, ce génocide sexuel ? La première nécessité est d'assurer la paix et la sécurité de la région. La récente conférence de Goma, organisée en janvier, a débouché sur des actes d'engagement par lesquels les parties se sont engagées à rendre les armes et à renoncer à toute forme de violence.

Dans les faits, peu de choses ont changé malgré les efforts réels de certains dirigeants et les tentatives de "restitution" (présentation) des accords dans les coins les plus reculés. Un homme se distingue dans cette opération : l'abbé Apolinaire Malu Malu, fortement soutenu dans son action par les Belges.

Reste la voie humanitaire. Des organisations gouvernementales sont présentes sur place et tentent d'apporter aux femmes l'aide médicale, psychologique voire matérielle qu'elles attendent. La difficulté, c'est bien sûr de faire en sorte que les fonds investis par la Coopération belge et celle des autres pays ne se perdent pas en rapports, études, et conférences interminables. Or il est apparu, lors de la visite des ministres des Affaires étrangères, Karel De Gucht, et de la Coopération, Charles Michel, que certaines grosses ONG pouvaient se révéler très budgétivores et pas toujours très efficaces sur le terrain. Il faut donc chercher le moyen d'agir directement, concrètement sur le terrain afin que l'aide permette aux associations congolaises ou mixtes, en contact direct avec ces femmes blessées à jamais, de poursuivre leur action, non seulement dans les villes où les Congolais viennent chercher la sécurité mais aussi dans les forêts, théâtres d'un drame inimaginable.

Sans une mobilisation internationale de taille, la barbarie se poursuivra.

Pourtant, on ne pourra plus jamais dire qu'on ne savait pas.

"Dis-le. Raconte-le."

Voilà, Denise.

* Nom d'emprunt.

http://www.lalibre.be/actu/monde/article/419399/dis-le-raconte-le.html

mardi 26 février 2008
Archevêque de Bukavu : « Le viol massif des femmes est une arme de guerre »


Dans la province du Sud-Kivu (Est de la RDCongo), les risques de guerre montent, déclare Mgr. Maroy Rusengo, archevêque de Bukavu. La raison en est le général dissident Laurent Nkundabatware, le chef des milices « rebelles » qui, soutenu par le gouvernement rwandais, terrorise actuellement les populations autochtones dans la province voisine du Nord-Kivu.

Horizons et Débats : Excellence, y aura-t-il bientôt une nouvelle guerre ravageant une fois de plus la région déjà meurtrie des provinces orientales congolaises des deux Kivu ?

Mgr. Maroy Rusengo : Le danger existe en effet. On ­assiste à l’intimidation des gens et à leur manipulation, il y a aussi des massacres. Jusqu’à aujourd’hui, le Nord-Kivu n’a pas encore retrouvé la paix.

H&D : Et quant à la situation qui prévaut à Bukavu, la capitale du Sud-Kivu, dont vous êtes l’archevêque ? Est-elle meilleure ?

Mgr. Maroy Rusengo : Un peu. Les milices Hutu rwandaises dans les forêts du Sud-Kivu ont choisi une attitude plus calme que dans le passé. A la différence du Nord où les déplacés internes sont nombreux. C’est dans les territoires de Masisi et de Rutshuru situés au nord-ouest de Goma où la situation est dramatique. C’est la partie du Nord-Kivu sous contrôle de Laurent Nkundabatware, chef des groupes armés « rebelles » et de sa milice formée d’enfants soldats.

H&D : Nkundabatware est un général Tutsi. La devise sera-t-elle, une fois de plus, les Tutsi contre les Hutu, cette fois-ci sur le territoire congolais ?

Mgr. Maroy Rusengo : (sur un ton très décidé) Non. L’hostilité entre Hutu et Tutsi est une affaire purement rwandaise. Au Congo, il ne s’agit, à -aucun moment, de cela. La milice de Nkundabatware est d’ailleurs mitigée, elle se compose de miliciens d’origine Hutu, Tutsi et d’autres ethnies encore. Ce qui importe, sont les fonds mis à disposition pour payer les services en vue de la poursuite de cette guerre. Et là, le soutien arrive du Rwanda.

H&D : Dans le conflit actuel, quelles sont les parties qui interviennent ?

Mgr. Maroy Rusengo : D’un côté, ce sont les Forces armées de la RDCongo (FARDC) qui ont la mission de défendre les frontières et de protéger les populations civiles et leurs biens. Or, elles sont jeunes, à effectifs peu nombreux et elles sont encore inexpérimentées. De l’autre côté, il s’agit de la milice de Nkundabatware, un homme qui figure sur les avis de recherche des mandats internationaux. On a ensuite les milices rwandaises. Il s’agit précisément des réfugiés Hutu rwandais que le gouvernement actuel du Rwanda qualifie d’auteurs du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994. C’est cela qui explique le déplacement massif, à cette époque, des Hutu rwandais sur le territoire de l’Est du Congo (Nord et Sud-Kivu) sous l’escorte des soldats français de l’opération dite « Turquoise », sous l’égide de l’ONU.

H&D : Qui est à l’origine de ces nouvelles incitations à la guerre ?

Mgr. Maroy Rusengo : C’est bien Laurent Nkundabatware et ses hommes ainsi que tous ceux qui les soutiennent. Ils refusent de se laisser brasser pour intégrer les nouvelles Forces armées régulières congolaises. Ils prétendent devoir protéger leur ethnie Tutsi minoritaire. Ils disent qu’ils sont menacés, marginalisés, discriminés. Tout cela est apparemment cousu de fil blanc, car après les élections, on a offert à toutes les milices de s’incorporer dans la nouvelle armée nationale. Toutes les milices étaient officiellement dissolues, c’est vrai, mais prêtes à intégrer progressivement et entièrement la nouvelle armée, sous le commandement unique des nouveaux chefs nommés à cet effet par hiérarchie. Il y a cependant lieu de souligner que les vrais enjeux de cette guerre sont les riches ressources naturelles des minerais du Kivu.

H&D : Y a-t-il des enfants soldats engagés dans les conflits ?

Mgr. Maroy Rusengo : Nkundabatware tente en vain de recruter des enfants congolais. Mais de toute façon, les enfants des Hutu rwandais vivant dans nos forêts, eux, ne connaissent rien d’autre que de tuer, de violer et de faire la guerre. Tôt ou tard, ces enfants-là finissent par s’enrôler dans les milices.

H&D : Pourquoi l’armée congolaise n’intervient-elle pas pour désarmer les milices ? La MONUC (Mission de l’Organisation des Nations Unies au Congo), avec un effectif de plus de 17 000 casques bleus, ne devrait-elle pas intervenir de manière plus efficace ?

Mgr. Maroy Rusengo : Les Forces armées congolaises n’existent que depuis un an, elles sont en train de se former. Je regrette que la MONUC soit réduite à une mission de pure observation. Elle devrait accomplir une tâche beaucoup plus ample. Or, par exemple, les milices Hutu rwandaises dans les forêts sont bien armées. La MONUC devrait empêcher la livraison d’armes et de munitions à ces gens. Ces milices Hutu rwandaises occupent des territoires congolais depuis plus de dix ans. La MONUC devrait les désarmer et les reconduire là d’où elles sont venues, c’est-à-dire au Rwanda.

H&D : D’autant plus que ces milices violent des femmes massivement et sauvagement, selon les sources même de l’ONU ?

Mgr. Maroy Rusengo : Il m’est difficile d’en parler. Je n’ai jamais compris ce qui se passe dans les cerveaux de ces gens-là. En 2004, à Bukavu, lors de l’invasion des milices du même Nkundabatware, nous avons été les témoins oculaires de ces atrocités. Les hommes de Nkundabatware ont fait irruption dans toutes les maisons de la ville de Bukavu, une après l’autre, en violant les femmes et les jeunes filles. Jour et nuit, systématiquement, dans la ville toute entière. C’était horrible. Au Sud-Kivu, la situation s’est un peu améliorée aujourd’hui. Mais partout où se trouve Nkundabatware, les violations massives des femmes font partie de sa tactique militaire, une tactique de guerre et une arme de guerre.

H&D : Une arme de guerre ?

Mgr. Maroy Rusengo : Les milices veulent en effet démoraliser et humilier nos filles, nos femmes, nos sœurs, nos mères. Leur but est de détruire notre communauté. Chez nous, les femmes, notamment les mères, jouissent d’un prestige énorme. Celui qui agresse la mère d’un fils ou d’une fille commet un grand crime. Cela humilie en même temps les hommes et les enfants, la famille en reste anéantie. Les femmes qui ont été violées sont rejetées de leur communauté. Celui qui détruit les femmes, détruit les familles et la société toute entière. Les femmes qui ont été violées sont socialement mortes. Il est exclu qu’elles rentrent dans leurs foyers familiaux. L’Eglise catholique et la société civile essaient d’apaiser et d’atténuer cette coutume traditionnelle, mais elle est ancrée profondément dans la conscience collective, et c’est exactement pour cela que les éléments des milices utilisent ce moyen des violations sexuelles. Ce n’est cependant pas la faute de ces femmes d’avoir été violées. Les ennemis du Congo exploitent l’interdiction formelle de telles pratiques dans nos coutumes sociales. C’est diabolique. Je ne sais pas qui a appris cela aux milices. On n’a jamais vu de telles choses auparavant chez nous. C’est importé du Rwanda.

H&D : Les femmes sont-elles souvent infectées par le virus du VIH/Sida ?

Mgr. Maroy Rusengo : Beaucoup de miliciens du Rwanda, de l’Ouganda et du Congo sont séropositifs ou atteints du sida. Cela veut dire que, par les violations massives des femmes, ils détruisent à long terme notre communauté. Le sida est, bien sûr, un cas de première importance qui nous menace.

H&D : Et quel rôle l’Eglise peut-elle jouer ?

Mgr. Maroy Rusengo : Nous avons toujours exigé que les armes et les munitions ne circulent plus librement au Congo. Comme d’ailleurs dans n’importe quel autre pays. Ensuite, nous nous occupons des victimes. Nous voulons leur donner de l’espérance, leur montrer qu’elles ne sont pas coupables des souffrances qu’elles ont subies. De plus, nous voulons soutenir celles qui s’engagent à s’organiser.

H&D : De quelle manière la Société civile est-elle capable d’aider ?

Mgr. Maroy Rusengo : La population du Sud-Kivu s’organise, pour que la vie privée reprenne normalement son rythme, car chez nous, beaucoup de choses qui devraient relever du Pouvoir public ne le sont plus, du moins pour le moment. L’Etat en est encore plus ou moins absent. Les écoles, la formation médicale, l’aide sociale, tout dépend chez nous d’organisations autonomes. On appelle cela la Société civile, une association à structure démocratique dotée d’un président. A la fin d’une guerre, lorsque l’Etat est faible et les structures détruites et inexistantes, il faut tout faire soi-même. La Société civile dénonce – grâce à sa grande vigilance – courageusement tout ce qui se passe sur le terrain et tout est soigneusement rapporté. Et ainsi, de manière systématique et continuelle, les rapports sur toutes les violations de femmes et de toutes atteintes aux droits de l’homme commises par les milices sont publiés. Dans le Sud-Kivu, ces travaux de rédaction des rapports sont particulièrement bien développés. Cela ne veut pas dire que dans les autres provinces il n’y ait pas de violences sexuelles ou d’autres ignobles crimes. Les autres provinces, notamment le Maniema, Province Orientale, Kasaï Oriental, Nord-Kivu et Tanganjika, sont tout aussi harcelées par les forces armées négatives rebelles qui commettent les mêmes crimes qu’au Sud-Kivu. Nous autres, au Sud-Kivu, nous disposons peut-être davantage de moyens de communication et d’information à travers les médias occidentaux et l’ONU.

H&D : Comment est-ce que la Société civile aide les femmes victimes de violations et leurs enfants ?

Mgr. Maroy Rusengo : Beaucoup de femmes sont tombées enceintes à la suite des violations. Or, les enfants qui en naissent sont les enfants de pères étrangers inconnus et donc des « enfants des ennemis » Cette situation constitue un grand dilemme pour les mères et représente une bombe à retardement pour la société congolaise. La Société civile a créé des centres d’accueil et d’écoute pour les femmes victimes des viols.
Dans ces centres, les victimes trouvent des femmes psychiatres ou psychothérapeutes auxquelles elles peuvent se confier. En effet, après s’être rendues compte de la nécessité de décharger leurs consciences des calvaires ­qu’elles ont injustement subis, il fallait ­qu’elles en parlent ouvertement à visage découvert et devant la camera. On a alors filmé les interviews de ces victimes avec leurs psychologues. Ces films documentaires sont les témoignages accablants et inédits sur les souffrances inhumaines de ces femmes. Les centres d’écoute et de détraumatisation offrent également aux victimes les soins médicaux, elles y reçoivent l’éducation et l’assistance nécessaires pour se débarrasser progressivement de leurs cauchemars. Les parties génitales de nombreuses femmes sont souvent complètement détruites, maltraitées par les violeurs avec des bâtons, des canons de revolvers etc. Beaucoup d’entre elles n’ont plus d’appareils de contenance, elles souffrent d’inflammations suppurantes, elles ont donc d’abord besoin d’un traitement chirurgical approprié.

H&D : Est-ce que vous recevez également un soutien provenant de Suisse ?

Mgr. Maroy Rusengo : Oui, nous sommes soutenus par la DDC (Direction du développement et de la coopération du département suisse des Affaires étrangères) et par des organisations d’aide privées. L’avantage d’un soutien officiel, c’est qu’avec des moyens financiers considérables on peut réaliser des programmes d’assistance d’une certaine importance mais à court terme avec la présence des fonctionnaires de la DDC. Ces derniers se retirent aussitôt le projet terminé et les crédits y afférents consommés. Quant aux projets d’aide privée, on a souvent à faire à des relations humaines à long terme avec la formation sur le tas du personnel local. Les deux formes d’aide se complètent quand même mutuellement.

H&D : Pourriez-vous mentionner un tel projet d’aide privée ?

Mgr. Maroy Rusengo : Le Great Lakes Forum International (GLFI) est une ONG de droit suisse. Elle a financé l’acquisition d’un tracteur avec accessoires pour les travaux agricoles. Ce travail sera réalisé par ADAR asbl (Assistance au développement agricole rural), une ONG de droit congolais spécialisée dans la multiplication et la sélection de semences de cultures vivrières. Dans une ferme-pilote à Kavumu près de l’aéroport de Bukavu, les travaux agricoles se feront mécaniquement grâce au tracteur et ses accessoires livrés par le GLFI. Cette ferme produira uniquement des semences naturelles. Il ne sera donc pas question de faire appel aux semences OGM (organismes génétiquement modifiés).
Jusqu’à présent nous n’avons à disposition que les semences dégénérées qui remontent à l’époque coloniale. Nous comptons sur les semences qui seront mises à disposition par ADAR asbl pour permettre aux paysans ­cultivateurs de récolter des produits vivriers à productivité élevée et partant, d’augmenter leurs revenus.
Pour les travaux légers sur les champs, le projet entend employer les femmes victimes des viols qui sont rejetées par leurs familles. Elles seront ainsi capables de redonner un sens à leur existence et de demeurer reconnaissantes à l’endroit de la société civile. En plus, elles trouveront suffisamment de nourriture. Les fonds investis sont modestes et, très important, nous avons pu établir, à travers ce projet, des contacts durables en Suisse.

H&D : Dans la lutte contre les violations sexuelles, où est-ce que vous situez votre engagement personnel ?

Mgr. Maroy Rusengo : Je ne fais que continuer l’œuvre entamée par mes éminents prédécesseurs. Tous les deux ont payé de leur vie leur engagement au service du peuple. Je ne suis archevêque que depuis une année. Dans le passé, j’ai été curé dans une paroisse à Bukavu et donc j’ai été témoin direct des viols et des pillages et j’ai ainsi vécu l’écroulement de nos tissus socio-économiques et la destruction de nos structures familiales.

H&D : Le Kivu regorge de ressources naturelles. On y trouve de l’or, des diamants, du coltan, de la cassitérite, du pyrochlore etc., et tout cela en énormes quantités. Ces matières premières arrivent en Europe, aux Etats-Unis …

Mgr. Maroy Rusengo : [interrompt] Je ne sais pas pourquoi les pays riches pillent un pays pauvre. Et de prétendre en même temps qu’un tel comportement soit légal. J’apprends qu’en Suisse, même le fait de posséder un chien est contribuable. Pourquoi donc personne ne veut accepter de payer les taxes relevées sur les minerais en provenance du Congo ? C’est simple : Vous n’avez qu’à respecter vos propres lois chez nous aussi. Les richesses du Congo ne seront pas réservées uniquement au Congo. Il faut les distribuer, mais de manière juste, s’il vous plaît. Nos matières premières sont à la base d’énormes profits réalisés chez vous. Il faut que nous y participions, sinon la misère durera pour toujours.


H&D : N’y a-t-il donc rien qui reste aux Congolais eux-mêmes ?


Mgr. Maroy Rusengo : Moins que rien. Les pays riches produisent des armes et les exportent dans nos pays. Arrivées là, elles sont utilisées pour tuer. Les pilleurs tuent en effet dans le but de continuer d’exploiter illégalement nos ressources naturelles, sans être dérangés dans leur sale besogne. Pour nous, en somme, il nous reste en effet moins que rien. J’attends davantage de justice de la Communauté internationale. Vous voulez nos ressources naturelles ? Pourquoi pas, mais à un prix équitable !

H&D : Excellence, une dernière question : Quelles sont vos attentes que vous adressez à la Suisse ?

Mgr. Maroy Rusengo : D’abord à la Suisse officielle, nous adressons nos remerciements pour le choix qu’elle a opéré de s’investir davantage dans les secteurs de santé et des droits de l’homme, à partir de 2008, dans notre province du Sud-Kivu.
Il y a un nombre important de Congolais qui vivent en Suisse. Je souhaiterais que beaucoup de ressortissants congolais de la diaspora s’engagent et aident à résoudre les grands problèmes chez nous, dans notre patrie. Les Congolais vivant à l’étranger et contribuant de manière exemplaire au développement de leur pays ne sont pas nombreux. Beaucoup de compatriotes ne font que se remplir les poches et se distraire. Au Congo, on a besoin de la contribution de chacun et chacune des citoyens congolais qui ont reçu une bonne formation et qui pourraient donc participer à la reconstruction et au développement du pays.
Si la Suisse s’engage davantage chez nous, elle sera cordialement la bienvenue. Cela est également valable pour les hommes d’affaires suisses qui sont attendus pour investir chez nous. Nous félicitons et encourageons l’organisation suisse qui s’occupe de leur sensibilisation et de leur encadrement.
Nous invitons aussi d’autres ONG suisses de venir chez nous s’ajouter à celles qui y sont déjà actives. La Suisse n’a jamais été une puissance coloniale, nous l’admirons en tant qu’Etat qui dispose de capacités financières considérables et qui s’engage pour la paix. La Suisse aide sans « agenda caché », au contraire des grandes puissances.

Propos recueillis par Joseph M. Kyalangilwa et ­Matthias Erne

voltairenet.org

Nicole Kidman lance un appel en faveur de la lutte contre les violences
faites aux femmes

AP | 23.04.2008 | 14:27
HTTP://TEMPSREEL.NOUVELOBS.COM/DEPECHES/CULTURE/20080423.FAP9931/NICOLE_KIDMAN_LANCE_UN_APPEL_EN_FAVEUR_DE_LA_LUTTE_CONT.HTML

Loin des plateaux de cinéma, Nicole Kidman entend pleinement jouer son rôle d'ambassadrice du Fonds de développement des Nations unies pour la femme UNIFEM). Avec passion et conviction, l'actrice, bientôt maman, a exhorté les dirigeants du monde et les citoyens ordinaires à se mobiliser contre les violences faites aux femmes.

"Une femme sur trois" va être victime de "violence sous une forme ou une autre" au cours de sa vie, a souligné mardi la star australienne âgée de 40 ans au siège de l'ONU à New York. Autant dire une statistique "inouïe", qui ne représente cependant pour l'UNIFEM que la partie émergée de l'iceberg. Nicole Kidman a été nommée ambassadrice de bonne volonté de l'UNIFEM en janvier 2006. D'après Joanne Sandler, directrice exécutive par intérim de l'agence onusienne, l'actrice souhaitait se pencher sur une question "où elle pourrait faire la différence". Ensemble, elles ont choisi le thème de la violence contre les femmes qui, aux yeux de Nicole Kidman, constitue "la violation des droits humains la plus épouvantable et la plus répandue de notre temps". Et c'est dans le cadre de cet engagement que l'actrice s'est jointe mardi à Joanne Sandler, à la vice-secrétaire générale de l'ONU Asha-Rose Migiro et au président de la Fondation de l'ONU Timothy Wirth pour promouvoir la campagne intitulée "Dites NON à la violence contre les femmes", qui doit durer un an. Depuis son lancement le 26 novembre, quelque 210.000 personnes ont apposé leur nom sur un livre "virtuel" appelant sur Internet les dirigeants du monde à mettre fin à l'impunité des auteurs de ces violences, à proposer une aide aux victimes et, surtout, à investir dans la prévention, a expliqué Joanne Sandler.

"Nous commençons à voir des décideurs s'engager", a-t-elle expliqué. "Tout le gouvernement sénégalais, dirigé par le président (Abdoulaye) Wade, s'est engagé en faveur de la campagne en mars". Nicole Kidman a exhorté l'ensemble des citoyens à ajouter leur nom et demandé que "l'arrêt des violences contre les femmes devienne l'une des premières priorités des gouvernements". Interprète aux Nations unies dans un film de Sydney Pollack en 2005, l'actrice a également encouragé le secteur privé à contribuer au Fonds d'affectation spéciale de l'ONU pour mettre fin à ces violences.

Soulignant que la question était "toujours enveloppée de honte et de silence", la star a estimé que si des Parlements procédaient à des signatures publiques en faveur de la campagne, elle serait prête, en dépit de ses sept mois de grossesse, à "monter dans un avion et aller dire merci" et à susciter "toute l'attention qu'elle peut". Nicole Kidman, qui s'est mariée en 2006 avec le chanteur de country Keith Urban, attend son premier bébé. La star a déjà deux enfants adoptés avec son premier époux, l'acteur Tom Cruise.

Nicole Kidman a-t-elle fait la "différence", comme elle le souhaitait? Depuis qu'elle est engagée, les ressources du Fonds d'affectation spéciale ont "plus que triplé", atteignant 15 millions de dollars (9,42 millions d'euros), selon Joanna Sandler: "Je ne pense pas que ce soit une coïncidence", a-t-elle estimé. Tout en jugeant ce montant encore bien trop faible. En janvier, la Fondation de l'ONU avait déclaré qu'elle ferait don d'un dollar au Fonds pour chacune des 100.000 premières signatures, l'objectif étant d'atteindre les dix millions. Et, mardi, la directrice de l'UNIFEM a fait état de progrès: 89 pays ont des lois sur la violence conjugale, plus de 100 ont fait du viol un crime, 90 ont pris des dispositions contre le harcèlement sexuel et 93 contre le trafic d'êtres humains. AP

lien pour aller signer http://www.saynotoviolence.org/

vendredi 9 mai 2008

AFEDE asbl : Lancement d'une campagne de sensibilisation contre les violences sexuelles à ARU

Fathya Waberi / MONUC 05 mai. 08 - 09h18
La section de l’Information publique/Aru, en partenariat avec le Bureau Genre, Famille et Enfant, le Forum des Mamans d’Aru et plusieurs ONG œuvrant sur la question des violences sexuelles, a initié, le 2 mai 2008, une campagne de sensibilisation dans le territoire.

Le programme a débuté dans le camp Odro, situé à 5 km d’Aru et quartier général de la 1ère Brigade de l’Ituri. Trois heures durant, quelque 150 éléments des FARDC - soldats, officiers et sous-officiers - ont suivi une séance de vulgarisation de la loi du 20 juillet 2006 relative aux violences sexuelles, ses innovations, la description des infractions et les peines encourues.

L’attention des militaires a été particulièrement attirée sur le fait que leur mission, très honorable de protection du territoire et des populations, a pour corollaire qu’ils soient souvent passibles de peines plus lourdes devant l'Auditorat militaire... par rapport à celles qui seraient infligées ailleurs aux civils pour les mêmes violations.

Après les interventions des sensibilisateurs, la question du relèvement de l’âge des victimes de violences sexuelles, passé de 14 ans à 18 ans dans la nouvelle loi, a longuement suscité le débat. Les militaires ont fait valoir que cette partie du texte entrait en conflit avec les coutumes de plusieurs groupes ethniques au Congo. Et spécialement en territoire d’Aru, où la plupart des communautés ne réprouvent pas ouvertement d’épouser ou d’avoir des relations avec une fille de 15, 16 ou 17 ans.

Sur ce volet, Maitre Jean-Louis Nzokana, membre de la Synergie contre les violences sexuelles-section d’Aru, s’est montré très clair en précisant que le consentement d’une mineure n’est jamais reconnu par le législateur, et que tout contrevenant s’inscrirait de facto dans une démarche hors-la-loi. Dans un second temps, il s’est aussi voulu rassurant, ajoutant que la loi émane de Congolais, et qu’elle est destinée à régir cette société. Il demeure donc parfois possible de se marier avec une mineure, si toutefois il existe un consentement parental, et si le tout est avalisé par le juge, en l’occurrence ici le Tribunal de paix.

Cette journée de sensibilisation à l’adresse des militaires sera suivie par deux autres dans la cité d’Aru. Lundi 5 mai, le groupe d'organisateurs ira à la rencontre des policiers dans leur quartier général, et mercredi 7 mai une conférence-débat réunira les leaders d’opinion et religieux, les chefs de quartiers, les responsables d’institutions scolaires et universitaires, sans oublier la société civile. Par la suite, le convoi contre les violences sexuelles prendra la route pour poursuivre la campagne dans les huit collectivités du territoire: Ondolea, Ariwara, Ingbokolo, Otsé, Yuku, Adranga, Biringi et Mado.

A. Doss à Mbandaka: Il n'y aura pas de développement sans Etat de droit et bonne gouvernance
Jean-Tobie Okala / MONUC 08 mai. 08 - 20h15

Le Représentant spécial du Secrétaire général des Nation Unies en RD Congo, Alan Doss, a effectué, le 8 mai 2008, sa première visite officielle à Mbandaka, Chef-lieu de la Province de l’Equateur, depuis sa prise de fonction en janvier 2008. Le but de cette visite était d’abord de prendre contact avec les autorités provinciales; mais aussi de s’imprégner des réalités et des conditions de travail du personnel onusien dans cette Province.

Au menu de cette visite, quatre grandes étapes: une rencontre avec le Gouverneur intérimaire de Province, une autre avec l’ensemble du personnel de l’équipe intégrée des Nations Unies à l’Equateur (MONUC et Agences du Système des Nations Unies), une allocution devant l’Assemblée provinciale, une visite à l’Hôpital Général de Référence de Wangata de Mbandaka où M. Doss a procédé au lancement officiel des activités de mobilisation sociale pour la campagne de vaccination contre la Poliomyélite et la supplémentation en Vitamine A. Il y remettra aussi un important lot de médicaments et de matériel.

Trois principaux messages ont été délivrés par le Représentant spécial à ses différents hôtes. D’abord, que la Province de «l’Equateur et l’Ouest de la RDC en général ne sont pas ignorés ou oubliés». Comme en témoigne sa visite de ce jour. Si, a-t-il affirmé, pour des raisons évidentes, la MONUC concentre à l’Est du pays l’essentiel de ses moyens, l’Est n’est pas la RDC; dès lors, l’Ouest et l’Equateur ne devraient pas y voir une forme d’abandon par la mission onusienne. Ensuite, Alan Doss a beaucoup insisté sur la bonne gouvernance et l’Etat de droit. Pour lui, «il n’y aura pas de développement économique et social au Congo sans Etat de droit et sans bonne gouvernance, conditions nécessaires à l’établissement de la confiance».

Le temps de la guerre armée est terminé, a lancé A. Doss, est venu maintenant celui de la guerre du développement. Se disant résolument optimiste sur l’avenir de l’Afrique et du Congo, le Représentant spécial a déclaré que pendant plus de quarante ans, l’Afrique a beaucoup souffert: maintenant, c’est le tour du Congo et de l’Afrique, lesquels regorgent de tant de potentialités. Mais pour réussir le pari du développement, il faut créer un climat de confiance pour attirer les investisseurs. Une confiance qui passe donc nécessairement selon lui, par l’instauration de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance. «Sans cela, aucun investisseur ne viendra à l’Equateur ou même au Congo», a-t-il conclu.

Troisième et dernier message délivré aux Equatoriens par le Représentant spécial: la lutte contre les violences sexuelles faites à la femme et à la jeune fille. Profitant de la remise d’un important lot de médicaments à l’Hôpital général de Référence de Wangata à Mbandaka, Alan Doss a fermement condamné toutes formes de violences sexuelles à l’égard des femmes. Il a demandé aux hommes et aux autorités de protéger les femmes, et a affirmé que «les Nations Unies sont derrière les femmes dans leur lutte contre ce fléau».

Citant quelques exemples de cet appui des Nations Unies, le RSSG a rappelé, entre autres, l’Initiative Conjointe de Lutte Contre les Violences sexuelles, réponse coordonnée de la communauté internationale face à cette barbarie des temps modernes, et sa présence en ce jour à l’Hôpital général de Wangata pour la remise de médicaments.

Les autorités provinciales se sont dites satisfaites de cette visite qui honore la Province, car ont-elles souligné, l’Equateur a été choisi pour la première sortie officielle du Représentant spécial dans l’Ouest du pays. Diverses doléances ont été adressées à Alan Doss, notamment la lancinante question des démobilisés dont la prise en charge tarde, avec tous les risques d’insécurité que cela génère et la manipulation dont ces (anciens) soldats peuvent être l’objet; la pauvreté endémique qui ronge les populations, alors que la Province regorge de tant de ressources (eau, foret, minerais…), avant de demander une assistance accrue des Nations Unies dans leurs efforts de reconstruction de cette Province qui a payé un lourd tribut à la guerre civile des années 90-2000.

Le Représentant spécial a aussi rencontré les responsables de l’équipe intégrée de l’ONU à l’Equateur, composée de la MONUC et des Agences du Système des Nations Unies (UNICEF, PAM, PNUD, OMS, UNFPA et FAO). M. Alan Doss a pu ainsi s’informer des conditions et de l’environnent dans lesquels ces Agences travaillent, des résultats obtenus mais aussi des leçons apprises et des défis à venir. Puis, il a échangé avec l’ensemble du personnel de cette même équipe intégrée qu’il a félicité pour les résultats obtenus à l’Equateur, dans des conditions de travail parfois difficiles. Il l’a exhorté à «continuer dans ce sens pour aider la RDC à retrouver sa place aussi bien en Afrique que dans le monde».

Le RSSG a clôturé cette rencontre par un appel à tout le personnel des Nations Unies, quel qu’il soit, à afficher un comportement exemplaire en tout lieu et tout le temps, dans la stricte application de la politique des Nations Unies de tolérance zéro en matière d’abus et d’exploitation sexuels

RDC : L’avocate Kazadi Ditabala et la juge Bokashanga Kwete expliquent comment le viol fait partie de stratégies militaires

jeudi 1er mai 2008 Botowamungu Kalome (AEM)

De gauche à droite : Honorine Christine Boshakanga Kwete, juge au tribunal de commerce et Bestine Kazadi Ditalaba, avocate et écrivaine(Photo : AEM)
Dans les plénières et les allées du « Congrès international de la femme noire », organisé la semaine dernière à Paris, deux femmes de conviction ont été brillantes et convaincantes dans le plaidoyer en faveur de la femme congolaise, victime des violences sexuelles dans les zones de guerre : Bestine Kazadi Ditabala et Honorine Christine Bokashanga Kwete, soutenues par Olive Lembe Kabila la femme du président congolais. Dès que la question est évoquée, les deux dames ne contiennent pas leurs passions. La première, avocate et écrivaine, est un esprit vif, une intelligence alerte, dotée d’un phrasé qui crépite… le genre d’avocat qui, quelque soit la solidité de son dossier, mieux vaut l’avoir comme son conseil plutôt que de le voir dans le camp d’en face. Charmante et coquette, Maître Bestine Kazadi Ditabala ne laisse nul temps à ses interlocuteurs de s’appesantir sur son irrésistible beauté : elle a l’incroyable talent de fixer toutes les attentions sur les sujets qu’elle développe avec passion et humour selon que le sujet est grave ou léger. Quant à Honorine Christine Bokashanga Kwete, juge au tribunal de commerce de Kinshasa/Matete, allure élégante et indolente, son accent chantant des Anamongo apaise sans atténuer la force de son propos. Dans un entretien croisé avec Afriqu’Echos Magazine (AEM), les deux dames évoquent la femme congolaise, les droits de l’homme et l’avenir de la RD Congo.

AFRIQU’ECHOS MAGAZINE(AEM) : Voudriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Maître BESTINE KAZADI DITABALA (BKD) : Je m’appelle Bestine Kazadi Ditabala, je suis avocate au barreau de Kinshasa et écrivaine.
HONORINE CHRISTINE BOKASHANGA KWETE (HCBK ) : Je suis juge au tribunal de commerce de la commune de Matete à Kinshasa.
AEM : Maître, j’ai suivi votre intervention et j’ai le sentiment que, pour vous et pour d’autres oratrices qui vous ont précédée, le combat des femmes ne concernerait que les femmes et qu’il n’y aurait pas d’homme féministe…
BKD : Non pas du tout, nous sommes venues participer à un congrès qui concernait la consolidation du leadership féminin de la femme noire d’Afrique et d’Amérique, c’était vraiment un moment privilégié puisque c’était la rencontre entre l’Afrique et l’Amérique noire des femmes mais à côté des hommes. Notre souci était de montrer l’importance d’un réseautage, la pertinence également dans les échanges des expertises et des expériences dans nos pays respectifs. Nous voulions également identifier les femmes qui sont des leaders dans leurs pays dans leurs domaines respectifs. Les hommes étaient les bienvenus, d’ailleurs ils étaient à côté de nous et nous ont couvertes de leurs encouragements et félicitations.
AEM : Vous avez évoqué le leadership féminin en RDC où l’on parle beaucoup de cinq chantiers du président Joseph Kabila, le sixième chantier « oublié » ne serait-il pas celui des droits humains pour ce pays qui sort d’une longue et pénible guerre précédée par une dictature inouïe ? À ce propos, Madame la juge, y aurait-il un apport féminin spécifique dans l’action de la magistrature en RD Congo ?
HCBK : Dans les cinq chantiers il y a le social, et dans le social la femme, l’enfant et leurs droits sont concernés. Quant à la magistrature, il faudra noter la quête de la justice qui est permanente chez la femme, une quête très prononcée dans le contexte particulier d’aujourd’hui dans notre pays. Et je parle ici de la justice dans son acception la plus large dont on a besoin jusque dans des choses d’apparence banale dans la vie de tous les jours jusqu’au sein de la cellule familiale.
BKD : En ce qui concerne les droits de l’homme, nous sommes venues là également pour prêter notre voix à Madame Olive Lembe Kabila qui est très sensible aux questions de la violence faite aux femmes et aux violations des droits de l’homme, c’est ainsi que dans mon intervention j’ai demandé à l’assistance de rendre hommage à toutes ces femmes et jeunes filles connues ou anonymes qui ont donné de leurs vies et qui donnent toujours de leurs vies pour la consolidation de la paix. Vous savez en RDC, les femmes sont les principales victimes de toutes les violences, particulièrement les violences sexuelles. Comme je l’ai dit et répété, et comme je le répéterai jusqu’à la fin de ce massacre, c’est quelque chose d’indescriptible utilisé comme une arme de guerre contre la femme au quotidien. En venant à ce congrès, c’est ce message de paix au monde entier que la première dame de la RDC nous a recommandé de faire passer, car ces violences empêchent les hommes, les femmes, la nation de se construire. Et comme vous le savez, sans la paix il ne peut y avoir sécurité, et sans sécurité il ne peut y avoir développement. Dans un cadre de guerre, on ne peut sécuriser l’investissement et cela empêche la productivité de rehausser le niveau de vie.

AEM : Vous qualifiez les violences sexuelles d’arme de guerre, pensez-vous que c’est une stratégie militaire pensée, délibérée ou simplement une folie criminelle qui s’est emparée des hommes, la guerre faisant et à force de côtoyer et de vivre intimement, matin et soir, avec la mort et la violence ?
BKD : Je pense que c’est conscient et planifié. Vous savez, je travaille beaucoup avec des femmes de l’Est à travers des ONG et associations, je prête souvent mon expertise pour réfléchir sur les dispositions légales à prendre pour empêcher l’impunité. Les récits de personnes que je rencontre, les rapports que je lis, attestent que ces hommes sont conscients et le font exprès pour enlever la part d’humanité à la femme, pour la rendre petite, pour affaiblir également les hommes. Vous savez quand on touche à une femme, on touche en même temps à la mère, à la sœur, à l’épouse… du coup l’homme est fragile, fragilisé. Ce n’est pas une folie meurtrière qui s’est emparée des gens, c’est un plan étudié contre la femme, contre le Congo. Au congrès j’ai insisté encore sur le fait que le monde entier reste muet face à ces violences qui sont intraduisibles par des mots… C’est comme si on violait, on endeuillait le visage de l’humanité.
HCBK : Je suis complètement d’accord avec Maître Kazadi et je souligne que ces violences sont un crime contre l’humanité. Les violences sexuelles sont une arme de guerre car, lorsqu’une femme est violée, elle est démoralisée et son mari qui est au front l’est tout autant et perd du coup la rage de se battre, de défendre son pays. Rendez-vous compte que certains violeurs vont plus loin en utilisant des objets métalliques, contondants sur les parties intimes de la femme. A ce congrès, nous sommes venues également dire aux femmes du monde entier que, chaque fois qu’on viole une femme au Congo, ce sont toutes les femmes dans le monde entier qui doivent se sentir violées.
Concernant l’arsenal juridique congolais, il me paraît adéquat mais notre préoccupation c’est l’application effective des jugements et arrêts que nous rendons.
BKD : La question de l’impunité soulevée par Madame la juge est essentielle, il faudra que bourreaux et victimes sachent que ces crimes odieux ne resteront pas impunis. La réforme, récemment, du code pénal nous a beaucoup aidé avec la qualification du viol qui nous permet, nous praticiens du droit, de pouvoir l’utiliser comme outil pour poursuivre et pour dire aux femmes victimes de violences sexuelles qu’il y a une sanction a la clé contre les auteurs de ces drames.
Quant aux violences utilisées à des fins militaires, il faudra que la communauté internationale prenne conscience de ce génocide face auquel elle ne doit plus détourner son regard. Nous ferons tout pour cela et nous sommes heureuses de pouvoir compter sur un soutien sans relâche de Madame Olive Lembe Kabila qui y consacre des moyens conséquents.
AEM : Sur la sécurité dans tout le pays, les perspectives sont-elles rassurantes ?
BKD : Les décideurs y travaillent, vous savez le retour de la paix ce n’est pas du jour au lendemain. Il faut mettre des moyens forts pour arriver à atteindre la paix et je pense que la paix ne pourra sortir que d’une démarche collective des Congolais réunis autour d’une table car sans la paix, il sera impossible d’atteindre le développement.
HCBK : Il y a lieu d’être optimiste, moi qui suis juge au tribunal de commerce, je constate notamment qu’il existe des dispositions légales qui sécurisent les investissements nationaux et étrangers. Il faut croire au Congo.| Interview réalisée à Paris par Botowamungu Kalome (AEM)

Etats-Unis: Nous sommes préoccupés par les abus de libertés individuelles

Nina Yacoubian / MONUC 30 avr. 08 - 18h08
L’Ambassade des Etats-Unis en RDC a organisé, le 29 avril 2008 dans la Maison des droits de l’Homme du Centre Carter à Kinshasa, un forum d’échange avec des représentants d’organisations de la société civile de défense des droits de l’Homme en RDC. Lors de cet échange, l’Attaché politique de l’Ambassade américaine en RDC, Steven Kenoyer, a expliqué le rôle des Etats-Unis en matière de droits de l’Homme en RDC.

«Nous contribuons au financement des ONG nationales. Nous pensons que la société civile a un rôle très important dans le renforcement de la démocratie et le développement de la culture congolaise», a affirmé M. Kenoyer.

L’Attaché politique américain a réitéré l’engagement des Etats-Unis dans le domaine de droit de l’Homme. «Les droits de l’Homme font partie de notre culture et nous sommes votre partenaire dans ce domaine», a-t-il dit.

M. Kenoyer a exprimé la préoccupation des Etats-Unis sur divers sujets touchant aux droits de l’Homme, notamment les crimes de guerre, les violences sexuelles faites aux femmes et le recrutement des enfants par les groupes et forces armés. A cet effet, il a rappelé que le Département d’Etat américain publie chaque année sur son Site Internet un rapport sur les droits de l’Homme en RDC, et que le plus récent date du mois dernier: http://www.state.gov/g/drl/rls/hrrpt/2007/100475.htm

M. Kenoyer a également rappelé l’appui des Etats-Unis lors de la Conférence de paix à Goma en janvier dernier. «Nous sommes ici pour aider la RDC. Nous avons des programmes de bonne gouvernance, de lutte contre la corruption, de santé publique, de formation des militaires et surtout des programmes pour la formation des procureurs et de magistrats militaires congolais en vue d’enquêter sur les crimes de violence sexuelle», a-t-il dit.

Le diplomate américain s’est également dit préoccupé par les abus de libertés individuelles. «Nous sommes en train de dialoguer avec le gouvernement congolais pour les encourager à voter une nouvelle loi sur la liberté individuelle conformément à la Constitution. Pour le moment, il y a un vide entre ce que la Constitution dit et la loi congolaise en vigueur», a-t-il dit. «Nous sommes en faveur des réformes, mais, parce que la RDC est un pays souverain et indépendant, nous ne pouvons que faire des recommandations et il revient aux Congolais de mettre en place ces réformes».

Interrogé pourquoi les Etats-Unis n’ont pas ratifié le Statut de Rome qui a institué la Cour pénale internationale, M. Kenoyer a expliqué qu’il n’y a aucune garantie ni aucun mécanisme pour éviter d’éventuelles poursuites contre les soldats américains qui sont engagés dans certains actions militaires à travers le monde.

Lorsque interrogé sur le rôle des Etats-Unis dans la mort de l’ancien premier ministre Patrice Lumumba en 1961, l’Attaché politique américain a expliqué que c’était pendant la guerre froide où les mentalités et le contexte politique étaient différents. «Malheureusement, il y a eu des fautes et des erreurs et nous devions sortir de ce contexte de guerre froide et nous en sommes sortis», a-t-il dit.

A ce sujet, il a invité les Congolais à se concentrer sur le présent qui est caractérisée par l’engagement des Etats-Unis en faveur des droits de l’Homme et de l’appuie à la démocratie notamment en RDC.

Finalement, sur les allégations concernant la responsabilité des Etats-Unis dans l’émergence du terrorisme avec sa politique d’«écrasement» des pays faibles. M. Kenoyer a répondu que son pays n’est pas responsable du terrorisme dans le monde. «Il faut plutôt voir la situation en rapport avec la pauvreté et la manipulation de la religion ainsi que les systèmes politiques qui ne sont pas toujours des systèmes libéraux», a-t-il dit.

L’Ambassade des Etats-Unis alloue chaque année la somme de 100.000 dollars pour promouvoir les actions des ONG congolaises de défense des droits de l’Homme et le développement de la démocratie.

Cette conférence diplomatique intervient dans le cadre des activités périodiques que la Maison de droit de l’Homme organise dans le but de mettre en rapport la société civile congolaise avec les représentations diplomatiques et les ambassades présentes à Kinshasa.

La Maison des droits de l’Homme du Centre Carter, inaugurée à Kinshasa le 11 mars 2008, a été financée par le gouvernement du Pays-Bas en collaboration avec le Centre Carter. Elle a pour objectif de servir comme centre d’information et de ressources pour l’ensemble du public ainsi que pour renforcer les capacités organisationnelles, institutionnelles et opérationnelles des ONG des droits de l’Homme et de la société civile.

lundi 28 avril 2008

L’alphabétisation contre les violences sexuelles

24-04-2008
par Taylor Toeka Kakala RD Congo

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Par l’initiation à la lecture et à l’écriture, des femmes du Nord-Kivu victimes de violences sexuelles sont devenues des actrices de la lutte contre l’impunité. Des efforts qui commencent à marquer des points.
"Au lieu de fondre en larmes, nous avons éclaté de rire. Pourtant, le sketch traduisait les différentes souffrances que connaissent nos grands-mères, nos mères, nos sœurs et nos filles par ce que nous avons appelé, depuis tout ce temps, la cruauté humaine", raconte Julien Paluku, le gouverneur de la province du Nord-Kivu, après avoir assisté début avril à un sketch du Collectif Alpha Ujuvi. Ce groupe de femmes victimes de violences sexuelles s’exprime par la chanson, l’image, la danse folklorique, les poèmes et le sketch humoristique afin de pousser les décideurs politiques et militaires du Nord-Kivu à leur rendre justice.
À l’initiative de religieuses catholiques, le Collectif Alpha Ujuvi rassemble une trentaine de femmes par formation, où elles apprennent à dénoncer tout auteur de ce crime odieux, en s’appuyant sur la lecture et l’écriture. Avec l’appui du Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa), ces femmes ont placé des panneaux géants dans la ville, portant des images liées à la loi de 2006, qui renforce les peines pour les auteurs de violences sexuelles. Leurs messages indiquent : "Pas d’arrangements à l’amiable" (Ndlr : entre auteurs et familles des victimes, au détriment de l’honneur de celles-ci), "Viol égal 20 ans de prison", etc. Pour ces femmes longtemps analphabètes, s’exprimer et plus encore dénoncer les viols, sujet traditionnellement tabou, est déjà une victoire. En outre, certains dossiers pénaux sont désormais ouverts devant les instances judiciaires par le truchement de la Commission provinciale de lutte contre les violences sexuelles.

Conscientiser en alphabétisant
Pour la coordinatrice du Collectif, la sœur Deodata Bunzigiye, l’alphabétisation peut aboutir à ces résultats si elle va au-delà de la lecture et l’écriture. "Nous avons compris que l’alphabétisation concerne aussi la lutte contre les violences sexuelles", a-t-elle indiqué. Avant d’ajouter que 70% des femmes violées au Nord-Kivu sont analphabètes. "Il faut combattre les violences sexuelles par les vertus morales", a-t-elle renchéri. Le Collectif applique depuis mai 2007 l’approche dite conscientisante. Cette méthode, inventée dans les années 1960 par le Brésilien Paulo Freire, consiste à choisir, pour l’apprentissage technique de la lecture et de l’écriture, des mots qui ont aussi un contenu idéologique permettant le débat.
Dans Alpha Ujuvi, chaque fazila (module) est connoté d’une valeur morale. Ainsi, fazila tuungane prône l’unité, fazila tumaini, l’espérance et fazila amani, la paix. Les victimes de violences sexuelles ont ainsi appris que l’unité, qui donne de l’espérance, leur donne aussi une force pour arriver à la paix. Des notions élémentaires sur la connaissance des violences sexuelles sont également développées pendant la formation.
C’est ce qui leur a permis de témoigner devant les médias et surtout, de dénoncer le fléau à visage découvert, dans des manifestations publiques. "Dois-je avoir honte de m’exprimer alors que je suis blessée dans mon amour propre ?", s’est demandée une victime. "C’est parce que nous ne pouvions pas nous exprimer que ce fléau nous a tant ravagées", a ajouté une autre.

Répudiées…
Le prix de la prise de parole est parfois élevé. Comme si elles étaient responsables du malheur qui s’est abattu sur elles, deux femmes sur trois, selon les experts, sont d’office répudiées par leurs maris après le viol. Et cela, en dépit de tentatives de conciliation menées par les associations de prise en charge psychosociale.
C’est le cas de la plupart des femmes réunies au sein du Collectif Alpha Ujuvi, qui se soucie dès lors de leur survie en les initiant à l’apprentissage d’un métier. C’est ainsi que les habitants de Goma et des environs trouvent désormais des uniformes pour élèves, du matériel scolaire, des objets d’arts… en vente sur les étalages du Collectif. Les produits fabriqués par ces femmes sont vendus moins cher que ceux trouvés sur le marché. L’activité leur a permis de payer le loyer et les frais scolaires pour celles qui ont été chassées avec leurs enfants.
L’idée de mettre sur pied le Collectif Alpha Ujuvi pour la formation des analphabètes a surgi à l’occasion de la treizième édition de la Journée internationale de l’alphabétisation, en septembre 2003. Avant de s’intéresser aux violences sexuelles, le Collectif, avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), a, pendant le processus électoral, alphabétisé plus de 26 000 personnes dans tout le Nord-Kivu pour qu’elles émettent un "vote responsable".
Aujourd’hui, il est appuyé par le Fnuap (Fonds des Nations unies pour la population) qui, dans son Rapport 2007, indique que 40% des cas de violences sexuelles en RD Congo ont été commis au Nord-Kivu.

Mbandaka - Les détenus sortent de la prison pour aller voler à la cité

Le Potentiel (Kinshasa) Publié sur le web le 25 Avril 2008 Véron-Clément Kongo
Kinshasa
La population de cette ville se plaint d'une recrudescence de l'insécurité, principalement des cas de vol. Mais les voleurs ne sont pas ceux que l'on pourrait croire.
Dans la nuit de dimanche à lundi, un détenu a été pris la main dans le sac. Les prisonniers justifient ces actes par leurs mauvaises conditions de détention. Quant à la police, elle dénonce l'état de délabrement avancé de la prison, rapporte radiookapi.net. Selon les sources policières, ces vols sont pour la plupart attribués aux détenus de la prison centrale. Ces prisonniers sortent la nuit pour se livrer à des cas de vol à travers la ville. Dernier cas en date, celui où des détenus ont été pris en flagrant délit dans la nuit de dimanche à lundi dernier au quartier Ikongo-Wassa. Les objets volés ont été récupérés, mais le malfaiteur s'est évadé dans la nature. Selon un détenu, ce sont les mauvaises conditions carcérales qui les poussent à de tels comportements. « Ici en prison, nous manquons et l'eau, et la nourriture.

On n'a même pas d'endroit pour se soulager. Donc, sachez que des détenus s'évadent de la prison à cause du manque de nourriture ». Le directeur adjoint de la prison, Thomas Boka, rejette la responsabilité sur la police chargée, selon lui, d'assurer la sécurité dans cette maison de détention. Quant à la police, elle justifie l'évasion de ces prisonniers par l'état de délabrement très avancé de la prison. Selon le sous- lieutenant Norbert Inga Nzula, c'est ce qui facilite l'évasion des détenus.
« Le service de garde joue bien son rôle en dépit des difficultés liées au sous effectif mais aussi au mauvais état des murs qui aide les détenus à s'évader en escaladant les murs ». En attendant la résolution de cette situation, les Mbandakais continuent de vivre dans la crainte.
Nouvelles violences dans l’est du Congo; des milliers de déplacés
Posté le 27 avril 2008 (A.P. 26/04/2008) http://kakaluigi.unblog.fr
Des affrontements ont opposé vendredi des troupes congolaises à des milices hutu rwandaises, jusqu'ici alliées, dans l'est du Congo-Kinshasa, où plus de 11.000 personnes ont été déplacées en raison des violences au cours de la semaine passée, selon les Nations unies.
Les milices hutu rwandaises sont officieusement alliées à l'armée congolaise depuis plusieurs années, et les affrontements de vendredi semblent marquer un changement majeur de politique de la part du gouvernement congolais.
Les violences ont opposé les troupes congolaises aux milices hutu ainsi qu'aux alliées de celles-ci, les milices congolaises Mai Mai dans les villages de Kinyandoni et Ngwenda, à environ 80km au nord-est de la capitale régionale Goma, Selon Caroline Draveny, porte-parole de l'Office de coordination des affaires humanitaires de l'ONU. Des combats ont également été signalés quelques kilomètres plus à l'ouest, entre des partisans du chef rebelle Laurent Nkunda d'un côté, et les milices rwandaise et Mai Mai de l'autre.
Plus de 10.000 personnes ont été déplacées depuis le début de la semaine dans le Nord-Kivu, théâtre d'affrontements entre rebelles, milices et armée régulière, en violation de l'acte d'engagement de paix signe en janvier dernier.
Les combats se déroulent depuis le début de la semaine dans deux zones de quatre villages.
“Des affrontements ont encore été signales ce jour”, a déclaré vendredi Caroline Draveny. “Hier avant-midi, 300 nouveaux déplacés étaient enregistres, s'ajoutant aux 1.400 autres qui étaient arrives au village de Busanza (80kms au nord-est de Goma) en provenance des villages de Kinyandoni et Ngwenda”, a précisé à l'Associated Press, la porte-parole du Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) à Goma, Yonekawa Masako.
Un autre groupe de déplacés a fui le village de Irangi, à 100kms au nord-ouest de Goma, où les mêmes groupes s'affrontent, signalent encore les responsables humanitaires. “Ils sont 2.200 ménages (11.000 personnes) qui se sont diriges vers le village de Bulindi”, a indiqué Caroline Draveny.
AP - Vendredi 25 avril

L'abbé Malu Malu réclame la fin des violences sexuelles

Le président de la conférence de paix dans les Kivu (est de la République démocratique du Congo), l'abbé Apollinaire Malu Malu, a lancé jeudi un appel à tous les hommes de la région pour que cessent les violences sexuelles à l'égard des femmes, alors que le viol est devenu dans l'est congolais une "arme de guerre".

"Nous devons combattre ce fléau avec la dernière énergie", a-t-il dit lors d'une réunion publique dans la localité de Masisi, au nord-ouest de Goma, le chef-lieu de la province du Nord-Kivu, a constaté l'agence BELGA.

"Abandonnons la mauvaise habitude de violer les femmes", a lancé l'abbé, qui dirige le programme Amani ("paix" en swahili) dans les Kivu, lancé jeudi sur le terrain, dans la foulée de la conférence de paix de Goma, en janvier dernier.

"Vous n'avez pas honte, vous les hommes, de vivre comme des animaux, de cette sauvagerie, de cette barbarie", a-t-il dit, en présence des ministres belges des Affaires étrangères et de la Coopération au développement, Karel De Gucht et Charles Michel, en visite en RDC pour une semaine.

"Nous sommes venus ici pour vous dissuader de continuer ces atrocités", infligées "à des femmes, à des mamans, à des soeurs", a-t-il ajouté, s'exprimant alternativement en français et en swahili et suscitant des réactions enthousiastes des femmes présentes.
"C'est une honte pour tout le monde, pour l'humanité tout entière", a encore dit l'abbé Malu Malu, qui est également le président de la Commission électorale indépendante (CEI) congolaise.

Il a réclamé la "tolérance zéro" envers ses violences sexuelles, commises sur une large échelle. Il a ainsi appelé les responsables des Forces armées de la RDC (FARDC) et de la police nationale congolaise (PNC) à combattre ce fléau.

Les forces de sécurité congolaises, mal payées et peu disciplinées, sont en effet souvent responsables d'exactions contre les populations, y compris des viols.
24/04/08 22h39

RDC: De Gucht et Michel auprès des victimes de violences sexuelles
26/04/2008 18:14

Les ministres belges des Affaires étrangères et de la Coopération au développement, Karel De Gucht et Charles Michel, sont allés samedi à la rencontre de femmes victimes de violences sexuelles dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), où la coopération belge tente d'apporter une aide aux femmes ainsi souillées.
Les deux ministres se sont rendus, en compagnie de Mme De Gucht, à l'hôpital de Panzi à Bukavu, le chef-lieu de la province du Sud-Kivu, où un chirurgien belge, le Dr Frank Hoffman, est venu renforcer l'équipe de médecins locaux. Cet hôpital accueille des jeunes filles et des femmes victimes de violences sexuelles, qui sont devenues une véritable arme de guerre dans les provinces encore troublées de la RDC, principalement dans l'est. Dans la seule province du Sud-Kivu, près de 17.000 cas ont été recensés en 2007, a expliqué le directeur de l'hôpital, le Dr Mukwege, aux deux ministres belges. (GFR)

Lutte contre la violence faites aux femmes
Actualités - Société

Tunisie - Le Comité des femmes de l'Union africaine (CFUA) s'est engagé vendredi soir à Tunis, la capitale de la Tunisie, à faire de la lutte contre les violences faites aux femmes le pilier de son plan d'actions pour la période 2008-2009 adopté à l'issue d'une réunion de deux jours.

Au cours de sa rencontre, le CFUA a déploré les conflits en Afrique et décidé d'envoyer des missions au Darfour, en République démocratique du Congo (RDC) et en Somalie.

"Dans plusieurs pays du continent, il y a des massacres, des viols et un embrigadement de petites filles comme soldats, l'esclavage sexuel et autres sévices", a déclaré la présidente de l'association algérienne SOS femmes en détresse et membre du CFUA, Mme Meriem Lalali.

"Je crois qu'on doit absolument axer notre travail sur le problème des violences sexuelles à l'égard des femmes et des enfants car, que ce soit au moment des conflits ou en période de post-conflits, il y a une recrudescence des violences sexuelles à l'égard des femmes", a-t-elle ajouté.

Evoquant la situation dans son pays, Mme Lalalo a déclaré que "c'est devenu presque normal qu'après les périodes de terrorisme et post-conflits qu'il y ait des situations aggravantes par rapport aux violences faites aux femmes et aux enfants".

La réunion du CFUA a aussi porté sur les problèmes rencontrés par les femmes africaines immigrés et les difficultés qu'elles rencontrent, notamment en Europe.

"Même au niveau de notre continent, les femmes africaines migrantes rencontrent beaucoup de problèmes, par exemple en Afrique du Nord, notamment en Algérie et au Maroc», souligne le CFUA.

Le CFUA a indiqué qu'il présentera au président de l'UA des recommandations «très concrètes» de ses missions en RDC, au Darfour et en Somalie et qu'il va interpeller les chefs d'Etat des pays membres de l'organisation sur les différentes atteintes aux droits de la femme et de l'enfant.

Tunis - 26/04/2008

Panapress

Mbuji-Mayi : le travail des enfants fait vivre les familles

24-04-2008
par Mohamed Ey'ekula RD Congo

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) A Mbuji-Mayi, la vie est faite de contraste. Le chômage frappe les familles faute de débouchés autres que l’exploitation de diamant. Du coup, pour palier à l’incapacité des parents à assumer leurs charges, des enfants suppléent en travaillant.
Cases et maisonnettes en terre jaune, ruelles trop étroites qui s’entrecoupent, sol boueux, eaux stagnantes…Tsasasa, l'un des 149 quartiers de Mbuji-Mayi, chef-lieu de la province du Kasaï-Oriental, donne, ce vendredi matin de fin mars, l’air d’un village planté au milieu d’une ville. "Ici, la vie a un visage hideux", clame Roger Ngoy. D’après ce jeune résident au chômage, la plupart des habitants de ce quartier survivent. "Dans bien des foyers, ce sont des petits garçons comme filles qui soutiennent leur famille". A Mbuji-Mayi, hormis les creuseurs, une poignée de gens qui font la pluie et le beau temps, bien des hommes ne travaillent pas. Car, en dehors du secteur de diamant, la ville ne dispose pas d'industrie.
Sous un grand arbre, non loin de Dibindi, une de cinq communes de la ville, de petits garçons, besaces en main, torses et pieds nus, devisent. "Ceux-là mendient pour nourrir leur famille", informe Roger. Deux ruelles plus loin, assises sur deux bancs en bois devant une maison en dur, rare dans le quartier, six jeunes filles de 13 et 17 ans se partagent un plat de Ndakala (fretins très prisés ici). "Celles-là se prostituent la nuit", ajoute-t-il. Mais la panoplie d’activités que mènent les enfants à Tsasasa comme dans d’autres quartiers de la ville, est loin de se limiter là. Ils sont creuseurs, portefaix et même, bons à tout faire.
Mendicité, prostitution et travail des enfants, la "capitale congolaise du diamant" cultive le contraste. Créée dans les années 60, cette ville aujourd’hui peuplée de 3 millions d’âmes, n’était au départ qu’une cité minière. Toute son activité a ainsi été centrée sur l’exploitation du diamant. La Miba (5000 travailleurs) est longtemps restée la principale pourvoyeuse d’emplois. Mais depuis 2001, elle connaît des difficultés. "Quand la Miba tournait à plein régime, les salaires étaient régulièrement versés et ça se répercutait sur la vie des gens ici, renseigne Jean Muamba, un vendeur de diamant. Mais, depuis que sa production est en chute libre, tout va mal".

Des gamins au charbon
La crise de la Miba n'est pas sans conséquences. Appauvries, bien des familles vivent désormais du travail des enfants. "Dans la journée, je ne fais rien. Je dors chez moi. Mais chaque soir, je me prostitue à Tshibuyi dans un hôtel où vivent des creuseurs de diamant, témoigne M.M., 15 ans. "Si je fais ça, c’est parce que ma mère est malade, mon père ne travaille pas". Elles sont des centaines de filles, très souvent mineures à se prostituer dans les bars, hôtels et campements miniers.
Pour ceux qui opèrent dans d’autres secteurs, c’est le même refrain. "Je mendie parce qu’on est pauvre. On reste parfois un jour sans manger," soutient Charles M, 13 ans. "Mais quand je sillonne la ville, je rentre souvent avec 2000 Fc (environ 4$) qui permettent à la famille de manger", explique-t-il. Paul K, 14 ans, est carrément le chef de sa famille. Cet orphelin qui gagne entre 50 et 100 $ par semaine entretient sa mère et ses quatre sœurs.
Si des enfants assument ainsi des responsabilités qui dépassent leur âge, c’est parce que les parents sont sans emploi. Et, même lorsqu’ils travaillent, les salaires sont insignifiants. "Pour tout salaire, je gagne 20$ par mois. Avec cet argent, il m’est difficile de payer le loyer, de scolariser mes enfants et, surtout de les nourrir’’, explique François Mbuyi, vigile dans un hôtel.

Timide prise de conscience
Dans les mines de diamant, les enfants paient les prix. "Les filles, mineures de surcroît, sont la proie désignée des pédophiles dans les campements miniers tandis que les garçons eux, ne sont pas toujours payés par rapport à leur rendement. Mais, seulement, personne n’ose lever le petit doigt", accuse le responsable d’une ONG locale. Selon Save The Children, une Ong de protection des enfants qui, début février a tiré la sonnette d’alarme, au moins 11 000 enfants sont dans cette situation à Mbuji-Mayi.
Interpellées, les autorités s’activent. Maire de la ville, Marie-Thérèse Tshisako Mutole Kazadi annonce des mesures pour mettre un terme à l’exploitation des enfants en ville comme dans les mines. "Sur instruction du gouverneur, des équipes travaillent sur le phénomène pour nous éclairer sur la conduite à prendre, soutient-elle. Mais déjà la police a reçu des instructions fermes pour traquer et arrêter des personnes qui abusent sexuellement des filles mineures et exploitent les enfants". Les autorités ont parallèlement initié un programme de conscientisation en partenariat avec les propriétaires des mines, les Eglises et les ONG pour sortir les enfants de ce cercle vicieux

jeudi 17 avril 2008

AFEDE asbl a célébré la Journée Internationale de la femme ce 08 mars 2008

CELEBRATION DE LA JOURNEE INTERNATIONALE DE LA FEMME
08 MARS 2008 AUX ECURIES DE LA MAISON HAUTE A WATERMAEL-BOITSFORT, BRUXELLES

A l’initiative de l’AFEDE asbl, cette journée a été marquée par l’engagement des artistes comme Johan Baggio qui a dédié pour la circonstance, une superbe toile aux actions menées par cette association pour les survivantes des violences sexuelles en République Démocratique du Congo.




Dévoilée au moment où Jean Bofane – le modérateur de la journée, rappelait que la mobilisation de tous est nécessaire afin de proposer des pistes pour mettre fin au cycle des violences sexuelles en République Démocratique du Congo - RDC. Il a insisté sur la gravité du phénomène ainsi que la douleur engendrée sur les populations locales.

Joëlle Sambi est revenue sur la motivation qui l’a conduite à écrire son livre ‘Le Monde est gueule de chèvre’ ; suivie par Emilie-Flore Faignond dont la lecture du poème ‘Les femmes pleurent’ a rappelé combien il est important que les femmes congolaises d’ici et d’ailleurs, marchent ensemble pour que stoppent les violences sexuelles dont sont victimes leurs sœurs en RDC.

La justesse ainsi que la pertinence de ses propos ont maintenu le public dans un silence empli d’émotion.

Charles Michel - le ministre belge de la coopération au développement, a rappelé que les femmes sont un enjeu important si on veut concrétiser des projets envers les populations : elles sont le ciment des familles et des communautés. La mise à l’évidence de l’égalité entre les hommes et les femmes ainsi que la promotion de l’autonomie de celles-ci imprègnent la politique belge de coopération au développement à telle enseigne qu’il se fait l’avocat du Congo auprès des instances internationales afin de mobiliser plus de moyens pour soutenir les associations, les ONG ainsi que les agences des Nations Unies qui oeuvrent sur le terrain. Il en appelle à plus de concrétisation avec des actes et non une profusion de discours et de déclarations d’intention. S’inscrire dans une logique de paix, de sécurité et de stabilité à travers un dialogue politique parce que la violence engendre l’échec. La mobilisation doit être générale afin ‘que les femmes ne pleurent plus mais qu’elles nous illuminent de leur rire, de leur paix, de leur douceur’, a – t’il conclut.


Eric Remacle – professeur de sciences politiques à l’ULB qui dirige le pôle Bernheim, a mis l’accent sur l’intervention européenne en RDC qu’il qualifie de laboratoire des actions militaires et de police européennes ; notamment en 2003 avec l’opération Artémis à Bunia puis la mission de police Eupol à Kinshasa en 2005 – 2006. Il a tenu à souligner que les universitaires réunis autour du livre ‘l’Afrique des Grands Lacs, des conflits à la paix’ se sont rendus compte qu’il était utile de se mettre en commun pour comprendre les mécanismes de la guerre et de maintien de la paix. Ayant une liberté d’appréciation que les acteurs impliqués dans ces processus ne sauront pas utiliser, il a répondu aux nombreuses questions du public très au fait de la situation qui prévaut sur le sol congolais.

Joseph Mbungu – journaliste et témoin privilégié de l’émergence des premières femmes congolaises sur la scène publique, a rappelé que les femmes rencontraient déjà dans les années 50 des difficultés à participer à la vie de la cité et leur mérite ne leur ouvrait pas non plus les portes de la reconnaissance ! Le regard de la société sur leur condition leur imposait un rôle secondaire : elles dépendaient de leurs maris ; pour celles qui embrassaient une carrière politique, bien souvent celle-ci était tributaire des nominations. Le manque de moyens financiers réduisant leur champ d’action. Par contre, dès qu’elles ont pu participer au processus de décision politique par exemple, elles savaient peser de tout leur poids afin d’empêcher le vote de loi ou d’articles mettant à mal l’égalité des genres.

Yvette Tabu et Isabelle Kidisho – rejointes par Cécile Charot de la cellule stratégique du ministre Charles Michel, ont répondu avec brio aux attentes du public en matière d’implication de la diaspora congolaise dans les programmes d’accompagnement des survivantes de violences sexuelles en RDC.

Dread Litoko a ému l’assemblée avec la lecture du ‘Pistolet bleu’, poignant plongeon dans la réalité quotidienne d’un enfant soldat.

La journée s’est achevée aux alentours de 18 heures sur les airs musicaux de Dju Bébé qui a célébré les victimes congolaises présentes dans la salle ce 08 mars 2008.

Pour AFEDE asbl, l’intervention du ministre de la coopération au développement se situe dans la droite lignée de celle de ces prédécesseurs ayant participé à la célébration de la Journée Internationale de la Femme organisée par l’association.

En effet, déjà en 2006, Monsieur Aldo Ajello, alors Représentant Spécial de l’Union Européenne pour la région des Grands Lacs rappelait que le processus de paix engagé en RDC était le résultat d’une pression internationale. Il soulignait alors que les efforts seraient vains si la RDC ne se dotait pas d’une armée et d’une Police formées et nationales d’une part, et d’autre part si le pays ne réforme pas son appareil judiciaire. Notamment en fustigeant les conséquences de l’insécurité et la présence des forces négatives sur la vie des femmes et des enfants en RDC.
Dans la même lignée, Madame Nathalie Gilson - Députée Bruxelloise, stigmatisait les sévices sexuels utilisés comme une « arme de guerre et de destruction ». Pour cette violence, avait-elle enchaîné, les coupables utilisent trois armes : le fusil, la corruption et le viol ; et plaidait pour la poursuite pénale des violeurs.
En 2007, Madame Angélique Moyabo, députée congolaise au sein du Parlement de la Transition pointait que le viol est la conséquence d’un problème qu’il faut attaquer dans ses racines. Il s’agit d’un « problème éminemment politique » martelait-elle, en plaidant pour l’accompagnement judiciaire des victimes et le rétablissement d’une justice équitable. « La victime doit obtenir réparation et le violeur puni », tranchait-elle.
Madame la Ministre congolaise des droits humains Marie-Madeleine Kalala s’exprima quant à elle sur la nécessité d’une prise en charge tant psychologique que sociale des survivantes des violences sexuelles.
La secrétaire d’Etat Belge à la Famille, Gisèle Mandaila avait elle aussi exhorté les femmes congolaises à rester mobilisées et à mener des actions concrètes au bénéfice de leurs sœurs du Congo.

Pour AFEDE asbl, la participation des politiques aux activités de l’association est un baromètre efficace pour évaluer leur engagement à résoudre et mettre fin à la tragédie que vivent les populations de la République Démocratique du Congo.

La société civile ainsi que la diaspora congolaises et les ONG internationales dénoncent avec véhémence ce drame afin de faire progresser la question des droits humains. En 4 ans, Sylvie Mbombo - EMECOJ, Karin Heisecke - UNFPA, Brice De Le Vingne et Christine Lebrun - MSF, Raf Custers, Christine Deschryver et Pie Tshibanda se sont succédés à la tribune d’AFEDE asbl, chacun avec ses mots a dit combien il était urgent d’investir pour les femmes, les filles et les petites filles de la RDC pour une paix et un développement durables.

Rendez-vous pris en 2009 pour une nouvelle édition de la Journée Internationale de la Femme avec AFEDE asbl. En espérant que nous n’aurons plus à rappeler qu’au Congo, des femmes pleurent … mais qu’elles sont DEBOUT !