dimanche 25 mai 2008

Ils adorent les "enfants"

Direct.cd » La une / Benjamin Litsani Choukran

Dans le Sud-Kivu, à l’est de la RDC, la tension monte à nouveau de jour en jour. Les jeunes désertent les villages, les écoles se vident à vue d’œil, les armes menacent de ressortir des cachettes. Il y a trois semaines, l’abbé Malu-Malu, coordinateur de la Conférence de paix et sécurité a fait le déplacement pour essayer de calmer les gens et d’appeler tout le monde à la retenue.

Au début de l’année scolaire en septembre 2007, l’école secondaire de Kabamba, à 42 km au nord de Bukavu, comptait 954 élèves. Sept mois plus tard, elle n’en compte plus que le tiers, les autres ayant préféré se ranger aux côtés des soldats du bataillon local des Forces armées de la RDC (Fardc) pour qui ils travaillent aux champs, lavent le linge, font la cuisine, coupent le bois. « A cela plusieurs raisons, explique un enseignant anonyme. Non seulement, les parents ont du mal à payer les études à leurs enfants mais aussi la misère généralisée ne permet pas aux enfants de se concentrer en classe ». Pour le catéchiste Alexandre (nom fictif), l’explication est à chercher ailleurs : « Il ne faut pas négliger l’influence sur leurs petits camarades des ex-enfants soldats qui ont goûté à la vie facile que leur procuraient les armes, ni les promesses fallacieuses des seigneurs de guerre ».

A Baraka, territoire de Fizi, 264 km plus au sud, le motif de la crainte des habitants se situe ailleurs. Selon eux, les jeunes désertent tout simplement en masse les villages pour rejoindre les Maï-Maï et les maquisards burundais du Front national de libération (Fnl) sur la presqu’île d’Ubwari, au milieu du lac Tanganika, dans les brousses du Burundi ou encore dans la forêt de Rukoko, non loin d’Uvira, d’où les FNL lanceraient leurs attaques de ces dernières semaines contre les forces de Bujumbura. Dans les Hauts-Plateaux de Minembwe par contre, des centaines de jeunes banyamulenge (Tutsi congolais) auraient disparu ces derniers mois après avoir vendu leurs vaches, sous prétexte qu’ils s’exilaient eu Europe, aux Etats-Unis et en Afrique du Sud. En réalité, selon des observateurs des organismes des Nations Unies, ils sont allés en rejoindre des milliers d’autres regroupés dans des camps de réfugiés au Rwanda, d’où ils partent régulièrement pour le Nord-Kivu regonfler les troupes du Conseil national pour la démocratie et la paix (CNDP) du Général dissident Laurent Nkunda.

La misère pousse à tout
Pour essayer de calmer les populations, l’abbé Apollinaire Malu-Malu, président de la Commission électorale indépendante (CEI) et coordinateur de la Commission Amani mise en place pour faire le suivi des Actes d’engagement de Goma fin janvier dernier, a du faire le tour de presque toute la province pour sensibiliser les anciens groupes armés de respecter leurs promesses et engagements en enjoignant leurs hommes de rejoindre les centres de brassage ou de démobilisation. « Tout cela est bien beau, conclut un enseignant peu optimiste. Il leur a fixé un ultimatum de deux semaines sans préciser ce qu’il adviendra de ceux qui refuseront de s’exécuter. Rien ne changera tant que l’Etat ne tiendra pas ses promesses de scolariser les enfants et de s’occuper sérieusement du bien-être social des parents et des fonctionnaires ».

En attendant, l’incertitude et la peur du lendemain se lisent sur tous les visages. D’autant que ces jeunes sont fréquemment associés à des embuscades tendues par l’armée régulière et les différentes milices sur les routes, notamment les récentes attaques contre des convois d’organisations internationales humanitaires.

Déo Namujimbo ( réédité par la Rédaction Direct.cd)

L'émission du 22 Mai 2008 : Kinshasa :« Chronique Benevolencja » : Le souvenir des victimes des violences peut contribuer à la guérison des traumatismes.


La commémoration des événements malheureux peut contribuer à la guérison des traumatismes des victimes. Ces souvenirs amenent les générations futures à trouver des voies et moyens pour que ces genres des situations ne se reproduisent plus. Et ils permettront à ceux qui en portent les stigmates de refaire leur vie.Nicole Ngaka et Jody Nkashama font le point avec Madame Bayidila, Docteur en communication.
Ecouter (Durée: 21 min.) http://www.radiookapi.net/files/audio_file_11692.mp3

Les Parlementaires se penchent sur le Genre : Organisation d’un Atelier d’élaboration du Plan d’Action National du Réseau Parlementaire Genre et Parité

Programme des Nations Unies pour le Développement - République Démocratique du Congo
Kinshasa, le 19 mai 2008 : L’atelier d’élaboration du Plan d’Action National du Réseau Parlementaire Genre et Parité débute ses travaux ce mercredi 21 mai 2008 à 8 heures dans la Salle de Conférences du Parlement, au Palais du peuple. La cérémonie d’ouverture connaîtra la participation des autorités de l’Assemblée Nationale et du Sénat, ainsi que celle du Directeur Pays du PNUD. Ces assises sont conjointement financées par le PNUD, l’UNIFEM et l’ONG FAS (« Femmes Africa Solidarité »).

Parmi les participants figureront une cinquantaine de députés nationaux et provinciaux. Ils vont durant trois jours, procéder à l’analyse des contextes politique, sécuritaire, social, économique, et culturel en vue de l’élaboration d’un Plan d’Action qui sera sous-tendu par une stratégie nationale d’intégration du genre dans le travail parlementaire.

En vue de permettre une réelle appropriation de ce travail par la base, des travaux de restitution seront organisés dans chaque province, pour consolider la synergie avec les autres acteurs sur le terrain.

L’atelier de Kinshasa est déterminant dans la prise en compte de la dimension genre dans le travail parlementaire car il aidera les parlementaires à formaliser une approche d’intégration transversale de ce concept primordial dans les législations. Cet impératif justifie l’appui que le PNUD accorde au Réseau Parlementaire Genre et Parité, en partenariat avec l’ONG panafricaine FAS. La clôture des travaux interviendra le vendredi 23 mai.

Les représentants des media sont cordialement invités à la cérémonie d’ouverture de l’Atelier.

Pour plus d’informations, veuillez contacter Marie Bapu (Conseillère en Genre) 0815491756, Maimouna Mills (Chef de l’Unité Communication) et Clarisse Museme (Associée à la Communication): + 243 81 953 7555, + 243 99 9988572, Email : communication.rdc@undp.org
http://www.undp.org.cd

Lettre ouverte au procureur de la Cour pénale internationale

mercredi 21 mai 2008, 10:26


J’espère sincèrement que les horreurs dont l’humanité a souffert au cours du vingtième siècle nous serviront de leçon douloureuse. »

Monsieur le procureur de la Cour pénale internationale, c’est par ces mots qu’à l’occasion de votre élection, vous souligniez avec émotion votre volonté d’éviter que les atrocités commises au cours du siècle dernier ne soient répétées.

A l’aune de la récente Journée de la femme, le Parlement de la Communauté française a consacré ses travaux aux violences faites aux femmes en République démocratique du Congo.

Pas une semaine ne passe sans que les médias, les ONG, diverses personnalités civiles, politiques ou judiciaires ne nous relatent des cas terribles de viols dans l’est du Congo à l’égard d’un grand nombre de femmes de tout âge et aussi, de plus en plus, à l’égard d’hommes. De 2004 à 2007, on observe de 26.000 à 64.200 cas recensés de viols.

Au-delà de ces statistiques, c’est le caractère systématique et le modus operandi de ces odieuses pratiques qui nous interpellent en tant que femmes ou hommes engagés face à l’horreur. Et cela d’autant plus que nous ne pouvons nier qu’il s’agit d’une stratégie qui ne dit pas son nom visant à détruire les victimes directes de ces viols, et aussi leurs familles, souvent contraintes à être les spectatrices impuissantes de ces atrocités.

Au travers de ces familles brisées, ce sont des communautés locales entières et finalement l’ensemble de la société congolaise que ces actes innommables visent à déstructurer et à annihiler.

Remarquons par ailleurs que ces crimes sont dans la plupart des cas le fait de soldatesques présentes dans la région, pour la plupart, depuis presque quinze ans. Ce qui pose en tout état de cause la question de la responsabilité de la communauté internationale.

Après toutes les initiatives de sensibilisation, de témoignages et de manifestations, ce qui doit nous interpeller et nous préoccuper aujourd’hui, ce sont la dénonciation de ces crimes odieux et les sanctions qui doivent s’ensuivre, à la mesure de l’horreur commise. Quand on sait, qu’au Sud-Kivu, seuls 444 cas ont été déférés à la justice civile et militaire avec des traitements inégaux, faute de moyens humains et financiers pour la récolte de preuves et pour l’aide aux victimes notamment…

Au-delà du traitement judiciaire, les conséquences sociétales des violences sexuelles sont incalculables : physiques et sanitaires (fistules traumatiques, maladies sexuellement transmissibles) ; sociales (rejet, rupture conjugale, abandon d’enfant, exode rural) ; économiques (pillages, déperdition scolaire, appauvrissement) ; psychologiques (traumatismes, destruction de la culture, déliquescence des repères sociétaux, complexe de persécution).

A ce jour, les pouvoirs législatifs et exécutifs, belges notamment, ne sont pas restés inactifs. Interpellés par nombre d’ONG et par la société civile dans son ensemble, des initiatives encore insuffisantes voient le jour depuis cinq ans : adoption de résolutions parlementaires, tous niveaux de pouvoirs confondus ; missions parlementaires et ministérielles, encore très récemment.

Outre les aspects sociaux et sanitaires, pour lesquels les initiatives des pouvoirs législatifs et exécutifs congolais, belges et internationaux se multiplient, il est urgent maintenant que la Justice fasse son travail.

Si le Congo a réformé son code pénal et sa Constitution pour prendre en compte ces phénomènes de violences sexuelles, le chemin est encore long pour rendre totalement opérationnelles ces modifications. La Justice internationale doit agir maintenant sans délai.

L’article 3 des Conventions de Genève s’applique aux conflits armés internationaux ou non internationaux et prohibe les atteintes portées tant à la vie et qu’à l’intégrité corporelle.

Le Protocole additionnel aux Conventions de Genève relatif à la protection des victimes des conflits armés non internationaux – auquel la RDC a adhéré le 12 décembre 2002 – prohibe, quant à lui, les atteintes à la dignité de la personne, notamment les traitements humiliants et dégradants, le viol, la contrainte à la prostitution et tout attentat à la pudeur ainsi que l’esclavage et la traite des esclaves sous toutes leurs formes.

Le Statut de la Cour pénale internationale – ratifié par la RDC – classe notamment les infractions suivantes dans la liste des crimes contre l’humanité : viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, stérilisation forcée, et persécution de toute collectivité identifiable pour des motifs liés au genre lorsqu’elle est en corrélation avec un crime relevant de la compétence de la Cour.

Il y a donc pléthore de possibilités pour que ces crimes qui minent l’est du Congo soient examinés urgemment par les juridictions internationales.

Au-delà de toutes les actions évoquées, pour les victimes, pour nos sœurs et nos frères congolais, pour l’humanité tout entière, à ce que l’espérance que la justice soit rendue ne demeure pas une utopie et, selon le souci que vous exprimiez et que nous partageons, nous en appelons, Monsieur le Procureur, à votre diligence et votre proactivité en la matière.


Véronique Jamoulle (PS), Céline Fremault (cdH), Florine Pary-Mille (MR) et Paul Galand (Ecolo) Députés de la Communauté française de Belgique,
Elise Muhimuzi Secrétaire permanente du Comité national Femme et Développement,
Annie Balayi Kapajika Avocate au Barreau de Kinshasa,
Solange Lusiku Membre du Caucus des Femmes du Sud-Kivu pour la Paix.


http://www.lesoir.be/forum/cartes_blanches/carte-blanche-lettre-ouverte-2008-05-21-599763.shtml

"L'espoir" des victimes après l'arrestation de Bemba

Les victimes des violences en République centrafricaine (RCA) reprennent "espoir" après l'arrestation samedi en région bruxelloise du Congolais Jean-Pierre Bemba par la Cour pénale internationale (CPI), a salué dimanche la Ligue centrafricaine des droits de l'homme (LCDH).


L'ex-vice-président de la République démocratique du Congo (RDC), suspecté d'avoir commis des crimes sexuels au Centrafrique en 2002 et 2003, a été arrêté samedi dans la banlieue de Bruxelles.

"Je pense d'abord aux victimes, qui commencent à prendre espoir. Nous pensons que ce ne sera pas la dernière prise" dans cette affaire, a indiqué Me Nganatouwa Goungaye Wanfiyo, président de la Ligue centrafricaine des droits de l'Homme (LCDH), joint par l'AFP en France par téléphone.

"Le procureur l'a dit, d'autres arrestations vont suivre, c'est là le vrai début", s'est-il réjouit.

L'interpellation de Bemba est la première arrestation dans le cadre de l'enquête du procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, sur les violences sexuelles commises en RCA lors de la répression armée de l'insurrection menée par l'ancien général François Bozizé.
Menacé, le président de l'époque, Ange-Félix Patassé, avait fait appel à Jean-Pierre Bemba et à son Mouvement de Libération du Congo (MLC), stationné de l'autre côté du fleuve Bangui en RDC, pour repousser l'attaque de Bozizé entre octobre 2002 et mars 2003.

Les auteurs de ces violences ont "détruit en profondeur les structures de la société", a encore estimé Me Goungaye Wanfiyo.

Aujourd'hui, "les femmes sont rejetées par leur familles et villages, elles rejettent elles-mêmes leur enfant né d'un viol", a-t-il expliqué, ajoutant avoir "réuni des preuves" contre M. Bemba.(afp/7sur7)
25/05/08 10h28

11 ans de l’Afdl : un anniversaire douloureux pour la femme congolaise
Le Révélateur | La une|vendredi 16 mai 2008


Le 17 mai 2008, la communauté nationale va célébrer le onzième anniversaire de l’avènement de l’Alliance des Forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL). Pour les Kabilistes et alliés, ce sera une fois de plus l’occasion de se replonger, à travers une parade militaire sur le boulevard triomphal, dans le souvenir de la longue marche de sept mois, d’Est à l’Ouest du pays, qui a abouti à la chute du Maréchal Mobutu, déjà affaibli par les vigoureux tirs de barrage de l’opposition intérieure menée par Etienne Tshisekedi, le leader charismatique de l’UDPS.

A sa création en octobre 1996, l’AFDL était une rébellion menée par les Banyamulenge (Tutsi congolais) pour revendiquer le droit d’appartenance à la nation congolaise. Très vite, elle fut placée sous la responsabilité de Laurent Désiré Kabila, un fils du pays - question de lui conférer un caractère national - et prit la coloration d’un mouvement de libération du peuple congolais du joug de la dictature mobutienne. Arrivée à Kinshasa, le langage change. Au lieu de la libération, on parle plutôt de la révolution parce qu’il fallait faire table rase du passé. La Révolution Pardon prônée par Laurent Désiré Kabila a ouvert la voie à une série de violation des droits humains et des libertés : suppression des partis politiques, nationalisation des medias, etc.

Ceux qui avaient applaudi les petits hommes verts de l’AFDL, arrosant leur passage dans les rues de Kinshasa ou des provinces de l’Est du pays de bouteilles d’eau, sont aujourd’hui désillusionnés en voyant les ‘‘libérateurs’’ se transformer en bourreaux impénitents. Sur la liste des désabusés, la femme congolaise figure en bonne place. Sous le règne du Maréchal Mobutu, on lui reprochait de beaucoup danser pour déifier un homme. Aujourd’hui, elle a tout perdu de ses élans jubilatoires pour ne ressembler vraiment à rien.

Les violences sexuelles ont la peau dure

Victime de violences sexuelles considérées comme viol, elle paie encore à ce jour un lourd tribut aux conflits armés qui émaillent les années du pouvoir AFDL et de ses héritiers politiques. Les statistiques publiées par l’UNFPA sont éloquents : 17.926 cas de violences sexuelles en 2004, 16.323 cas en 2005, 13.404 cas en 2006 et 13.247 cas en 2007, soit une moyenne de 1.100 femmes violées chaque mois. Evidemment, les provinces de l’Est du pays battent le record des cas de violences sexuelles.

Les humanitaires parlent d’un phénomène déplorable qui fait du corps de la femme un véritable champ de bataille. En temps de conflit, les violences sexuelles ont été utilisées comme armes de guerre, sinon comment expliquer que dans des villages entiers à l’Est du pays, on dénombre après le passage des troupes ennemies des cas de viol parmi des enfants de 2 ans ou de vielles dames de 80 ans. Malheureusement en temps de paix également, les violences sexuelles continuent à se commettre de façon systématique et en toute impunité.

C’est ici que se situe le drame de cette situation qui semble ne pas dire grand-chose aux autorités du pays. Car les auteurs de viol sont connus, ils se recrutent aussi bien parmi les hommes armés, que des civils ou de personnes occupant des positions d’autorité et qui considèrent les violences sexuelles comme acte anodin et banal. On se demande alors pourquoi tant d’impunité ? Comment expliquer que ceux qui sont arrêtés dans ce cas arrivent à s’évader des prisons alors que les violences sexuelles sont classées parmi les crimes contre l’humanité.


Lorsque les casques bleus s’en mêlent…

Le sort de la femme et de la jeune fille congolaise suscite de graves inquiétudes, surtout après les allégations d’exploitation et d’abus sexuels impliquant des Casques bleus au Nord-Kivu. On parle d’un réseau de prostitution enfantine présumé à Masisi, localité située à environ 60 km au nord-ouest de Goma, la capitale du Nord-Kivu.

Selon l’AFP, des Casques bleus du contingent indien de la Monuc basés à Masisi auraient, pendant des mois entre mi-2007 et début 2008, eu des rapports sexuels avec des Congolaises mineures contre des sommes dérisoires, selon ces mêmes sources. Ces faits se seraient essentiellement déroulés dans un local situé non loin du camp de la Monuc, où plusieurs jeunes filles se rendaient à la demande des soldats de la paix.

Le Bureau des services de contrôle interne de l’ONU a commencé à enquêter en mars sur ces allégations, mais la majorité des Casques bleus concernés aurait quitté la Monuc dans le cadre de la rotation habituelle des troupes. Et l’accord de siège signé entre la Monuc et le gouvernement congolais est muet sur des cas qui pourraient nécessiter des poursuites judiciaires dans leurs pays d’origine contre des onusiens qui ont commis des abus en RDC.

La Monuc, qui se dit très préoccupée par ces allégations, a été éclaboussée par plusieurs scandales impliquant ses personnels, civils et militaires, dans des affaires d’abus sexuels ou de trafics de minerais, depuis son déploiement en RDC en 2001.

Le Révélateur

mercredi 21 mai 2008

AFEDE asbl : Rompre la routine qui caractérise l’assistance humanitaire

Source: Refugees International (RI)

Date: 20 May 2008

La communauté internationale doit aller au-delà du fait de répondre aux besoins basiques immédiats et développer une stratégie pour traiter de façon complète les dynamiques de l’actuelle crise des déplacements dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC). Malgré une situation sécuritaire précaire, les personnes déplacées internes dans le Nord Kivu et les communautés qui accueillent les trois quarts du total de la population déplacée, essaient d’avancer dans leurs vies et le font avec ou sans le soutien de la communauté internationale. En plus de les aider à subvenir à leurs besoins de base, les personnes déplacées et les communautés d’accueil ont besoin d’avoir accès à des programmes pour développer des moyens de subsistance durables et l’accès à l’éducation pour leurs enfants, étant donné le prolongement de la crise de déplacement. En travaillant avec les acteurs locaux et en fournissant de l’assistance au-delà des services basiques, les donateurs internationaux et les agences d’aide vont améliorer la protection des civils dans le Nord Kivu et empêcher la détérioration de la situation humanitaire.

La Conférence sur la paix, la stabilité et le développement dans le Kivu de janvier 2008 a contribué à certaines améliorations pour les organisations humanitaires travaillant au Nord Kivu en ce qui concerne l’accès et la sécurité. Cependant, au moins 60,000 personnes ont été nouvellement déplacées à cause des violations de cessez-le-feu par différents groupes armés. Les attaques ciblées par tous les groupes armés contre les civils, principalement les femmes, les enfants, comprennent le viol, le pillage des biens, les massacres, et le travail et le recrutement forcés. Il y a également une inquiétude grandissante concernant des potentiels nouveaux déplacements en raison des redéploiements des Forces Armées de la République Démocratique du Congo qui cherchent à couper les réseaux de ravitaillement des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda.

La mission de maintien de la paix de l’ONU en RDC (MONUC) a joué un rôle important dans la protection des civils. La MONUC aura besoin du soutien continu des gouvernements donateurs pour être capable de répondre stratégiquement aux menaces à la sécurité des plus vulnérables.

La majorité des personnes déplacées dans le Nord Kivu le resteront pour une longue durée. Il est temps pour la communauté internationale de rompre la routine de l’actuelle réponse humanitaire et d’offrir une assistance qui va non seulement renfoncer les capacités locales, mais aussi, mettre en place les conditions pour un retour et une réconciliation durables.

Soutenir les communautés d’accueil qui assistent les personnes déplacées

Les communautés d’accueil du Nord Kivu qui aident actuellement presque les trois quart de la population déplacée, ont besoin de soutien. Les familles d’accueil ouvrent leurs portes et partagent leurs nourritures et leurs ressources avec des gens qui ont été forcés de fuir leurs maisons en raison de la violence perpétrée par différents groupes armés. L’insécurité persistante et les violations des droits humains empêchent les gens de retourner chez eux et ils sont obligés de rester déplacés pour une durée plus longue au sein des communautés d’accueil. Les familles d’accueil, en particulier celles dont les femmes sont cheffes, devraient être aidées dans leurs efforts dans la mesure où elles deviennent aussi vulnérables que les personnes déplacées elles-mêmes.

Après plusieurs mois, des tensions naissent entre les familles d’accueil et les personnes déplacées du fait de la diminution des ressources partagées. Par conséquent, les personnes déplacées sont obligées de quitter les communautés d’accueil. Une alternative est de se rendre dans un camp préétabli, mais bien plus souvent, les personnes déplacées finissent par aller vivre dans des bâtiments publics, ou construisent des huttes sur des sites spontanés proches de zones très militarisées où ils sont plus vulnérables et où leur protection n’est pas garantie. En restant avec les familles d’accueil, les personnes déplacées parviennent à maintenir leur dignité et de rester en sécurité. Dans les sites spontanés, les femmes et les jeunes filles sont plus exposées aux violences sexuelles et aux violences basées sur le genre. Bien que les acteurs humanitaires reconnaissent l’érosion de la capacité d’assistance des communautés d’accueil aux personnes déplacées, il n’y a toujours aucune stratégie globale ayant pour but de les renfoncer dans leurs efforts.

Renforcer la protection des enfants à travers l’éducation d’urgence

Assurer le droit à l’éducation est central dans la protection des enfants actuellement déplacés dans le Nord Kivu. L’accès à l’éducation gratuite en RDC est difficile pour tous les enfants, mais l’est encore plus pour ceux vivant dans les zones affectées par le conflit de l’est du pays. Alors que la situation dans le Nord Kivu reste précaire, les enfants déplacés sont particulièrement vulnérables aux recrutements, au travail forcé et à d’autres abus. Les écoles constituent un environnement sûr et protégé durant les situations d’urgence. Etre à l’école signifie que les enfants ne sont pas oisifs et cela limite leurs expositions à des risques dangereux. L’éducation conduit aussi les enfants dans une dynamique où ils seront capables de contribuer à la reconstruction de leur propre communauté dans le futur.

L’éducation est supposée être gratuite pour tous les enfants, mais les frais de scolarité sont souvent requis par les enseignants qui ne sont pas payés par l’Etat. Les frais de scolarité sont un des défis principaux que rencontrent les enfants déplacés pour avoir accès à l’éducation, dans la mesure où leurs parents n’ont souvent pas les moyens de payer ces frais. Les enfants déplacés et les jeunes adolescents qui sont oisifs, entreprennent des activités telles que boire ou voler, ce qui les mettent en danger. C’est ainsi que nombreux sont ceux d’entre eux qui sont devenus des enfants des rues.

Bien que des réponses aient été mises en œuvre par des donateurs ou des agences humanitaires pour combler le manque d’accès à l’éducation, incluant la restauration des écoles et la distribution de kits d’écoles dans les communautés d’accueil, cette assistance n’a pas été systématique. Le Fond des Nations Unies pour l’Enfance, en collaboration avec les autorités locales et ses partenaires, travaille pour renforcer les écoles des communautés d’accueil. Les enfants et les jeunes adolescents qui ont manqué l’école pendant des années, sont ciblés par le biais de centres de rattrapage. Cependant, le manque de financement adéquat [dans le Plan d’Action Humanitaire 2007, le secteur de l’éducation a reçu seulement 10% du montant requis], la capacité et le soutien limités aux acteurs locaux et le besoin d’une approche plus flexible et à base communautaire des organisations internationales, restent certains des obstacles majeurs pour le droit d’un enfant déplacé d’avoir accès à l’éducation.

Une réponse stratégique par le biais de solutions locales

Il est temps pour les agences d’aide internationale de commencer à impliquer un peu plus les organisations et les communautés congolaises dans la réponse humanitaire au Nord Kivu. Le Plan d’Action Humanitaire 2008 a désigné le Nord Kivu comme zone prioritaire en termes d’assistance aux personnes déplacées et aux communautés d’accueil. Cependant, cet engagement ne s’est pas encore traduit en une réponse stratégique et systématique à la crise des déplacements internes et aux besoins des communautés d’accueil qui assistent la majorité des personnes déplacées internes au Congo. Les organisations internationales doivent s’allier aux organisations locales et les inclure dans leurs projets. Cela améliorera non seulement la réponse humanitaire, mais constituera une étape préliminaire pour des développements futurs et la stabilisation de la région.

Les acteurs locaux ont un meilleur accès aux zones rurales les plus reculées où de nombreuses personnes déplacées ont trouvé refuge, et ont une meilleure connaissance de la manière dont on pourrait soutenir les communautés d’accueil qui viennent en aide aux personnes déplacées. Malgré la précieuse connaissance du milieu local qu’elles apportent, il reste difficile pour les organisations locales d’avoir accès à des financements et elles ne font pas partie des réunions des clusters ou d’autres plans stratégiques pour la réponse humanitaire.

La communauté internationale reste uniquement tournée vers la routine qui veut que les besoins basiques soient couverts, tandis que les acteurs locaux, les personnes déplacées et les communautés d’accueil demandent également que la réponse humanitaire inclut des activités qui vont tenir compte des capacités et des ressources déjà existantes. Une approche par le bas, plus flexible, plus créative, plus dynamique est nécessaire dans le but de traiter stratégiquement les dynamiques actuelles de la crise du déplacement dans le Nord Kivu.

Recommandations:

Les organisations internationales par le biais du leadership du Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies, développent et mettent en œuvre des projets d’assistance à base communautaire pour soutenir les personnes déplacées et les familles d’accueil avec une attention particulière aux femmes dans le Nord Kivu.

Les Etats-Unis et d’autres gouvernements donateurs financent dans les plus brefs délais les projets d’éducation en situation d’urgence dans le Nord Kivu, tandis que les agences basées sur place développent des projets qui ciblent autant d’enfants que possible par le biais d’une approche communautaire.

Les agences des Nations Unies et les organisations internationales non-gouvernementales travaillant en RDC impliquent des acteurs locaux dans leurs stratégies de réponse humanitaire ; les donateurs devraient financer des projets pour renforcer les organisations locales et les organisations internationales devraient collaborer avec ces organisations locales dans des programmes au niveau communautaire qui répondent aux besoins immédiats et de moyen terme.

Mpako Foaleng et Camilla Olson, Advocates, ont évalué la situation humanitaire dans le Nord Kivu en avril 2008.

Contacts: Mpako Foaleng

mercredi 14 mai 2008

AFEDE asbl : Les femmes en première ligne dans les conflits armés

Droits de l'homme - 06-05-2008 - 20:19

La situation dramatique en République démocratique du Congo et les violences sexuelles ont été le fil rouge d'une audition sur les femmes dans les conflits armés organisée conjointement par les commissions du développement et des droits de la femme du PE ce mardi. Une mise en œuvre plus systématique de la résolution 1325 des Nations Unies par les Etats membres et une stratégie européenne figurent parmi les propositions des députés.


Pour Marie-Arlette Carlotti (PSE, FR), les femmes sont en première ligne car les conflits sont souvent des guerres civiles. "Aujourd'hui, 90% des victimes sont des civils, essentiellement des femmes et des enfants, et ce, en raison de leur statut social et de leur sexe". "De plus en plus souvent, le viol ou la violence sexuelle deviennent des tactiques de guerre. Il nous faut aujourd'hui passer de l'intention à l'action", a-t-elle affirmé, soulignant que le droit international humanitaire reste souvent lettre morte.

Le droit international humanitaire consiste à "réduire la souffrance dans les conflits armés", en distinguant notamment civils et combattants, a expliqué Florence Tercier, du Comité international de la Croix rouge (CICR). Cela n'exclut pas que "certaines femmes prennent les armes, forcées ou non", a-t-elle ajouté.

Grace Lula Hamba de la Ligue des Femmes pour le développement et l'éducation à la démocratie (RDC) a indiqué que les femmes sont considérées comme "trophée, butin de guerre et natte du combattant" dans le conflit qui sévit au Kivu depuis 1996.

Luisa Morgantini (GUE/NGL) a souligné que "la violence accumulée lors des conflits armés se transforme souvent en violence conjugale" dans la période post-conflit où les femmes ont un rôle familial important à jouer.

Recommandations

"Les programmes de développement de l'UE traitent de l'égalité des genres et de la problématique des conflits armés de manière distincte", a reconnu Dubravka Sekoranja, au nom de la présidence en exercice du Conseil. "L'UE dispose d'une large palette d'instruments et de politiques mais il faut une stratégie globale", a-t-elle ajouté. "Afin d'améliorer la réponse de l'UE envers les conflits armés, la présidence slovène a demandé une étude qui servira de document de discussion pour un débat au Conseil en mai".

"Parce que le droit international ne doit justement pas rester lettre morte, le gouvernement espagnol a mis en œuvre un plan d'action national basé sur la résolution 1325 des Nations Unies sur "les femmes, la paix et la sécurité". A l'heure actuelle, seuls 6 Etats membres de l'UE sur 27 ont appliqué cette résolution", a indiqué Silvia Escobar, Ambassadeur pour les questions relatives aux droits de l'homme au sein du ministère espagnol des affaires étrangères. Ana Gomes (PSE, PT) a demandé à la présidence slovène "d'exiger des Etats membres l'application de cette résolution".

"Les femmes dans les conflits armés doivent être envisagées à la fois comme victimes mais également comme actrices dans la prévention des conflits", a estimé Anja Ebnöther du Contrôle Démocratique des Forces Armées (CCDFAG), dénonçant une sous-représentation des femmes dans la police et l'armée.

Pour Kasereka Lusi, Directeur de l'organisation HEAL Africa en RDC, "l'UE doit jouer un rôle sur la scène internationale pour rétablir la paix". Il a plaidé pour "une tolérance zéro envers les violences sexuelles". Or, si la loi existe pour punir de tels crimes, "il manque souvent un système judiciaire efficace".

En conclusion des débats, Anna Záborska (PPE-DE, SK), présidente de la commission des droits de la femme, a insisté pour que les présidences suivantes de l'UE assurent un suivi de l'étude initiée par la Slovénie. Elle a également appelé à une aide de l'UE ciblée et concrète pour les femmes victimes de violences sexuelles pour que "la tolérance zéro ne soit pas uniquement un slogan".

06/05/2008
Commission du développement
Président : Josep Borrell Fontelles (PSE, ES)
Commission des droits de la femme et de l'égalité des genres
Présidente : Anna Záborská (PPE-DE, SK)